XXVI.
ANNEE 1241.
Coment le roy délivra de prison les prélas de son royaume.
Le roy de France eut moult grant pitié des prélas de sainte églyse, et regarda que toute aide humaine failloit à l'églyse de Rome, et fu moult couroucié des prélas de son royaume que l'empereur tenoit en sa prison. Il manda l'abbé de Corbie et Gervaise de Surennes[386], et leur commanda qu'il alassent à l'empereur et luy déissent de par luy, que il, par amour et par grace, délivrast les prélas de son royaume. L'empereur entendi bien la requeste le roy de France, mais il n'en mist riens à exécution; ainsois respondi aux messages qu'il n'avoit pas conseil de ce faire. Et sitost comme les messages furent retournés, il envoya les prélas enchartrer[387] en la cité de Naples, et manda au roy de France par ses messages: «Ne se merveille point la royal majesté de France, sé César Auguste tient estroictement ceux qui César vouloient mettre en angoisse, et qui venoient à Rome pour luy condempner et mettre à exécution.» Quant le roy oï la teneur des lettres l'empereur, si se merveilla moult que il n'avoit riens fait pour ses prières; si luy manda de rechief par l'abbé de Clugny, en une lettre en la manière qui s'ensuit:
«Nostre foy et nostre espérance a tenu jusques cy que nulle matière de plait né de haine peust mouvoir, jusques à grant temps entre nostre royaume et vostre empire; car nos devanciers, qui devant nous ont tenu le royaume, ont tousjours amé et honouré la souveraine hautesce de l'empire de Rome; et nous, qui après sommes, tenons ferme et estable le propos de nos devanciers. Mais vous, si comme il nous semble, rompez limite et la conjonction de paix et de concorde qui doit estre gardée entre vous et nous: vous tenez nos prélas, qui au siège de Rome estoient mandés par foy et par fiance, né refuser ne vouloient le commandement l'apostole; et les féistes prendre en mer, laquelle chose nous portons moult grief et en sommes dolens. Si sachiez que nous avons entendu, par leur lettres, qu'il ne pensoient à faire chose qui fust à vous contraire; jasoit ce que l'apostole voulsist faire aucune chose contre vous. Puis qu'il n'ont fait chose qui tourne à vostre grief il appartient à vostre magesté rendre-les et les délivrer. Si[388] pesez et mettez en balance de droit ce que nous vous demandons, et ne vueillez faire tort par puissance ou par vostre volenté, car le royaume de France n'est mie encore si affebloié qu'il se laisse mener né fouler à vos esperons.» Quant l'empereur entendi les paroles contenues ès lettres du roy, si luy envoia les prélas de son royaume, contre sa volenté. Mais il le fist, pour ce qu'il doubta forment le bon roy à couroucier.
Note 386: Surennes. Guillaume de Nangis écrit en françois de
Cresnes, et en latin_ de Escriniis_.
Note 387: Enchartrer. Emprisonner.
Note 388: Si. Ainsi.