LES GAULOIS EN ESPAGNE.—LES CELTIBÉRIENS.
On raconte que les Celtes et les Ibériens se firent longtemps la guerre au sujet de leurs demeures, mais que s'étant enfin accordés, ils habitèrent en commun le même pays; et s'alliant les uns aux autres par des mariages, ils prirent le nom de Celtibériens, composé des deux autres. L'alliance de deux peuples si belliqueux, et la bonté du sol qu'ils cultivaient, contribuèrent beaucoup à rendre les Celtibériens fameux; et ce n'a été qu'après plusieurs combats et au bout d'un très-long temps qu'ils ont été vaincus par les Romains. On convient non-seulement que leur cavalerie est excellente, mais encore que leur infanterie est des plus fortes et des plus aguerries. Les Celtibériens s'habillent tous d'un sayon noir et velu, dont la laine ressemble fort au poil de chèvre. Quelques-uns portent de légers boucliers à la gauloise, et les autres des boucliers creux et arrondis comme les nôtres. Ils ont tous des espèces de bottes faites de poil, et des casques de fer ornés de panaches rouges. Leurs épées sont tranchantes des deux côtés, et d'une trempe admirable. Ils se servent encore dans la mêlée de poignards qui n'ont qu'un pied de long. La manière dont ils travaillent leurs armes est toute particulière. Ils enfouissent sous terre des lames de fer, et ils les y laissent jusqu'à ce que, la rouille ayant rongé les plus faibles parties de ce métal, il n'en reste que les plus dures et les plus fermes. C'est de ce fer ainsi épuré qu'ils fabriquent leurs excellentes épées et tous leurs autres instruments de guerre. Ces armes sont si fortes qu'elles entament tout ce qu'elles rencontrent, et qu'il n'est ni bouclier, ni casque, ni à plus forte raison aucun os du corps humain qui puisse résister 5 à leur tranchant. Dès que la cavalerie des Celtibériens a rompu l'ennemi, elle met pied à terre, et devenue infanterie, elle fait des prodiges de valeur.
Ils observent une coutume étrange. Quoiqu'ils soient très-propres dans leurs festins, ils ne laissent pas d'être en ceci d'une malpropreté extrême; ils se lavent tout le corps d'urine et s'en frottent même les dents, estimant que ce liquide ne contribue pas peu à la netteté du corps. Par rapport aux mœurs, ils sont très-cruels à l'égard des malfaiteurs et de leurs ennemis; mais ils sont pleins d'humanité pour leurs hôtes. Ils accordent non-seulement avec plaisir l'hospitalité aux étrangers qui voyagent dans leur pays, mais ils désirent qu'ils viennent chez eux: ils se battent à qui les aura, et ils regardent ceux à qui ils demeurent comme des gens favorisés des dieux. Ils se nourrissent de différentes sortes de viandes succulentes, et leur boisson est du miel détrempé dans du vin, car leur pays fournit du miel en abondance; mais le vin leur est apporté d'ailleurs par des marchands étrangers.
Diodore de Sicile, liv. V.