LXXXVII.
Galehaut avait appris de messire Gauvain et de messire Yvain tout ce que Lancelot avait dit de ses ennuis et de son désir de vivre oublié dans la plus profonde solitude. Ces nouvelles lui causèrent une grande douleur et une grande joie. Il le savait vivant, hors de prison: il s'inquiétait d'un chagrin dont il devinait la cause. Que devra-t-il faire? Le chercher en terres lointaines? Mais par où commencer? retourner en Sorelois? quel deuil pour lui s'il ne l'y rencontre plus! Il choisit pourtant ce dernier parti, quand il eut perdu tout espoir de le retrouver en Grande-Bretagne. Rentré dans ses États, il apprit qu'on avait vu Lancelot désespéré de le savoir absent; que sa raison en avait reçu une nouvelle atteinte, et qu'on ignorait ce qu'il était devenu. Le sang dont il trouva rougi le lit dans lequel avait couché son ami lui donna à penser qu'il s'était donné la mort; il s'accusa d'avoir été lui-même son meurtrier en tardant à revenir. Dans toutes ses terres, il envoya des messagers chargés de recueillir de ses nouvelles: quand ils revinrent sans l'avoir trouvé, il ne douta plus de sa mort. Ainsi, malade de corps et de cœur, il se mit au lit le jour de la Madeleine et ne se releva plus. Devant sa couche il fit placer l'écu de Lancelot; mais cette vue, loin d'adoucir ses chagrins, contribuait encore à les augmenter. Pendant neuf jours et neuf nuits, il refusa toute espèce de nourriture. On le conjura de faire un effort sur lui-même et de consentir à manger; mais il était trop tard. Sa langue était gonflée, ses lèvres se détachaient d'elles-mêmes, tous ses membres étaient desséchés. C'est ainsi qu'il languit du jour de la Madeleine[94] jusqu'à la dernière semaine de septembre; alors il partit du siècle. Chacun à sa mort pensa avec raison que le monde en le perdant et en n'espérant plus rien de Lancelot, avait perdu les plus purs rayons de la gloire mondaine. De toutes les dames qui le pleurèrent, la dame de Malehaut fut la plus inconsolable: on croit bien que Galehaut l'eût épousée, devant Sainte Église, s'il eût vécu plus longtemps. Mais avant de passer de ce monde, il avait eu soin de revêtir de sa terre et de toutes ses seigneuries, son neveu Galehaudin.
C'est ainsi que finit le fils de la Géante, le seigneur des Îles lointaines, le grand ami de Lancelot.
FIN DU DEUXIÈME VOLUME DE LANCELOT DU LAC
QUATRIÈME VOLUME DES ROMANS DE LA TABLE RONDE.
NOTES ET OBSERVATIONS GRAMMATICALES.
[Page 4.] «Loin d'elle il ne peut être en bon point», c'est-à-dire dans un bon état de santé. De ces trois mots nous avons fait très-improprement embonpoint, et nous en avons modifié le sens naturel au point de pouvoir parler d'un embonpoint excessif,—du trop d'embonpoint,—de beaucoup d'embonpoint.
[P. 4.] Quand il fut au monter. Quand il fut au moment de monter à cheval.—Les mots cheval et chevalier reviennent si souvent que j'ai trouvé à propos d'en diminuer le nombre. D'ailleurs, c'est dans le texte qu'on se contente de dire seulement, comme ici, monter. La forme «être au monter» semble un gallicisme qu'on eût pu conserver.
[P. 4.] La quête. Enquête, recherche. On a encore restreint le sens de ce mot; il ne répond plus guère qu'à demande. On disait également: la quête de celui qu'on cherchait, et la quête de celui qui cherchait; de même que dans l'acception actuelle on dit: «la quête du dimanche» et la quête de madame N.
[P. 4.] Messire Gauvain. Gauvain et Yvain sont toujours ainsi qualifiés, comme fils aînés de rois encore vivants.
[P. 5.] Un clerc revêtu, c'est-à-dire en costume de clerc allant officier; en surplis, comme on dirait aujourd'hui.
[P. 5.] N'est-il pas dans la forêt d'autre religion, d'autre maison religieuse. On n'a guère conservé cette ancienne acception que pour ceux qui entrent «en religion».
[P. 6.] Le clerc se chargea d'établer le cheval. De le mettre à l'écurie; mot qui n'était pas encore usité.
[P. 8.] Messire Allier. L'histoire d'Allier, père de Maret, semble, sous des noms fictifs, se rapporter à Guichart III, sire de Beaujeu, devenu moine de Cluny en 1137. Bien que je ne sois plus aujourd'hui aussi persuadé que je l'étais il y a trois ans de la part que Gautier Map aurait prise à la composition des romans de la Table ronde, il faut encore, à l'appui de cette attribution, tenir compte de quelques passages du De nugis carialium. Au chap. XIII de la première Distinction, G. Map a raconté de Guichart III, seigneur de Beaujeu, mort vers 1140, ce qu'on trouve dans notre XLVIIIe laisse (p. 13) de mess. Allier père de Maret. Voici le passage qu'on pourra comparer:
«Guichardeus de Bellojoco[95] pater hujus Imberti cui nunc cum filio suo conflictus est, in ultimo senectutis suæ Cluniaci assumpsit habitum, distractumque prius tempore, scilicet militiæ, singularis animi copiam adeptus, etiam quietem adegit: in unum collectis viribus, se subito poetam persensit, sua quo modo lingua, scilicet gallica, pretiosus effulgens, laïcorum Homerus fuit. Hæ mihi utinam induciæ! ne, per multos diffusæ mentis radios, error solæcismum faciat[96]. Hic jam Cluniacensis monachus factus, jam dicto Imberto filio suo, licet vix impetratus ab abbate et conventu, totam terram suam, quam idem filius per potestatem hostium et suam impotentiam amiserat, armata manu restituit. Reversusque, devotus in voto persistens, diem suum felici clausit exitu.»
M. Victor Leclerc, Hist. litt., tome XXIII, p. 250, avait déjà conjecturé que les vers publiés sous le titre de Sermon de Guichart de Beaulieu étaient de Guichart seigneur de Beaujeu, mort, ajoute-t-il, en 1137. Mais je crois qu'il s'est mépris en rapportant la composition de ces vers au temps où ce Guichart était encore dans le siècle. C'est dans l'abbaye de Cluny qu'il dut les faire, non comme un sermon prononcé en chaire, mais comme épître ou discours moral. Guichart fut l'«Homère des laïcs», parce qu'il s'était adressé directement dans cette épître aux laïcs; non parce que lui-même était encore laïc. Pour ce nom d'Homère, il n'en faudrait pas induire que Guichart eût fait quelque chanson de geste, mais seulement qu'on le comparait, comme ancien poëte français, au plus grand et au plus ancien des poëtes grecs.
[P. 10.] Il vaut une «échelle» entière. Une aile, un bataillon. Notre diminutif bataillon dérive de bataille, corps d'armée rangée en bataille. On disait la bataille du roi, pour l'aile que commandait le roi.
[P. 11.] Quand ils eurent «levé leur ventaille». J'aurais dû dire baissé. La ventaille était une espèce de petite pièce qui dépendait du haubert, et qui descendait sur la poitrine, quand on ne la remontait pas sur le visage pour l'attacher à la coiffe du haubert. Je ne crois pas qu'elle montât jamais jusqu'aux yeux. Elle fut plus tard remplacée par la visière, qui dépendait du casque, heaume, ou armet. Disons en passant, qu'armet ne vient pas d'arme, mais de l'italien elmo heaume, elmetto, petit heaume.
