LXX.

De la mort le maistre du Temple.

ANNÉE 1314 En cest an aussi, au moys de mars au tems de karesme, le général maistre du Temple, et un autre grant maistre après luy, en l'ordre si comme l'en dist visiteur, à Paris en l'isle devant les Augustins[269], furent ars: et les os de eux furent ramenés en poudre, mais oncques de leur forfais n'orent nulle recognoissance.

L'an de grace après ensuivant mil trois cent quatorze, le pape Climent mourut au tems de Pasques, et fu le siège moult longuement vacant. Et y ot très grant dissencion entre les cardinals, c'est assavoir: entre ceux de Gascoigne d'une part, et ceux d'Italie et de France d'autre part. Car ceux d'Italie et de France mettoient paine d'avoir l'eslection par devers eux et y ot deffiailles de l'une partie contre l'autre, et meismement pour la cause du feu qui avoit esté mis en la ville de Carpentras par le marquis de Antonne[270] neveu du pape Climent derrenièrement mort; car il y estoient tous assemblés pour l'eslection faire de un pape; et disoit l'en que le feu y avoit esté mis du dit marquis en la faveur des cardinals qui estoient de la partie des Gascoins. Et en cest an fu prise une occasion, pour les guerres qui avoient esté faites en Flandres, de lever une exaction laquielle n'avoit esté oïe de mémoire d'homme. Et commença ceste exaction à Paris premièrement, et après elle fu espandue par tout le pays, et estoit la dite exaction ou extorcion telle que tout vendeur et acheteur paioit six deniers pour livre: laquielle exaction quant elle fu ainsi publiée et par tous pays, ceux de Normendie, et de Picardie, et Champaigne s'assemblèrent et jurèrent les uns aux autres[271] que chascun deffendroit ceste exaction en son pays, et en nulle manière ne la lairoit tenir[272]. Finalement quant le roy sot ce, il commanda que telle exaction cessast par tout son royaume, car on disoit tout communément que ceste chose n'estoit pas venue de la conscience du roy, mais estoit venue, par ses très mauvais conseilleurs.

En cest an, vers Pontoise, (au lieu que l'en dit Maubuisson abbaïe de femmes, nonnains de l'ordre de Cistiaux, le jour d'un mardi en la sepmaine de Pasques), Marguerite royne de Navarre, fille du duc de Bourgoigne et femme Loys roy de Navarre, fils Phelippe roy de France; et Jehanne fille le conte de Bourgoigne, femme Phelippe le conte de Poitiers, fils du roy de France, et Blanche la seconde fille du devant dit conte de Bourgoigne, femme Charles conte de la Marche fils au roy de France, pour fornicacion et avoutire sur eux mis, et meismement ès deux,[273] c'est assavoir: Marguerite royne de Navarre et Blanche femme Charles devant dit; vraiement approuvées[274] furent prises, et du commandement du roy qui lors estoit à Maubuisson, en diverses prisons mises les deux, (c'est assavoir: Marguerite et Blanche du tout en tout par essil et en chartres perpétuels mises et encloses, au chastel de Gaillart en Normendie furent détenues et emprisonnées, et ilec à morir condampnées): et l'autre dame, la contesse de Poitiers, qui fu au chastel de Dourdan emprisonnée, examinacion d'elle faite et expurgement, du tout en tout fu aprouvé que en celuy forfait ne fu pas coupable. Après ce, de prison fu délivrée, et en la compagnie le conte de Poitiers son mari fu de rechief rassemblée: et adecertes pour voir, Phelippe d'Aunoy ami bienveillant[275] de la dite royne, et Gaultier d'Aunoy son frère, ami de la dite Blanche, chevaliers, le jour d'un vendredi, en icelle sepmaine meisme de Pasques, à Pontoise, du commandement du roy, furent escorchiés et les vits et génitoires coupés[276]; et après ce incontinent, à un gibet de Pontoise pour eux nouvellement fait furent traînés, et en celuy gibet pendus et encroés[277]: et pour certain, l'uissier de la dite royne, sachant et consentant de devant dit forfait, en ce jour à Pontoise au commun gibet des larrons fu pendu; lequiel cas fortunable les barons et le roy de France et ensement ses fils courrouça moult et troubla.