II

Le Juif errant commence son voyage.

Ceux qui étaient autour du Christ se mirent à rire aux éclats, et il y eut un de ses persécuteurs qui vint le tirer par les cheveux pour le forcer à hâter sa marche; mais Isaac, condamné dès ce moment à son voyage lamentable, se sentit atteint au coeur par la parole divine et resta sans voix, épouvanté, plein d'horreur.

Son père et sa mère vivaient encore; mais il ne s'était pas marié jusqu'alors, et il était seulement sur le point de se donner une épouse, suivant les préceptes de Jéhovah.

Il se passa un temps pendant lequel il ne vit rien et n'entendit rien. Lorsqu'il sortit de cet éblouissement et de cette épouvante, sa main chercha d'elle-même un bâton, ses yeux se portèrent sur la route, et ses jambes, malgré lui, marchèrent. Il essaya de résister à la force qui l'entraînait et au moins voulut fermer sa boutique; mais aucun effort de sa volonté ne put contraindre son corps à lui obéir: il lui fallut marcher en avant sans se détourner et abandonner le lieu où il avait vécu, où il avait espéré devenir riche, où il voulait mourir. Au bout de quelques moments, il rencontra son père et sa mère qui, instruits par la rumeur publique de l'aventure qui lui était arrivée, accouraient auprès de lui. Ils le virent l'oeil morne, les cheveux hérissés, le front couvert de sueur, n'essayant plus de lutter contre la malédiction du Christ et emporté dans une course qui ne devait plus s'interrompre. Ils s'approchèrent et l'embrassèrent en pleurant; il ne les a pas revus depuis.

Saisis de crainte, ils restèrent quelques jours dans un état voisin de la mort; l'appareil du supplice de Jésus les convertit à la doctrine prêchée par le Rédempteur; ils sont morts chrétiens.