[P. 11.] Deux jeunes «pucelles». Ce mot n'avait d'autre sens que celui du latin puella, femme non mariée.
[P. 11.] Les deux amis quittent «heaume, épée, haubert.» L'aspiration de l'initiale h rend ces formes, heaume, haubert, un peu dures. L'italien elmo, albergo est assurément plus agréable. Je ne pouvais substituer casque à heaume, ni cuirasse à haubert, ces deuxièmes noms ayant une physionomie trop moderne. Il en a été de même de l'écu, que n'aurait pas exactement remplacé le bouclier. J'ai parfois aussi conservé ost au lieu d'armée. Pour des récits surannés, il faut souvent des expressions et même des constructions vieillies. Brocher des éperons ne vaut-il pas mieux que piquer des deux? Defermer au lieu d'ouvrir n'est-il pas à regretter un peu?
[P. 14.] Messire Gauvain devait être facile à reconnaître «au sinople de son escu». Les armoiries sont encore de fantaisie dans nos romans. Bien que les chevaliers affectent de certaines couleurs, de certaines figures, ils en changent et les cèdent volontiers. Rien plus éloigné de la vérité que les attributions faites à la fin du quinzième siècle, dans un livre souvent réimprimé sous le titre: Armoiries des chevaliers de la table ronde. Tout y est imaginaire.
[P. 17.] Celui qui m'«outrera» n'est pas encore né. Celui qui me vaincra. Le mot vaincre, dur à conjuguer, justifie l'emploi de synonymes même vieillis, comme ici outrer dans le sens de vaincre, réduire à merci.
[P. 17.] Un sergent va dans le «moutier». Ce mot se prenait pour église ou pour chapelle, aussi bien que pour monastère: dans ce dernier sens, on préférait même le mot religion.
[P. 21.] Et ce chevalier «félon». L'Académie, qui me semble avoir prodigué les accents, peut être blâmée d'en avoir affublé félon, dont le radical français est fel: je n'ai jamais entendu prononcer félon. Il en est de même de l'accent qu'elle exige pour pèlerin.
[P. 21.] À l'entrée d'une «lande». Plaine non cultivée, aride ou couverte de gazon.
[P. 21.] Vous avez fait que «vilain», comme «vous avez fait que sage». C'est-à-dire «vous avez fait ainsi que vilain ferait.»
[P. 21.] Vous amenderez le méfait. Vous réparerez, vous compenserez. Bonne locution perdue. On dit encore dans un sens presque analogue: faire amende honorable.
[P. 22.] Vous êtes le meilleur «vassal» du monde. Le premier et le vrai sens de ce mot répond à chevalier, et non pas à tenancier d'un fief seigneurial. Messire Gauvain n'était pas de ces tenanciers. Le radical latin qu'on trouve dans la loi salique est vassus: on l'a rendu d'abord par vax, puis par vassal, noble chevalier. Dans nos chansons de geste et dans nos romans, Charlemagne et Artus sont fréquemment loués comme bons vassaux. Si l'on a confondu l'ancienne et la nouvelle acception, c'est parce qu'en recevant l'adoubement ou vêtement militaire, on devenait l'obligé de celui qui vous armait. Mais Vassal suppose néanmoins une position indépendante; aussi ne voit-on jamais, dans nos premiers textes de langue, l'expression vassal de quelqu'un; mais ce vassal peut être le chevalier d'un prince, à raison de son hommage ou des soudées qu'il recevait. Les mots de la basse latinité vassus, vassalis, vassaletus et vassus vassorum représentent vax, vassal, vallet ou varlet, et vavasseur.
[P. 25.] Sagremor le «desréé» sur ce surnom, voyez encore t. I, page 290.
[P. 25.] Les trois «gloutons», synonyme de notre drôles, ou vauriens. «Glout» dans les chansons de geste.
[P. 25.] Nous pourririons encore dans la «chartre» de Marganor. La prison. C'est le latin carcer. Le rapprochement du sens de ce mot avec le nom de la ville des Carnutes, Chartres, n'a pas été sans influence sur le type des monnaies chartaines. Remarquons ici: 1o qu'un des airs de chanson les plus connus est celui de: Tous les Bourgeois de Châtres (aujourd'hui Arpajon), et non pas de Chartres, 2o qu'à Reims, la porta carceris, porte de la prison de l'archevêque, où, dit-on, fut enfermé Ogier le Danois (non l'Ardenois), doit à cet ancien nom celui de Porte Cère, comme disent encore les bonnes gens du peuple, on Porte Cérès, comme disent les gens bien élevés.
[P. 27.] Je veux bien «baisser ma guimpe». La guimpe était pour les dames ce que la ventaille était pour les hommes. Voyez tome I, p. 206, note.
[P. 27.] Par mon chef! auj. «Sur ma tête!»
[P. 34.] Elle prend «plein son poing de chandelles» (plain poing de candeilles). Cette expression, fréquemment répétée, donne à penser que ces chandelles étaient en faisceau de deux ou trois mêches. «Prendre plein ses poings,» c'est peut-être exactement notre empoigner.
[P. 29.] Je fais serment sur les saints. C'est-à-dire sur les reliques de saints. Je renvoie sur ce sujet à l'Étude sur les origines des romans de la Table ronde, insérée dans la Romania, tom. Ier.
[P. 45.] Comment le fait Galehaut, lieu commun d'entrée en propos, How do you do des Anglais; (Comment le faites-vous)? et notre Comment vous portez-vous?
[P. 45.] Les dames «après s'être conseillées». Ou avoir pris conseil. On dirait aujourd'hui s'être consultées, mais avec moins d'exactitude.
[P. 45.] Les Saisnes sont les Saxons; les Irois, les Irlandais, souvent confondus avec les Escots ou Écossais. Pour la forme Saxons, elle eût écorché la bouche délicate de nos anciens Français: ils préféraient les Saisnes (Saxoni), et la Sassogne (Saxonia), au lieu de notre Saxe.
[P. 46.] Un riche peigne dont les dents étaient garnies de ses cheveux. Admettons qu'alors les beaux cheveux blonds des dames ne fussent jamais imprégnés d'huiles ou de pommades parfumées, on se rendra mieux compte du prix que les amoureux attachaient au don d'un peigne garni comme celui que Genièvre envoie à Lancelot. Ce mot peigne nous tient aujourd'hui en respect: autrefois c'était fréquemment une œuvre d'art. On en voit d'un charmant travail dans plusieurs cabinets, entre autres dans celui des Antiques de la Bibliothèque nationale. On y traçait à la pointe le Jugement de Paris, la Punition d'Actéon, ou quelque belle devise galante.
[P. 70.] La dame le fait asseoir sur «la couche». L'usage de la couche répondait assez à celui de nos divans. Il ne faut pas la confondre avec notre lit; les dames du Lancelot l'auraient fait partager trop fréquemment à ceux qui les visitaient.
[P. 70.] À Dieu soyez-vous recommandée! Cette pieuse formule est devenue tellement elliptique que bien des gens aujourd'hui ne s'en rendent plus compte en la prononçant. Nous cessons depuis longtemps d'écrire: À Dieu! on dit adieu, on fait ses adieux. On parle même des gens qui ont dit, les uns adieu à l'Église, les autres adieu à Satan. Ce que c'est d'oublier le vrai sens des mots!
