Bulletin bibliographique.

Storia universale de Cesare Cantù.. Quinta edizione.--Torino. Pomba et Comp. 1843.

Histoire universelle de Cesare Cantù. Cinquième édition.--Turin. Pomba et Comp. 1843.

Constatons d'abord, en l'honneur de l'auteur de cet ouvrage et en l'honneur de l'Italie trop souvent calomniée, le grand succès que la Storia universale a obtenu au delà des Alpes. Quatre éditions, dont trois de luxe et une populaire, entièrement épuisées en moins de cinq années, prouvent que M. César Cantù a fait un livre vraiment remarquable, et que ses compatriotes s'intéressent encore aux travaux de l'esprit sérieux et utiles.

Quoique à peine âgé de trente-huit ans, M. Cesare Cantù est un des écrivains les plus féconds de la jeune Italie; outre un nombre considérable d'articles de journaux, il a publié plusieurs ouvrages d'histoire ou d'imagination, qui lui ont valu une réputation méritée. Il y a quinze ans environ, il était professeur de littérature à Sondrio, dans la Valteline, lorsqu'il fit paraître une nouvelle en quatre chants, intitulée l'Algiso, suivie bientôt (en 1829), de l'Histoire de la ville et des diocèses de Come, et, deux années plus tard (1831), de la Révolution de la Valteline, épisode de la réforme en Italie. La même année, comme pour se délasser de ces travaux sérieux, il s'amusait à rédiger un Itinéraire du lac de Come et des routes du Stelvio et du Splügen, et à composer quelques pièces de vers imprimées dans le premier numéro de la Streuna del Vallardi. Peu de temps après, le retard si incompréhensible que mettait Alessandro Manzoni à publier son Histoire de la Colonne infâme, détermina le jeune auteur de l'Histoire de Come et de la Révolution de la Valteline à écrire ses Ragionamenti sulla Storia Lombarda, destinés à servir de Commentaires au roman des Promessi Sposi. Ce petit livre, rempli de faits curieux, n'eut pas moins de douze éditions. Son Aperçu critique sur Victor Hugo et sur le romantisme en France, son beau roman intitulé Margherita Pustella, ses Hymnes sacrés. ses Letture Giovanili, ses traductions du Voyage en Orient de Lamartine; De la Décadence de l'Empire romain de Sismondi; Des Arabes en Espagne de Marlés, etc..., l'occupèrent presque entièrement depuis 1832 jusqu'en 1837.

Le 14 décembre 1837, M. Cesare Cantù annonça pour la première fois, dans l'appendice de la Gazette de Milan, la publication prochaine de son Histoire universelle, à laquelle il a déjà consacré cinq années de sa vie, et dont le succès va toujours croissant. Au mois de mars suivant, il fit paraître en effet son introduction, qui contenait, en 96 pages, une exposition large et nette du plan de cet ouvrage. A partir du mois d'avril 1838, M. Cesare Cantù s'engageait à livrer chaque semaine à ses souscripteurs deux feuilles d'impression. Jusqu'à ce jour il a tenu parole.

Cette introduction produisit une certaine sensation en Italie. Quelques écrivains reprochèrent, il est vrai, à M. Cesare Cantù de s'être montré trop sévère envers les historiens qui l'avaient précédé:--mais il se justifia sans peine de ces accusations. D'ailleurs on loua généralement son érudition déjà connue et appréciée, son style élégant et clair, bien que trop facile, son zèle infatigable, et surtout le but de ce nouveau travail. En effet, ce n'était pas l'histoire des faits, c'était l'histoire des idées et des moeurs qu'il se proposait d'écrire, l'histoire du développement intellectuel et moral île tous les peuples du globe; en un mot, l'histoire de la civilisation humaine. Pour juger les progrès de l'humanité, il s'est placé au point de vue chrétien. Dans son opinion, le christianisme relève l'histoire et la rend universelle: en proclamant l'unité de Dieu, il proclame celle du genre humain; en nous enseignant que nous devons invoquer il padre nostro, il nous apprend que nous sommes tous frères.' Alors seulement, dit-il, peut naître l'idée d'une fusion entre toutes les époques et entre toutes les nations, et l'observation philosophique et religieuse des progrès perpétuels et indéfinis de l'humanité vers la grande oeuvre de la régénération et le règne de Dieu.»

M. Cesare Cantù divise l'histoire universelle en dix-huit parties qu'il appelle époques, et qui portent les titres suivants I. Jusqu'à l'an 770 du monde.--II. De la dispersion des peuples jusqu'aux olympiades.--III. Des Olympiades à la mort d'Alexandre. --IV. Guerres puniques.--V. Guerres civiles depuis la cent trente-quatrième année avant Jésus Christ jusqu'à la quatrième année après Jésus-Christ.--VI. Les Empereurs jusqu'à Constantin. --VII. De Constantin à Augustus.--VIII. Les Barbares.--IX. Mahomet.--X. Charlemagne.--XI. Les Croisades.--XII. Les Communes. XIII. Chute de l'Empire.--XIV. L'Amérique.--XV. La Reforme. XVI. Louis le Grand et Pierre le Grand.--XVII. Le dix-septième siècle.--XVIII. La Révolution.--Chaque volume comprend une époque. 12 volumes sont publies; ils contiennent l'histoire ancienne (7 vol.) et l'histoire du Moyen-Age (5 vol.). M. Cesare Cantù va commencer prochainement la publication de l'histoire moderne.

