LXIX.
De la mort Henri empereur de Rome.
Et en cest an ensement, Henri empereur des Romains entra en la voie de l'université de char humaine et fu mort, et en la cité de Pise fu honnorablement enterré: le quiel preu, hardi, chevalereux, et en ses fais très noble empereur de Rome Henri fu empoisonné d'un Jacobin qui luy donna à boire[265], selon ce que aucuns veullent dire. Et bien dient dont ce fu duel et pitié; car sa bonté et sa valeur croissoient de jour en jour de mieux en mieux; et, si comme l'en dit, sé il eust guères plus vescu il eust conquis toute Italie et mise toute sous sa puissance et seigneurie. Mais de ce fait de l'empereur Henri dient aucuns qu'il fu prouvé devant le pape Climent par phisiciens que l'empereur fu mort d'apostume; et combien qu'il fust malade, il se fist mettre en sa chapelle pour luy acommunier, et assez tost après il trespassa: et bien sachent tous que c'estoit le prince du monde que Jacobins amoient plus; et pour ce semble-il bien que son confesseur ne peust[266] avoir tant de loysir qu'il mist poisons en son vin que l'en ne s'en apperceust.
Et en cest an, le roy Phelippe mua sa monnoie environ la nativité Nostre-Seigneur. Et commença à faire florins à l'aignel. Le quiel florin valut au commencement vingt-deux sols de petis bourgois: et en ce tems ot moult de mutacions de monnoie, laquielle greva moult le peuple.
Et en cest an, l'églyse de Nostre-Dame-des-Escos, que Enguerran de Marigui avoit nouvellement faite édifier, et en icelle avoit mis chanoines, fu noblement dédiée. Et en cest an, le cardinal Nicolas deffendi sus paine de escommeniement que nul n'usast de constitucions nouvelles en jugement né en escolles; car de la conscience du pape elle n'estoient pas issues, jà soit ce que sur ce il entendoit à pourveoir. Et environ la feste de monseigneur saint Denis, le dit cardinal deffendi tous les tournoiemens, et dampna tant les tournoians comme les souffrans et aidans: et meismement les princes qui en leur terres les souffroient. Si geta grant sentence contre eux, et avec ce sousmetoit leur terres à l'entredit de l'églyse. Mais après le pape, à la requeste des fils du roy et de pluseurs autres nobles, dispensa avec eux, pour ce qu'il estoient nouviaux chevaliers, que par trois jours devant karesme[267] il peussent aux dis jeux jouer tant seulement et non plus.
Et en ce meisme an, Guichart l'évesque de Troies, lequiel avoit esté souppeçonné d'avoir procuré la mort de la royne Jehanne, si comme par avant est escript, fu trouvé innocent par la confession d'un Lombart qui avoit à nom Noffle, lequiel estoit jugié à Paris à estre pendu au gibet.
Et en cestui an, mut une très grant dissencion entre le duc de Lorraine et l'évesque de Mez pour très petite achoison, la quielle eust esté tost apaisiée qui y eust voulu mettre un pou de paine. Mais en la fin les deux os s'assemblèrent emprès un chastel que on appelle Freve[268], et là ot moult aspre bataille entre eux. Toutes fois ot le duc victoire par sa cautelle et industrie: car l'évesque avoit plus de gent que le duc. Si s'en commencièrent à fuir, et en y ot bien deux cens que mors que noiés: ilec le conte de Bar neveu de l'évesque, le conte de Salins et son fils, furent pris et pluseurs autres nobles qui estoient de la partie à l'évesque; mais il furent assez briefment délivrés de prison en paiant une grant somme d'argent.