[P. 75.] La bonne épée «Sequence». On voit, ici combien de remaniements souvent fâcheux dans les traditions. Le nom véritablement consacré de l'épée d'Artus est Escalibur. Les romanciers y ont substitué d'abord Marmiadoise, en faisant donner Escalibur à Gauvain. Ici, on nous parle de Sequence, la moins autorisée des trois épées. Au reste, il est rare, dans nos romans, de voir désigner les armes et les chevaux par des noms particuliers. Je ne me souviens que de ces trois épées et du cheval de messire Gauvain, Gringalet, nom que le Lancelot n'admet même pas.
[P. 87.] Il eut soin de mander les quatre clercs, etc. Le fond de cet alinéa a été plus tard défiguré dans le texte du manuscrit 751, que j'ai donné en note. Voici celui du manuscrit 752: «Celui jor furent mandé li cler qui metoient en escrit les proesces as compaignons de la maison le roi. Si estoient quatre. Et avoit non li uns Arodion de Coloigne, e li segons Taudramides de Verzeaus, e li tiers Thomas de Tolède e li quarz Sapiers de Baudas. Cil, quatre metoient en escrit quanque li compaignon le roi faisoient d'armes. Si mistrent en escrit les aventures monseignor G. tot avant, porce que ce estoit li comencemens de la queste; e puis les Hector, porce que del conte meesmes estoient branches. E puis les aventures as autres XVIII compaignons. E tot ce fu del conte Lancelot. E tuit cest conte estoient branches, e li contes Lancelot meismes fu branche del grant conte del Graal, si tost com il fu ajostés.»
On voit ici que le «Grand conte du Graal» ne fut constitué que par la réunion successive des branches qu'avaient formées le Merlin, l'Artus, le Gauvain et le Lancelot. La branche de Gauvain n'est plus aujourd'hui séparée, au moins dans les romans en prose, de celles d'Artus et de Lancelot. Tout semble porter à croire que les deux livres d'Artus et de Lancelot étaient, dans l'origine, parfaitement indépendants du Saint Graal et du Merlin. C'est pour avoir voulu raccorder les deux premiers aux deux seconds que les arrangeurs définitifs auront été obligés de recourir çà et là à des interpolations.
[P. 95.] En tendant les bras à son «nourri». Nous avons perdu ce mot, désignant celui qui avait passé sa jeunesse, avait été nourri, élevé, dans la maison d'un parent, ami, patron ou client, devenu père nourricier. Ainsi Eginhard nomme-t-il Charlemagne nutritor meus; ainsi Guillaume de Machault se disait-il le nourri du roi de Bohême.
[P. 97.] On vit descendre devant le «degré». Ancien nom de notre escalier. Celui du Palais de Justice s'appelle encore le degré.
[P. 98.] Les cheveux roulés en une seule tresse. Cette tresse descendait apparemment le long du dos, comme on le voit sur les coffrets et peintures murales des onzième et douzième siècles. On verra plus loin, page 222, qu'une fille était déshonorée quand on lui coupait ses tresses.
[P. 102.] Le plus loyal des hommes qui soient aux «îles de mer.» Autrefois on donnait volontiers le nom d'îles aux terres qui étaient à demi fermées de rivières; et c'est ainsi que l'Île-de-France peut avoir mérité son nom. Froissart nomme fréquemment des îles de ce genre. Voilà pourquoi notre auteur distingue les îles de mer.
[P. 106.] Il se signait. Il faisait des signes de croix.
[P. 107.] Quiconque osera me contredire sera.... réduit «à se déclarer foi mentie». À se reconnaître parjure, à confesser un faux serment, à manquer à la foi jurée. On voit dans tous nos romans combien le nom de féodalité, de gouvernement féodal, était justement choisi. Tous les devoirs avaient pour base la foi promise, l'hommage librement rendu. Rien de plus sacré que cet engagement, rien ne pouvait excuser l'homme qui ne le respectait pas. Si vous promettiez, il fallait tenir; fût-ce à la ruine de votre famille ou de votre pays. Nous n'avons plus guère de ces rigoureuses exigences, si ce n'est peut-être pour ce qui tient aux gageures et aux dettes de jeu.
[P. 110.] La nature de la clameur «qu'elle avait levée». Lever, élever une clameur, c'était porter une accusation, ou réclamer contre une mesure, un décret du souverain. Telle était chez les Normands la Clameur de haro.
[P. 112.] Il fondait en larmes. On a dû remarquer avec quelle facilité les héros de nos chansons de geste et de nos romans fondent en larmes et se pâment de douleur. Nous sommes aujourd'hui plus durs et plus difficiles à émouvoir que ne l'étaient Charlemagne, Artus et Lancelot. Sans doute, les poëtes et les romanciers ont trop multiplié ces témoignages involontaires d'attendrissement; mais il faut bien qu'on ne les trouvât pas, de leur temps, aussi exagérés qu'ils nous le paraissent aujourd'hui.
[P. 128.] Une manche de «samit» jaune. Le samit était, je crois, une espèce de taffetas. Le mot vient du grec ἑξαμἱτον, ou peut-être de l'île de Samos d'où l'on tirait la plus belle soie.
[P. 132.] La fête de Noël, que le roi Artus a choisie pour tenir «cour plénière». Le texte dit: cour enforcée, ce qui n'est pas exactement ce qu'on a plus tard entendu par Cour plénière.
[P. 133.] Seigneurs, vous êtes «mes hommes». C'est-à-dire j'ai reçu votre hommage; vous me devez, conseil et service.
[P. 135.] Un «bailli» convoiteux met tout à destruction. Bailli est ici le régent, celui qui gouverne en l'absence ou pendant la minorité du seigneur naturel. De bajulus, bâton, on a fait bailli, celui qui tient le sceptre, le bâton. Le bail et la baillie sont le gouvernement, le pouvoir. À la page 310, bail est pris dans un autre sens.
[P. 137.] On apporta les «Saints.» Les reliques de saints sur lesquels on jurait. Il faut remarquer que dans ce temps-là le serment (sacramentum) se prêtait soit en adjurant Dieu représenté par une église, soit en posant la main sur l'évangile ou de saintes reliques qu'on faisait venir de l'église ou qu'on y allait chercher. On les invoquait comme garants de l'engagement pris ou de la vérité des déclarations. Mentir au serment ainsi prêté, c'était se dévouer à la vengeance céleste; c'était renier Dieu et les saints.
[P. 138.] L'Apostole. C'est le synonyme ordinaire du mot pape. On a dit aussi la pape. Nous conservons encore le Siége apostolique.
[P. 141.] Il avait la barbe et les cheveux roux. Cette prévention contre les gens à cheveux roux accuse assez bien un gallo-breton. Les hommes de cette race étaient généralement bruns, comme nos Bretons du continent. Ils tenaient pour ennemis mortels les conquérants Anglo-Saxons, généralement roux. Il est vrai que, parmi les compagnons de Guillaume le conquérant, il devait se trouver autant de cheveux roux que de cheveux noirs; mais Henri II, le protecteur de notre auteur, était, au moins par son père, Angevin.
[P. 143.] Un «behourdis» à armes courtoises fut disposé dans la prairie. Le behourdis était un exercice militaire comme les tournois et, plus lard, les Tables rondes. Il n'était pas interdit aux écuyers ni aux simples valets. Le plus souvent, il s'agissait de franchir à cheval, et tout en combattant, des obstacles plus ou moins dangereux.