M. Cesare Cantù ne se contente pas d'affirmer les faits qui loi paraissent évidents, il essaie de les prouver. Son ouvrage se compose de deux parties distinctes: 1º le Racconto, ou le récit; 2º les Documenti, ou documents. Les documents sont classes et coordonnés dans des volumes séparés, ainsi que les discussions scientifiques, les biographies, les passages les plus remarquables des prosateurs ou des poètes, relatifs aux événements exposés dans le texte. L'auteur donne aussi pour appendice une illustration très-variée des monuments et un traité assez étendu de chronologie.

Nous n'admettons pas sans faire quelques réserves toutes les opinions exprimées par M. Cesare Cantù; mais, bien que nous différions parfois de principes avec lui, nous nous empressons de joindre nos éloges sincères à ceux que lui ont prodigués déjà ses compatriotes et plusieurs journaux français. Qu'il ne se laisse pas décourager, qu'il continue à marcher dans la voie glorieuse qu'il parcourt depuis cinq années avec tant de bonheur, et en moins de deux années il atteindra son but, il achèvera un des plus importants ouvrages qu'aura produits le dix neuvième siècle. Nous sommes heureux, quant à nous, d'annoncer que la Storia universale, vient d'être traduite en français Cette traduction revue, corrigée et augmentée par M. Cantù, qui est en ce moment à Paris, ne doit point tarder à paraître.

Loi salique, ou Recueil contenant les anciennes rédactions de cette loi et le texte connu sous le nom de Lex emendata; par J.-.M. Pardesses, membre de l'Institut.--Paris. 1843. Imprimerie Royale. 1 vol. in-4º de 844 payes. Prix: 35 fr.

Ce volume commence par une préface de 80 pages qui contiennent la description de toutes les éditions et de tous les manuscrits connus de la loi salique, il renferme en outre huit textes différents, d'après les manuscrits, avec, variantes; quarante titres qu'on ne trouve point dans la Les emendata, d'après le manuscrit 4404 de la Bibliothèque royale de Paris et le manuscrit 119, in-4, de Leyde; les prologues, l'épilogue et les récapitulations, d'après divers manuscrits; un commentaire de 824 notes, et enfin quatorze dissertations, dont la première sur les diverses rédactions de la loi salique, et les autres sur les points les plus remarquables du droit privé des Francs sous la première race.

Les dissertations comprennent 309 pages, et sont suivies d'une table alphabétique des matières.

Mémoire sur l'Irlande indigène, et saxonne; par Daniel O'Connell, membre du Parlement. Traduit de l'anglais et augmenté d'une notice biographique sur l'auteur; par Ortaire Fournier. Tome 1er, 1172-1660.--Paris, 1843. Charles Warèe. 7 fr. 50 c.

A peine cet ouvrage eut-il paru à Londres, nous nous empressâmes d'en annoncer la publication, d'exposer le plan de l'auteur, et de résumer en quelques lignes le contenu du 1er volume,--le seul qui ait été mis en vente jusqu'à ce jour.--Nous le répétons, O'Connell ne pouvait pas écrire une histoire réfléchie, sérieuse, logique, bien ordonnée. Tous les hommes habitués à improviser ne mènent jamais à bonne fin,--en supposant qu'ils se sentent le courage de l'entreprendre,--un travail qui exige une attention froide, calme et soutenue. D'ailleurs le tribun irlandais est trop fougueux et trop passionné pour ne pas se laisser emporter souvent, dans ses écrits comme dans ses discours, au delà des bornes de la justice et de la raison. Il a oublié qu'il y avait une grande différence à établir entre l'écrivain et l'orateur. On écoute plus facilement et plus volontiers qu'on ne lit. Si long, si diffus, si fatigant qu'il soit, l'orateur politique est presque toujours sûr de conserver son auditoire, obligé, sinon de prêter l'oreille à son discours, du moins d'attendre, sans pouvoir quitter sa place, qu'il l'ait terminé. Mais, loin de s'imposer au public, l'écrivain reste entièrement sous sa dépendance; il est si facile de fermer un livre qui ennuie, et quand une fois on l'a fermé, il est si difficile de le rouvrir.

