XIX
Comment le roi d'Angleterre s'en fut à son logis, et comment
Jean de Paris lui envoya à souper.
Quand Jean de Paris fut entré dans son logis, il fut fort joyeux. Le souper était prêt, et il y avait quantité de venaison et de volailles de toutes sortes; car il y avait sur la route des gens qui ne faisaient autre chose que d'aller par le pays et d'acheter ce qui était nécessaire. Les gens du roi anglais firent tuer boeufs, moutons et volailles telles qu'ils les purent trouver.
Quand il fut temps de souper, Jean de Paris fit porter au roi d'Angleterre, dans des plats d'or et d'argent, des viandes de toutes sortes et du vin à foison, ce dont le roi et tous ses gens furent fort ébahis.
Le roi remercia les envoyés et s'assit à la table pour souper tandis que cette viande était chaude, car son souper n'était pas prêt. On s'entretint longuement de Jean de Paris, et le roi anglais disait: «Vraiment, c'est là une chose bien difficile à croire pour qui ne la verrait; toutefois c'est un beau passe-temps que sa compagnie. Plût à Dieu qu'il voulût suivre notre chemin!
--Ainsi fait-il jusqu'à Bordeaux,» dit un Anglais.
Le roi reprit: «J'en suis fort joyeux, mais nous ne sommes pas en état de le récompenser; je veux du moins que vous soyez six pour le remercier des présents qu'il nous a envoyés, et vous lui demanderez s'il veut venir coucher en notre logis. Je crois que nous avons le meilleur quartier.
--Volontiers, répondirent-ils, et nous saurons vous en rapporter des nouvelles, s'il leur plaît de nous laisser entrer. Nous aurons grand soin, selon vos ordres, de saluer Jean de votre part.»