[P. 144.] Le «glaive» de Meléagan se brisa. Par glaive, il faut toujours entendre ici la lance ou l'épieu, non l'épée. De l'ancienne forme est venu glavelot, javelot (gladium, gladiolum). La hante (hasta) était le bois du glaive.
[P. 144.] Et tomba sous les pieds de son «destrier». L'écuyer d'un chevalier prêt à combattre conduisait, à la dextre du cheval qui portait son maître, le cheval de bataille que le maître ne montait qu'après s'être fait complètement armer. De là le nom de destrier (dexterarius) donné au cheval de guerre.
[P. 146.] Des «mires» lui recommandent un repos absolu. Mire représente le latin medicus, et ne vient pas de l'arabe. On a dit mie, mege, et enfin mire.
[P. 179.] Prononcer le honteux mot de recréance. Avouer qu'on avait soutenu une mauvaise cause, et qu'on était outré, vaincu. On appelle encore aujourd'hui un cheval recru, celui qui est las, harassé, et ne peut avancer d'un pas.
[P. 179.] Si m'ait Dieu, adjuration sacramentelle: Ainsi Dieu me soit en aide! (Sic me Deus adjuvet.)
[P. 187.] Allons ensemble le «mettre à raison», c'est-à-dire lui parler, le faire parler. Aujourd'hui, dans un sens presque analogue, arraisonner. Dans le livre curieux de Gautier Map De Nugis curialium, ce gallicisme est traduit mot à mot: «Dicunt Herlam regem.... positum ad rationem ab altero rege....» (Dictinctio I, chap. XI.)
[P. 193.] La poursuite les occupa jusqu'à None. Le jour était encore distribué en quatre parties, de trois en trois heures. Prime commençait au lever du soleil, c'est-à-dire de six à neuf heures du matin. Tierce, de neuf heures à midi. Sexte, de midi à trois heures, et None, de trois à six heures. La nuit était également divisée en quatre parties: vêpres, nocturne, vigile et matines; ou simplement: première, deuxième, troisième et quatrième veilles de la nuit.—Il faut corriger la note de la page 251, où l'on a compté tierce de six à neuf heures.
[P. 194.] Sans perdre de temps, il revêt les armes du Seigneur-Dieu, c'est-à-dire les vêtements sacerdotaux. On comptait trois sortes de chevaliers: les chevaliers proprement dits, les chevaliers-ès-lois, les chevaliers clercs. À ces trois grades était acquis le titre honorifique de mes sires (mon seigneur, au cas régime). Les Présidents de cour souveraine et les évêques avaient le rang de chevaliers; et c'est en vertu de cette ancienne hiérarchie que l'évêque est encore aujourd'hui qualifié Monseigneur. Mais, pour être conséquent, il eût fallu maintenir le monseigneur à nos présidents de justice et à ceux qu'on nomme aujourd'hui officiers supérieurs, ces chevaliers du moyen âge.
[P. 206.] L'usage d'Artus était de ne pas monter à cheval durant «la semaine peneuse». La semaine sainte. On a vu plus haut qu'on se faisait généralement un scrupule de chevaucher le samedi, jour consacré à la vierge.
[P. 208.] Le roi le relève et le «baise sur la bouche». Le baiser sur la bouche était le plus grand témoignage d'union, de paix et de réconciliation. Aussi un chrétien se serait-il gardé de jamais l'accepter d'un Sarrasin: il eût aussi bien renié sa foi. Voyez plus loin, page [306].
[P. 218.] Une pucelle, la plus belle qu'on puisse voir de pauvre lignage. Nous dirions aujourd'hui la plus belle fille de village ou de campagne; ce qui rappelle le vers de Gresset:
Elle a d'assez beaux yeux, pour des yeux de province.
[P. 219.] Je vous le dirai «si je n'ai garde», c'est-à-dire si je n'ai pas à me garder, si je n'ai rien à craindre de vous. Le mot garde a précisément le sens de caution.
[P. 230], note. L'histoire d'Ascalon est racontée dans la partie inédite du livre d'Artus; mais, je crois, d'après notre roman. Je suis aujourd'hui moins disposé à croire à cette antériorité du Lancelot. L'Artus inédit, bien distinct du texte que j'ai reproduit à la suite du Merlin, pourrait bien être une première ébauche bientôt abandonnée et qui aurait donné l'envie de mieux faire à l'auteur du Lancelot.
[P. 241.] La messe chantée par un «prouvaire». Prouvaire est l'ancienne forme française du latin præsbiter; mais la forme prêtre est aussi ancienne. Nous avons (ou nous avions) à Paris la rue des Prouvaires. Nos municipaux n'ont-ils pas trouvé à ce nom de rue le grand tort d'être ancien?
[P. 241.] Des jeux d'échecs et de «tables». Les jeux de tables étaient en général ceux que l'on jouait sur un tablier ou une sorte d'échiquier. En particulier, je crois qu'il désignait notre jeu de trictrac.
[P. 244.] Il est mort «s'il ne fiance prison». C'est l'expression textuelle: s'il ne se rend prisonnier.
[P. 257.] On le replaça sur la litière «cavaleresque». La litière placée en travers sur le dos de deux chevaux; à la distinction de la litière portée à bras d'hommes, et qu'on appellait aussi bière.
[P. 294.] Aiglin des Vaus. Ce neveu de Keu d'Estrans est nommé «Kaeddin li biaus» dans le ms. 752, fo 89.
[P. 300.] Il était petit, et les deux figures étaient taillées sur une pierre noire.
Le manuscrit 752 ajoute un détail nouveau: «Si estoit li aniaus petit à une pierre plate bise, qui estoit de si grant force que ele descovroit les enchantemens vers celui qui la portoit, si tost com il l'avoit esgardée» (fo 91). Mais le romancier confond ici l'anneau donné par la Dame du lac avec l'anneau de la Reine. C'est déjà beaucoup que Lancelot n'ait pas regardé le premier talisman, dès qu'il s'était vu au pouvoir de Morgain.
[P. 301.] Çà et là glisse des pensées d'amour. «Si li trait avant de beles paroles, et rit et gabe et jue o lui, en chevauchant. De toutes les choses le semont de quoi ele le cuide eschaufer. Si se deslie sovent devant lui por mostrer son chief qui de très grant biauté estoit, et chantoit lais bretons et autres notes plaisans et envoisiés. Ele avoit la vois haute et clere, et si avoit la langue bien parlant et breton et françois et meins autres langages» (ms. 752, fo 92). J'ai rendu cette scène, le plus exactement que j'ai pu, d'après les plus nombreuses leçons, sans rien ajouter ni supprimer. Ce manuscrit 752 offre pourtant quelques détails de plus qu'il peut être intéressant de reproduire:
«Et quant ele voit un leu bel et plaisant, si le mostre et dit: «Veez ci biau leu, sire chevaliers; dont ne seroit-il bien honiz qui cest len trespaseroit avec bele dame ou bele damoisele sans faire plus?» Mes sa parole a perdue, car Lancelot n'a talent ne volenté de nule chose qu'ele li die. Ainçois li anuie tant qu'il ne la puet regarder. Et quant ele tant l'anuie, si ne se puet-il plus taire, si li dit: «Damoisele, dites-vous acertes ce que vous dites?» Ele respont que voirement le dit ele.—«Se Deus me consant fet-il, je n'avoie pas apris que damoisele parlast en tel maniere, ne qui eust si honte perdue.—Avoi! sire chevalier, fet ele, il avient bien à un chevalier que, se il est boens et loiaus et sages, qu'il prie bele damoisele ou bele dame d'amors puis qu'il sont soul à soul; et se li chevaliers ne la prie, parce qu'il la crieme ou parce qu'il est en autre pensée, la dame ou la damoisele le doit prier et semondre de quanqu'elle desirrera; et s'il s'en escondist, dont sai-je bien qu'il est honis sur terre et doit avoir toutes leis perdues en totes corz. Et por ce que vous ieste beaus chevaliers et je bele damoiselle, por ce vos requier et pri que vos gesiez à moi. Et vez-ci beau leu et cointe et bien aesié. Et se vos ne le faites, je ne vos sivrai en avant, ne jamais ne vos troverai en cort que je ne vos apel de recréandise.»
