LE PAIEMENT D'AVANCE
Dans Paris plus d'un Bourgeois,
N'ayant maîtresse ni femme,
Pour un écu tous les mois
S'en va rafraîchir sa flamme.
Témoin Monsieur Rogaton,
Qui sait où le bât le blesse,
Et de temps en temps, dit-on,
Cède à l'humaine faiblesse.
L'autre jour une drôlesse
L'aperçut de son balcon,
Et la voilà qui l'invite
Par un st, st redoublé.
Mon homme de monter vite
Sitôt qu'il est appelé;
Il entre; elle de lui dire:
«Mon fils, sois le bienvenu;
»C'est moi qu'on nomme Zelmire:
»Ce nom, je crois, est connu.
»Ici l'on trouve à sa guise,
»Blancheur, fraîcheur, fermeté;
»Ces trois mots sont ma devise.
»Je suis en bonne santé;
»Dans mes bras tout Paris tombe;
»J'ai la gorge de Duté
»Et les fesses de Colombe.
»Viens t'asseoir à mon côté
»Et mets-moi vite à l'épreuve;
»Mais auparavant fais preuve
»De ta générosité.
»—Dis-moi combien tu demandes?
»—Combien? Six livres, mon cher,
»Et douze si tu marchandes;
»C'est un prix fait en hiver.
Mons Rogaton sur la bouche
Un gros baiser lui colla;
Zelmire, d'un air farouche:
—«Il faut mettre six francs là,
»Et sois sûr que sans cela
»Je ne veux pas qu'on me touche.
»Dépêchons, il se fait tard;
»Six francs, ou bats en retraite.»
Rogaton les lui départ.
La Commère, satisfaite,
Ses charmes lors dévoila,
En lui disant: «Me voilà
»Comme le bon Dieu m'a faite.
»—Ah! Ciel! je suis infecté!
»Ici que n'ai-je apporté
»De l'ambre ou de la civette?
»Cache, cache tes attraits,»
Dit l'autre, «je gagerois
»Que tu n'as pas fait toilette.
»Fi!—Si tu n'es pas content,
»Tu peux regagner la porte.
»—Eh bien! rends-moi vitement
»Mes six francs, et que je sorte.
»—Tes six francs? oh! doucement:
»Je ne fais point de corvée;
»On ne rend jamais l'argent
»Lorsque la toile est levée.»