XIX
Geneviève est condamnée à mourir.
Golo, de retour au château, eut la sottise de révéler tout ce mystère à la nourrice. Il avait eu le soin de lui défendre d'en parler; mais la providence de Dieu ne voulut pas permettre que cette femme fût plus discrète que les autres femmes, qui n'ont de silence que pour ce qu'elles ignorent. À peine eut-elle appris les détails des manoeuvres de Golo, qu'elle en fit part à sa fille. Celle-ci, qui n'était pas dépourvue de louables qualités, avait pitié des misères de Geneviève; elle pleurait lorsqu'elle se trouvait près d'elle. Un jour la comtesse lui demanda pourquoi elle était si triste.
«Ah! madame, répondit la pauvre fille, je suis triste à cause de votre malheur! Golo a reçu l'ordre de monseigneur de vous faire mourir.
--Eh bien, ma fille, dit la comtesse, il faut nous en réjouir; c'est une faveur que la mort, et je l'ai demandée à Dieu depuis bien longtemps. La seule chose qui m'inquiète, c'est le sort de mon enfant.
--Madame, il doit mourir avec vous.»
À ces mots, Geneviève resta comme frappée de la foudre; puis elle poussa un cri: «Ah! mon Dieu, dit-elle, souffrirez-vous que cette petite créature, qui n'a pas encore péché, soit frappée ainsi, et lui ferez-vous un crime du malheur de sa mère?»
En disant cela, elle baignait de larmes les joues de Bénoni. Lorsqu'elle se fut un peu remise, elle parla ainsi à la pauvre fille: «Ma mie, je ne sais si je te dois supplier de rendre un dernier service à la plus misérable de toutes les femmes. Tu peux m'obliger, cependant, et avec peu de peine et sans courir grand risque; tout ce que je te demande, c'est que tu m'apportes de l'encre et du papier; tu en trouveras dans le cabinet qui est près de ma chambre: tiens, voici ma clef, prends-y tout ce que tu désireras de mes joyaux.»
La fille ne manqua pas de faire ce dont elle avait été priée. Elle apporta le papier et l'encre: Geneviève écrivit un billet, que sa fidèle servante alla glisser dans le cabinet de la comtesse.