.... «Quant ils ont chevauchié une grant pièce au rai de la lune, si choisissent et voient devant aus un paveilon mult bel et mult riche. Si aperçoit Lanceloz que ce est li paveilons où Morgains soloit gésir au Val des faus amans, lor et au tens qu'il chasoit le chevalier qui se feri desous le lit.... Lors esgarde Lanceloz et vit un des plus riches lis qu'il eust onques veus et des plus biaus. Car il n'estoit nule grans richesce de courte-pointe ne de dras ne de covertor qui n'i fust, et par desuz le chevez en haut si avoit deus oreilliers moult riches por le lit parer, dont les coites estoient d'un samit trop richement broudé; et en la broudeure avoit de maintes riches pierres asises, plaines de vertuz; et à chascun des cors des oreilliers avoit un grant boton d'or tout plain de basme qui rendoit si grant odor que nule mieudre ne puct estre. Et par desoz ces deus en avoit deus autres, et cil estoient fet por gésir sus....
Or Lanceloz s'est couchiez par le comandement à la damoisele, et semble bien que il ait garde, au semblant que il fait; quar il n'oste ne braies ne chemise, ançois gist come huem qui a besoing. Quand la damoisele ot fet couchier touz les valez ès loges dont entour le paveilon avoit assez, si revient arère là où Lanceloz gisoit. Et l'en voit léans mult cler, car devant le lit avoit deus grans cirges qui ardoient. La damoisele prent les cirges, si les oste de soz un coffre où il estoient, si les esloigne et met en bas, si que la clarté ne parviengne à la couche où Lanceloz gist. Cil esgarde quanqu'ele fait, come cil qui entent plus à penser que à dormir. Si voit qu'ele a tote sa robe ostée fors sa chamise, puis vient à Lancelot, si lieve les dras de son lit et se lance lez lui, et giete les bras por lui acolier, et le vost beisier; mes il n'a cure, si se defent moult durement, si qu'il li vole hors des bras et se lance hors dou lit, et ele est après lui saillie. Et quant il la vit hors del lit, si a trop grant honte et li dit: «Avoi! damoisele, m'aist Deus! bien avez honte perdue. Car onques mes n'oï parler de dame ne de demoisele qui vousist chevalier prendre à force.—Ha! fit-ele, mauvez recréant! dahés avez-vos! car onques chevaliers ne fustes, et honie soit l'eure que vos vantastes de monseignor Gauvain rescoure, quant vostre lit avez guerpi por une damoisele sole! si ne sui pas moins bele de voz ne meins valanz; car au meins ne sui-je pas desloiaus com vos estes.—Damoisele, fet-il, vous dirois ce que vos plaira; mes il ne se leva hui si buens chevaliers, se il m'apeloit de desloiauté, vers qui je ne me défendisse.—Certes, fit-ele, or i parra coment vous en défendrez, car jel mostrerai encontre vos.» Lors se lance à lui, si le cuide prendre par le col, mais ele faut, et la main s'en vient par la chavesaille de la chamise, si la fent jusqu'à la pointe. Quant il voit ce, si a trop grant honte. Lors la seisist par les deux bras, si la met arière au plus belement que il puet, et dit qu'ele ne s'en relevera devant qu'ele li ait fiancé qu'ele ne couchera en lit où il gise, ne li querra chose qui encontre son cuer soit.—«Jel fiancerai, fet-ele, se vos volez fere une chose que je vos requerrai.—Dites, fet-il, car je le ferai teus puet-ele estre.—Ne vos en dirai rien se en l'oreille non; car je ne sai qui nous escoute, et se vos m'en escondisiez et il fust oï, tant seroit por vous la honte greindre.» Lors s'abesse Lanceloz et met la destre oreille en sa boche. Et ele comence à sospirier, si dist moult belement; «Ha Deus! coment le dirai-je?» Lors s'estent si durement que Lancelot cuida bien que ele fust pasmée. Lors l'a regardée et, el regarder que il fist, ele giete la boche, si li beise. Et il en est si angoissous que par unpoi que il n'enrage. Atant l'a laissiée, si comence à crachier de despit de ce qu'ele l'avoit beisié. Et ele le recort sore; et quand il voit qu'il ne porra à lui durer, si cort à s'espée qui à l'atache dou paveillon estoit pendue, si la sache hors del fuere, et jure que il en ferra, se ele touche plus à lui. Ele set bien que il n'en fera riens, etc.... (fo 92.)
[P. 335.] note. La preuve n'est pas décisive. Les Cisterciens, par exemple, confiaient tous les travaux de leurs terres à des frères convers ou néophites rendus. Ces bouviers rencontrés par Galehaut pouvaient donc être de ces rendus. Plus loin, on voit Lionel à l'entrée d'un enclos religieux, aborder «un des frères, qui labourait.»
[P. 244.] Le texte du ms. 752 raconte encore avec d'autres développements le songe et le départ de Lancelot:
Si li a mis poisons en son boivre qui estoient confites à conjuremenz et à charraiz; si li troblerent la cervele, tant que, la nuit, li fu avis en son dormant que il veilloit et que il trovoit sa dame la roine gisant avec un chevalier si de près que il le li faisoit; et il corroit à s'espée, si le voloit ocire, quant in tome sailloit sus et disoit: «Lanceloz, que volez vos à cest chevalier? Ne soiez-vos jà si hardis que vos i metois la main; car je sui soe: ne jamais, si chier com vos avez vostre cors, n'entrez en leu où je soie, car je le vous deffent mult bien.» Ensi le fit Morgue songier, et por ce qu'il tensist sa vision au matin plus veraie, le fist porter hors de la chambre à mienuit, et metre en une litière, autresi com ele avoit fait au Val sans retor, tout endormi, en une des plus belles landes del monde, bien trois lieues loing d'ilecques; et ele meismes i ala, s'el fist à ses gens gueitier de près. Au matin fu avis Lancelot qu'il estoit en un des plus biaus paveillons del monde, et véist devant lui une autretel couche com estoit cele où il avoit véu gésir la roine et le chevalier, et que encore tenoit l'espée dont il le voloit ocirre. Ne sous ciel n'a home qui croire li féist que il n'eust veu à ses iaus ce que il avoit songié.—Quant il vit les gens Morgain, si fu mult honteus, fit ele meismes vint avant à guise de fame mult irée, si li dist: «Coment Lancelot, i estes-vous si desloiaus que vous en i estes fuis sans mon congié?» Et quant il entent, si cuide bien qu'ele l'ait ateint de desloiauté, si en a tel duel que par un poi qu'il ne forcene. Si prent l'espée qu'il cuide tenir, si la se viaut boter parmi le cors, quant Morgue li cort andeus ses mains tenir, si le chastie et dist que maintes gens trespassent lor loiautéz qui puis vivent loiaument totes lor vies. «Dame, fait-il, je ne porroie mie longuement durer en tel manière, et mieus me vendrait tot le monde guerpir et foïr, que à morir. Et vos me devisâstes er soir que je m'en iroie se vous jurois que je n'enterroie, etc.»
