VIII.
ANNEE: 814.
Des messages l'empereur de Constantinoble, et coment le roy manda Bernart son nepveu qui roy estoit de Lombardie, et coment il rendi aux Saisnes et aux Frisons leurs terres. Et de la justice que le pape Léon fist à Rome, et coment le roy y envoya Bernart son nepveu pour savoir la vérité de ceste chose.
Messages receut l'empereur de diverses parties, qui à son père estoient envoyés; diligemment et volentiers les oyt, largement leur pourveut[821], dons leur donna et puis les congéa. Les plus sollempnels estoient les messages Michiel, l'empereur de Constantinoble. A celluy Michiel avoit envoié Charlemaines l'empereur messages avant qu'il trespassast. Ces messages furent Amauri, arcevesque de Treves, et Pierre, abbé de Nanthules[822]; pour confirmacion de paix et d'alliance estoient alés là. Avec eulx amenèrent ces deux messages, Christofle et Grégoire, qui à Charlemaines aportoient response de ce qu'il avoit mandé par escript. Avec eulx envoia Loys l'empereur en messages, Léon l'évesque de Regie[823], et Ricod le conte de Poitiers, pour reuouveller l'amour et l'alliance entre les deux empereurs.
Note 821: Largement leur pourveut. « Dapsiliter curavit.»
Note 822: Nanthules. «Nonantulæ.» Je pense que ce doit être Nonantola, ville d'Italie, dans le duché de Modène, dont l'abbaye est des plus anciennes.
Note 823: Leon, évesque de Regie. Contre-sens. Il falloit à Léon, nouvellement substitué empereur, Nortbert, évêque, etc.
En celle année tint l'empereur général parlement à Ais-la-Chapelle. Par toutes les provinces de son royaume envoia preudes hommes et loiaulx de son palais, et esprouvés en droit pour amender les forfais et pour faire à chascun droit et justice. Bernart son nepveu, le roy de Lombardie, manda: cil y vint volentiers, et l'empereur luy donna grans dons et le congéa.
En ce temps vindrent à court les messages Grimoart, le prince de Bonivent, pour obéir à la volenté l'empereur. Pour leur seigneur jurèrent qu'ils rendroient, chascun an, sept mille souls de deniers d'or ès trésors l'empereur.
[824]Trois fils avoit l'empereur: Lothaire, Pepin et Loys. L'istoire ne parle pas quand né coment ils furent nés, et pour ce nous en convient taire. [825]Lothaire envoia en Bavière, pour le pays gouverner; Pepin en Acquitaine; Loys, le tiers, retint encore avec luy pour ce qu'il estoit trop jeune.
Note 824: Cette phrase est une addition du traducteur.
Note 825: Vita Ludovici Pii.—XXIV.
En ce temps vint à court Heriols, le prince de Dannemarche, que les fils le roy Godefroy avoient chacié du royaume. A l'empereur vint à garant; si se rendit à luy et luy fist hommage à la coustume de France[826]. L'empereur le reçeut et luy dist qu'il alast en Sassoigne, et attendist tant qu'il li peust envoier secours pour sa terre recouvrer. Et en ce mesme temps rendit-il aux Saisnes et aux Frisons leurs terres et leurs héritages qu'ils avoient perdus au temps de son père.
Note 826: Et lui fist hommage. «JuxtLa morem Francorum, manibus illius se tradidit.» De là sans doute l'expression que nous conservons encore: se mettre entre les mains de quelqu'un.
De cette chose parlèrent plusieurs diversement, qui diversement estoient meus: car les uns disoient qu'ils cuidoient qu'il eust ce fait par debonnaireté et par franchise de son cœur; les autres disoient que c'estoit par non sens et mauvaise pourvéance, et disoient que tels gens sont par nature cruels et desloyaux, et devroient tousjours estre si restrains et si chastiés qu'ils n'eussent povoir de guerre esmouvoir né rebeller. Mais l'empereur qui mieulx amoit à vaincre par débonnaireté que par armes, le fist pour ce que il les peust vaincre par franchise et par amour, et que ils feussent plus tenus à luy, pour ce que il leur faisoit plus grant miséricorde. Si ne fu pas deceu d'espérance, car ils obéirent tousjours depuis humblement et dévotement à luy.
[827]En tour un an après ces choses, fu racompté à l'empereur que aucuns des plus puissans de Rome estoient jurés et aliés encontre l'apostole Léon. La chose fu descouverte et attainte: et pour ce les fist l'apostole décoler selon les lois et les anciens establissemens des empereurs de Rome[828]. L'empereur qui oï ce dire, porta grief de ceste vengeance, et non pas pour ce qu'elle ne feust bien selon les lois, mais pour ce que le souverain preslat et le chief spirituel de tout le monde avoit osé faire si roide justice. Bernart son nepveu, le roy de Lombardie, y envoia pour savoir sé c'estoit voir ou non. Et luy commanda par un messagier qui avoit nom Girout, qu'il en sçeut amander la vérité.
Note 827: Vita Ludovici Pii.—XXV.
Note 828: Les annales attribuées à Eginhard racontent le même fait, mais sans les réflexions de l'astronome limousin: «Lege Romanorum in id conspirante.» Elles omettent également la réflexion de la phrase suivante, dont voici le texte latin: «Velut à primo orbis sacerdote tam severè animadversa.» Or, ce passage des Annales d'Eginhard doit donner à penser que le mécontentement de l'empereur venoit de ce que le pape avoit fait, dans ce cas, acte d'usurpation sur les droits de l'empereur, unique souverain de Rome et seul juge des crimes politiques.
Quant le roy Bernart fu à Rome, il enquist de la chose et manda à l'empereur ce qu'il avoit trouvé. L'apostole Léon qui bien sçeut que l'empereur estoit meu contre luy pour ceste chose, envoia tantost ses messages à l'empereur; les messages furent Jehan, abbé de Blanche-Selves, Théodore le donneur et le duc Serges.