[P. 350.] C'est ainsi que finit Galehaut.
Dans plusieurs anciens manuscrits, cette partie du roman de Lancelot est appelée Le livre de Galehaut, ou Le prince Galehaut. À ce titre faisait allusion Dante Alighieri, dans les vers si souvent cités:
Noi leggevamo un giorno per diletto
Di Lancilotto, come amor lo strinse....
Galeotto fu il libro e chi lo serisse....
On sait que Bocace avait choisi pour second titre de son Decaméron celui de Il principe Galeotto, tant ce personnage avait acquis une célébrité générale.
Galehaut semble pourtant un hors-d'œuvre dans l'ensemble de notre roman. L'auteur, après avoir promis de lui monts et merveilles, ne lui a confié qu'un rôle secondaire. Il est vrai qu'il devient l'utile intermédiaire des premières relations de Genièvre avec Lancelot, et qu'il donne un asile à la reine répudiée. Mais son excessive amitié pour Lancelot; ses projets insensés de conquête, abandonnés au moment où la défaite du grand roi Artus allait lui permettre de les réaliser; ses songes que douze astrologues viennent interpréter, tout cela forme je ne sais quelle fausse note qui affaiblit l'intérêt de l'action principale. Le romancier eût mieux fait de confier le soin de protéger la reine exilée au bon roi Baudemagus; en rapportant au temps du séjour de Genièvre à la cour de ce prince la passion de l'orgueilleux Meléagan pour la reine, passion dont le livre suivant va nous entretenir. Il est vrai que dans un des premiers, sinon dans le premier des romans français, on ne pouvait guère espérer de trouver l'observation de toutes les règles du genre: c'est déjà avec une certaine surprise qu'on y reconnaît tant de précieuses qualités dont les romanciers postérieurs ont fait leur profit.
Ainsi l'Amadis espagnol, composé dans le cours du quatorzième siècle, dut à cette première partie trop oubliée du Lancelot, tout ce qu'on y loua le plus, tout ce qu'on en retint le mieux. Si le roi Périon demande à ses astrologues l'explication de ses songes, c'est parce que Galehaut avait fait les mêmes rêves et demande les mêmes explications aux astrologues d'Artus. Le damoisel de la mer reçoit chez Gandale l'éducation du «Beau valet» chez la Dame du lac. L'intervention répétée de demoiselles errantes, les landes, les forêts, les châteaux, les fontaines de l'Amadis, tout cela est emprunté au Lancelot. Urgande la desconnue, protectrice d'Amadis, est la Dame du lac protectrice de Lancelot. Ces deux fées sont amoureuses et ne disent pas celui qu'elles aiment. Languines, roi d'Écosse, arme chevalier le Damoisel de la mer, sans demander qui il est ni comment il se nomme, parce que le roi Artus en avait agi de même avec le Beau valet. Le premier entretien du Damoisel avec Oriane est librement traduit de celui de Lancelot avec Genièvre. L'aventure de Galaor avec la belle Aldene, est l'aventure de Gauvain avec la fille du roi de Norgales. Amadis rêvasse quand il voit Oriane, comme Lancelot quand il voit Genièvre; et dans cette contemplation ils oublient également de parer les coups de leurs adversaires. Comment ne pas reconnaître Mabile et la demoiselle de Danemarc du roman espagnol dans la Saraïde et la dame de Malehaut du roman français? L'arc des loiaus amans de l'Amadis n'est-il pas notre Val des faux amants? Mais pourquoi tous ces rapprochements? Il faudrait pour ainsi dire rappeler à chaque page des quatre premiers volumes de l'Amadis une page correspondante des romans de la Table ronde, et surtout de notre Lancelot. Qu'il nous suffise de dire que pour avoir été si fidèle imitateur de nos romans, l'Amadis a justement été regardé comme le chef-d'œuvre de l'ancienne littérature espagnole.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LES LAISSES, OU CHAPITRES.
- XLVII. Galehaut et Lancelot envoient Lionel à la cour, pour les recommander à la reine. [P. 1.]
- XLVIII. Suite de la quête de Lancelot par Gauvain. Il est hébergé chez un ermite qui lui raconte l'histoire d'Allier, père de Marest. Gauvain assiste à l'assemblée de Loverzep; il y retrouve Giflet fils-Do. Ils font triompher le parti du duc Escaus de Cambenic. Ils rencontrent deux demoiselles à l'entrée d'une forêt Bonne fortune de Giflet. Gauvain suit l'une des deux demoiselles, qui promet de le conduire chez la dame sa maîtresse. Il s'arrête d'abord chez la dame, femme de Manassé. Il défend Manassé contre le sénéchal du duc Escaus. Lionel s'arrête pour suivre les combattants. Sa parole indiscrète. Gauvain tue le sénéchal. [P. 5.]
- XLIX. Gauvain rejoint Lionel, et lui fait rendre son cheval. Combat des deux amis, interrompu par Gauvain auquel ils racontent le sujet de leur querelle. [P. 20.]
- L. Gauvain va reprendre la demoiselle de la forêt. Il voit bientôt Sagremor aux prises avec dix larrons qui s'enfuient à son approche. Sagremor consent à prendre pour amie la demoiselle de la forêt. [P. 24.]
- LI. Pourquoi Sagremor était surnommé le desréé et mort-de-jeun. Arrivée de Gauvain, Sagremor et la demoiselle chez la fille du roi de Norgales. Bonne fortune de messire Gauvain. Le roi surprend le couple amoureux. Gauvain et Sagremor sortent à grand'peine du château. Un des Norgalois qui les poursuivent devient l'homme de Sagremor. Celui-ci conduit sa nouvelle amie au château d'Agravain. [P. 28.]
- LII. Hector, prisonnier du châtelain des Mares, devient celui de la sœur d'Hélène-sans-pair dont il va défendre la beauté contre la prouesse de Perside. Il triomphe de Perside et envoie les deux époux réconciliés à la cour du roi Artus. [P. 37.]
- LIII. Arrivée de Lionel à Londres. Les Saisnes et les Irois en Écosse. La Reine envoie de ses drueries à Lancelot. Entrée et combats aveugles de messire Gauvain et d'Hector dans le Sorelois; ils retrouvent Galehaut et Lancelot dans l'Île perdue. Saignée de Lancelot nécessaire à la complète guérison d'Agravain. Arrivée en Écosse; une demoiselle les conduit à l'ost du roi Artus, en exigeant un don qu'elle se réserve de réclamer plus tard. Artus amoureux de la belle Camille. Grande défaite des Saisnes par l'effet d'un stratagème de Lancelot. Le Gué du sang. [P. 45.]
- LIV. Camille donne rendez-vous au roi Artus qui se présente à la Roche aux Saisnes avec Gaheriet. Bel accueil, suivi d'une attaque préméditée. Ils sont retenus dans la Roche aux Saisnes. Bel accueil fait à Lancelot et Galehaut par la Reine et la dame de Malehaut. Réunion des deux parties de l'écu, don de la Dame du lac. La Reine apprend la captivité du roi. [P. 55.]
- LV. Lancelot, Gauvain, Hector et Galehaut tombent dans le piége tendu par la demoiselle qui leur avait demandé un don. Ils restent prisonniers de Camille. Conseil tenu chez la Reine. Messire Yvain remplace le Roi. Grand combat. Prouesse du roi Ydier de Cornouaille. Défaite des Saisnes. [P. 59.]
- LVI. Frénésie de Lancelot. Il sort de la Roche aux Saisnes et est recueilli par la Reine qui parvient à le guérir avec le secours de la Dame du lac. [P. 65.]
- LVII. Nouvelle attaque des Saisnes; ils sont mis en déroute avec l'aide de Lancelot. Mort du roi Hargodabran. Retour de la poursuite des Saisnes. Dépit de Lancelot. [P. 74.]
- LVIII. Délivrance du Roi et des autres prisonniers de Camille. Mort de Camille. [P. 80.]
- LIX. Lancelot, Galehaut et Hector deviennent compagnons de la Table ronde. Galehaut et Lancelot vont en Sorelois. Les quatre grands clercs d'Artus chargés d'écrire l'histoire des temps aventureux. [P. 83.]
- LX. Langueurs de Galehaut et de Lancelot. Songe de Galehaut. Le château de l'Orgueilleuse garde. Chute des tours et des murailles. Galehaut fait demander au roi Artus ses plus sages astrologues. [P. 89.]
- LXI. La seconde Genièvre envoie à la cour une demoiselle pour accuser la reine Genièvre de lui avoir été substituée. Elle est accompagnée du vieux Bertolais. Le Roi renvoie l'examen de sa réclamation au jugement d'une assemblée de barons convoqués à Caradigan pour la Chandeleur. [P. 97.]
- LXII. Arrivée en Sorelois des clercs d'Artus. Lancelot et Galehaut apprennent l'accusation portée contre la Reine. Premiers projets abandonnés de Galehaut. [P. 110.]
- LXIII. Explication du songe de Galehaut. Histoire d'une dame d'Écosse. Galehaut cache à Lancelot ce que maître Helie de Toulouse lui avait révélé. [P. 113.]
- LXIV. Galehaut veut partager avec Lancelot tous ses domaines, et aller reprendre à Claudas le royaume de Benoïc. Refus de Lancelot. Galehaut assemble ses barons. Son discours. Il leur annonce son départ, et choisit le roi de Gorre Baudemagus pour gouverner en son absence. Quel était le pays de Gorre. Le Pont étroit et le Pont de l'épée. Meléagan, fils de Baudemagus. Départ de Galehaut et de Lancelot. [P. 131.]
- LXV. Arrivée à Camalot. Tournois. Lancelot est blessé par Meléagan. Angoisses de la Reine. Artus lui propose de garder Lancelot dans ses chambres. Quelle était la seconde Genièvre de Carmelide et Bertolais, son complice. [P. 142.]
- LXVI. Assemblée de la Chandeleur. La seconde Genièvre renouvelle sa clameur contre la Reine. Elle accorde un jour de délai. D'après un faux avis, Artus va poursuivre un sanglier dans la forêt. Il est pris, désarmé et conduit en Carmelide par les chevaliers de la seconde Genièvre. Les chevaliers d'Artus le cherchent en vain. Douleur de la Reine. [P. 148.]
- LXVII. Artus en Carmelide. Il devient amoureux de la seconde Genièvre, et mande à messire Gauvain de semondre les barons de Logres pour le jour de l'Ascension. [P. 154.]
- LXVIII. Messire Gauvain est élu pour Roi. Il reçoit le message du roi Artus, réconforte la Reine et convoque les Barons de Logres. [P. 159.]
- LXIX. Arrivée de la Reine en Carmelide. Assemblée des barons. Jugement. La Reine est condamnée pour avoir usurpé la place de reine. Une nouvelle assemblée, convoquée pour la Pentecôte, déterminera le châtiment de la Reine. Les barons de Logres refusent de prendre part au jugement. Les barons de Carmelide, présidés par le Roi, font proclamer par Bertolais la punition infligée à la Reine. Lancelot renonce à la compagnie de la Table ronde, avant de fausser le jugement rendu. Il offre de défendre l'innocence de la Reine seul contre les trois plus vaillants chevaliers de Carmelide. Sa querelle avec Keu. [P. 163.]
- LXX. Combat et victoire de Lancelot contre les trois chevaliers de Carmelide. À la prière de la Reine, il reçoit à merci Guifrey de Lamballe. La Reine est proclamée quitte de tout châtiment. [P. 175.]
- LXXI. Lancelot refuse de demeurer à la cour d'Artus. Galehaut, avec le consentement du Roi, emmène la Reine au Sorelois, et la fait reconnaître pour la reine du pays. Elle impose des réserves à Lancelot, qui les accepte. [P. 183.]
- LXXII. Le pape de Rome met la Bretagne en interdit. Maladie de la fausse reine. Le Roi s'arrête chez un ermite, y tombe en faiblesse. Amustant, le prêtre de l'ermitage, lui fait reconnaître ses fautes. La fausse Genièvre confesse les siennes. Mort de Bertolais. La reine Genièvre est justifiée et rappelée. Les barons de Carmelide vont lui crier merci et l'obtiennent. Artus reprend la Reine. Adresse dont elle use pour avoir l'air de contraindre Lancelot à redevenir compagnon de la Table ronde. [P. 191.]
- LXXIII. Le roi Artus à Dinasdaron et son Retour à Londres. Adoubement de Lionel. La forêt de Varannes. Enlèvement de mess. Gauvain. Lancelot, Galeschin duc de Clarence, et messire Yvain entreprennent sa quête. [P. 208.]
- LXXIV. Quête de messire Gauvain par Galeschin. Il s'arrête chez la dame de Blancastel sa cousine, qui tente en vain de le détourner d'aller attaquer Karadoc de la Tour douloureuse, ravisseur de messire Gauvain. Elle lui donne, pour le conduire, un de ses écuyers. Il délivre et venge la dame de Cabrol. Une demoiselle le conduit à Pintadol. Les quatre escrimeurs. Galeschin les tue, abat une mauvaise coutume et devient seigneur du Pintadol. Ascalon le Ténébreux. La demoiselle qui conduisait Galeschin raconte l'origine des ténèbres répandus sur le château. Galeschin tente l'épreuve et ne peut en triompher. Histoire des quatre escrimeurs. Galeschin continue sa quête, et arrive au Chemin du Diable. Il s'arrête chez un vavasseur qui lui indique la voie qui mène à la Chapelle Morgain et au Val sans retour. L'écuyer de la dame de Blancastel l'abandonne à l'entrée de cette voie. Histoire du Val sans retour ou des Faux amants; Galeschin y est retenu. [P. 213.]
- LXXV. Quête de messire Gauvain par messire Yvain. Rencontre de la litière du Chevalier navré. Mess. Yvain essaie vainement de le lever du coffre. Il chasse d'une maison-forte les voleurs qui la pillaient. Il voit dix chevaliers qui ont suspendu à un arbre une demoiselle, et contre lesquels se défend un chevalier. Il vole au secours du chevalier. [P. 246.]
- LXXVI. Quête de messire Gauvain par Lancelot. Il lève du coffre le Chevalier navré. Il est conduit au Gay-Château chez Trajan le Gai, dont les deux fils sont Adrian le Gai—le chevalier navré, et Melian le Gai, celui qu'il avait guéri à Camalot, le jour où Artus l'avait armé chevalier. Melian lui raconte comment leur père, son frère et lui avaient été victimes des ressentiments de Karadoc et de sa vieille sorcière de mère. Melian suit quelque temps Lancelot en quête de messire Gauvain. [P. 255.]
- LXXVII. Messire Gauvain enfermé dans la Tour douloureuse, au milieu de reptiles et de vermines. Il est secouru par une demoiselle que Karadoc avait enlevée au chevalier qu'elle aimait. [P. 262.]
- LXXVIII. Retour à la cour d'Artus. Lionel, qui devait être armé chevalier le jour de la Pentecôte, part en secret à la recherche de son cousin Lancelot. Galehaut le reconnaît et l'oblige à revenir. La Reine est mécontente de Lancelot, qui s'est éloigné sans son congé. Suite des aventures de Lancelot. Melian le quitte pour se rendre à Londres où il arrive, comme Lionel nouvellement adoubé venait de triompher du lion couronné de Lybie. Melian raconte l'enlèvement de messire Gauvain, et la quête entreprise par Lancelot, Galeschin et messire Yvain. Douleur de la Reine. Le roi rassemble un ost et part dans l'espoir de délivrer messire Gauvain. [P. 268.]
- LXXIX. Suite de la quête de messire Gauvain par Lancelot. Il arrive à l'endroit où messire Yvain soutenait l'effort des dix chevaliers de Norgales qui avaient attaqué et lié Sagremor et son amie; il les délivre. Sagremor raconte comment il avait été attaqué, et reprend avec son amie le chemin de Londres. [P. 274.]
- LXXX. Lancelot continue sa quête en compagnie de messire Yvain. Une demoiselle consent à leur servir de guide, et les fait arriver devant le château des Ténèbres. Messire Yvain veut essayer de traverser le moutier, et revient tout meurtri. Lancelot tente à son tour l'aventure et en triomphe. Les ténèbres disparaissent; la lumière du jour rentre dans le château. [P. 276.]
- LXXXI. Lancelot et messire Yvain arrivent devant la Chapelle Morgain. Messire Yvain descend le premier dans le Val sans retour; il y est retenu. Lancelot tente cette nouvelle aventure et en triomphe. En poursuivant l'ami de Morgain, il retourne le lit où la fée était endormie. Une demoiselle veut venger son ami tué par Lancelot. Délivrance des chevaliers retenus dans le val. Ressentiment de Morgain. Elle endort Lancelot et le transporte dans une de ses retraites, au milieu de la forêt. Quand il se réveille, elle lui offre la liberté en échange de l'anneau que lui avait donné la Reine. Refus de Lancelot. Origine de la haine de Morgain contre la Reine. [P. 283.]
- LXXXII. Le Val sans retour disparaît. Galeschin, messire Yvain et les chevaliers délivrés poursuivent la quête de messire Gauvain. Hospitalité de Keu d'Estrans, oncle d'Aiglin des Vaus. Regrets de la dame d'Estrans, en apprenant la délivrance des chevaliers du Val sans retour. [P. 293.]
- LXXXIII. Lancelot chez Morgain. La fée lui permet de se rendre devant la Tour douloureuse, en lui faisant promettre de revenir dès qu'il en serait averti. Elle le charge de conduire la plus belle de ses demoiselles. Tentatives de celle-ci pour rendre Lancelot infidèle à la Reine. Il reste insensible à ses provocations et elle lui demande pardon. Il enlève du milieu de l'eau le corps d'un chevalier et celui de son ancienne amie. Leur histoire. Il rejoint les chevaliers en quête de messire Gauvain. Messire Yvain et Galeschin veulent essayer de pénétrer dans la Tour douloureuse; ils sont l'un après l'autre retenus prisonniers. [P. 299.]
- LXXXIV. Lancelot se rend au Pas Felon auquel était arrivé l'ost du Roi et que gardait Karadoc. L'arrivée de Lancelot décide Karadoc à reprendre le chemin de la Tour douloureuse. Lancelot le rejoint et le fait arrêter. Combat terrible. Karadoc, serré de près, entre avec Lancelot dans la Tour douloureuse. La demoiselle qui avait secouru messire Gauvain met à la portée de Lancelot une épée. Histoire de cette épée. Karadoc, mortellement frappé, veut faire mourir avant lui messire Gauvain. Lancelot le prévient et délivre messire Gauvain. Le roi Artus est reçu dans la Tour; il en fait don à la demoiselle qui avait secouru Lancelot et messire Gauvain. Melian le Gai l'épouse et devient sire de la Tour douloureuse, qu'on appellera désormais le Château de la belle prise. Lancelot est averti de retourner chez Morgain, et prend auparavant congé de messire Gauvain. [P. 314.]
- LXXXV. Morgain, ne pouvant obtenir l'anneau de la Reine, endort Lancelot et lui enlève cet anneau auquel elle substitue le sien. Lancelot ne s'en aperçoit pas. Elle envoie une de ses demoiselles à Londres pour annoncer au Roi et à la Cour que Lancelot, dans une grande maladie, a reconnu le péché qu'il avait commis en répondant à l'amour de Genièvre. La demoiselle jette l'anneau dans le giron de la Reine, et la Reine avoue fièrement qu'elle l'avait donné à Lancelot avec tout l'amour dont elle pouvait encore disposer. Le Roi écoute avec assez de calme cet aveu, et la demoiselle recueille, en prenant congé, les malédictions de tous. Galehaut, Lionel, messire Gauvain, messire Yvain partent en quête de Lancelot. Ils rejoignent la messagère de Morgain, qui les conduit chez une de ses parentes, puis s'esquive et va rendre compte à Morgain du peu de succès de sa mission. [P. 323.]
- LXXXVI. Séparation des quatre amis à l'entrée d'un carrefour. Aventure de Galehaut. Il voit l'écu de Lancelot que l'on fêtait; il s'en empare, et le garde après un long combat d'où il sort blessé. Il est reçu dans une maison de religion, où il reste jusqu'à sa guérison. Aventure de messire Gauvain. Il abat un chevalier félon qu'il consent à laisser remonter, et qui le fait tomber dans un marais fangeux. Messire Yvain le secourt. Ils s'arrêtent dans la maison où Galehaut attendait que ses plaies fussent cicatrisées. Lionel rencontre une demoiselle qui lui donne à croire que Lancelot a été tué. Elle offre de le conduire vers celui qui l'a frappé. Lionel la suit et provoque ce chevalier: il allait lui trancher la tête quand arrive une autre demoiselle affirmant que Lancelot n'est pas mort, et qu'elle le lui montrera, s'il veut bien épargner le chevalier vaincu. Lionel la suit: elle le fait monter sur un arbre, et, de là, apercevoir Lancelot dans le verger de Morgain. Il revient annoncer à Galehaut la bonne nouvelle; mais c'est en vain que le lendemain ils tentent de retrouver l'arbre d'où Lionel avait aperçu Lancelot. Galehaut découragé, reprend le chemin du Sorelois.
- Morgain présente à Lancelot un philtre qui le plonge dans un sommeil agité. Il croit voir dans les bras d'un nouvel amant la reine Genièvre qui lui défend de reparaître devant elle. Abusé par ce songe, il consent le lendemain à promettre d'éviter la Cour d'Artus et de ne parler à nul des compagnons de la Table ronde. À quelques jours de là, messire Gauvain et messire Yvain le reconnaissent aux grands coups qu'il frappe dans un tournois; ils le suivent et ne peuvent lui arracher le secret de son désespoir. Lancelot retourne en Sorelois, et tombe de nouveau en frénésie. [P. 332.]
- LXXXVII. Galehaut en Sorelois. Sa mort. [P. 348.]
15 855—TYPOGRAPHIE LAHURE
Rue de Fleurus, 9, à Paris.