Le premier volume du Mémoire sur l'Irlande indigène et saxonne comprend toute la période de temps qui s'étend depuis l'année 1172 jusqu'en 1660. Ainsi que nous l'avons déjà dit, il se compose de 50 pages de texte et de 400 pages d'observations, de preuves et d'explications. Les volumes suivants ne seront même que la suite de cette seconde partie; car le texte proprement dit ou la première partie renferme dans les neuf chapitres de ses 50 pages toute l'histoire d'Irlande, depuis l'année 1172 jusqu'en 1840. La conclusion qui suit le chapitre IX se termine par ces mots: «La dernière demande de l'Irlande est dégagée de toute alternative, c'est le rappel de l'Union.»

Nous doutons que cet ouvrage étrange soit plus favorablement accueilli en France qu'en Angleterre; mais, malgré ses énormes défauts, nous devons savoir gré à M. Ortaire Fournier d'avoir songé à le traduire, car il contient une foule de documents curieux qui pourront servir un jour aux historiens futurs de la malheureuse Irlande.

Essai sur l'Éducation du peuple, ou sur les Moyens d'améliorer les Écoles primaires populaires et le sort des Instituteurs: par J. Willm, inspecteur de l'Académie de Strasbourg.--Strasbourg. Veuve Levrault.--Paris, Bertrand. 1843. I vol. in-8º. 7 fr. 50 c.

L'auteur de cet Essai a reçu sa première instruction dans une école de village; il a été ensuite aide-instituteur, avant que d'heureuses circonstances lui permissent de se livrer à des études supérieures. Depuis, après avoir professé pendant dix années dans un collège important, il a été, comme inspecteur de l'Académie de Strasbourg, chargé de visiter une grande partie des écoles primaires des deux départements du Rhin. Comme on le voit, il n'est pas étranger à la matière sur laquelle il écrit, et il la traite avec connaissance de cause.

L'Essai qu'il vient de publier s'adresse à tous ceux qui s'intéressent à l'éducation populaire, et spécialement à ceux à qui la loi et le gouvernement ont donné part à l'administration, à la surveillance et à la direction des écoles primaires Ils y trouveront bien des choses connues que l'auteur a voulu seulement leur rappeler; il ne revendique pour lui que le mérite de les avoir classées et groupées autour d'un principe fondamental, d'une idée générale, exposée dans l'introduction et formulée dans la conclusion générale du livre. Du reste, loin d'aspirer à la nouveauté, M. J. Willm évite surtout,--c'est lui qui le déclare,--«de proposer des améliorations qui ne se rattacheraient pas naturellement à ce qui existe, et qui ne découleraient pas de la nature même des choses, de la constitution politique du pays et de la loi organique de l'instruction primaire. Les propositions qu'il fait, il a voulu qu'elles fussent légales, nationales, françaises et surtout praticables.»

M. J. Willm a divisé son travail en trois parties: dans la première partie, il recherche le principe et le but de l'éducation en général. Selon lui, le vrai principe de l'éducation doit être universel, exclusif de tout intérêt particulier, de tout but spécial qu'on voudrait poursuivre aux dépens de tout le reste, bien que servant tous les intérêts légitimes et tout but raisonnable, embrassant tous les sentiments, toutes les dispositions essentielles et pouvant s'appliquer à tous les états, à toutes les classes de la société et à tous les genres d'écoles et d'éducation.--Son but est de former l'homme d'abord, puis le citoyen, puis l'artiste, le soldat, le laboureur ou l'artisan; de jeter les fondements d'une oeuvre que toute la vie, quels qu'en soient d'ailleurs les accidents et les destinées particulières, sera consacrée à continuer, à perfectionner: d'appeler au jour tous les germes de raison, de vertu, de grandeur qui constituent la vraie nature humaine, et de les développer assez pour leur assurer la victoire sur toutes les dispositions contraires. Cette éducation générale doit être la base et la condition de toute éducation particulière. Si, a raison des diverses conditions de la société et de la destination présumée des élèves, elle était diversement appliquée, il ne saurait y avoir de différence que sous le rapport de la quantité et non sous celui de la qualité: mais cette éducation générale, une dans son principe et dans son but, se compose d'éléments divers. Pour être complète, il faut qu'elle soit tout à la fois morale, intellectuelle, esthétique et religieuse;--car l'homme aspire naturellement au bien, au vrai, au beau, à l'infini--et en même temps sociale et nationale, puisque l'homme n'est rien que par la société.

Ces principes posés, M. J. Willm cherche à les appliquer, à montrer ce que peut et ce que doit être dans les écoles primaires populaires cette éducation générale dont il a tracé le plan. Il traite successivement, dans la seconde partie de son Essai, de l'organisation des écoles primaires et de la construction des maisons d'école, ainsi que du mobilier; de l'éducation et de l'instruction dans ces mêmes écoles; de la méthode et de la discipline, de l'administration et de la surveillance de ces écoles. Il termine par l'examen de ces deux questions; Faut-il rendre la fréquentation de l'école primaire obligatoire? et l'instruction primaire doit-elle être gratuite? M. J. Willm demande que tous les enfants qui ont atteint l'âge de six ans soient annuellement soumis à une sorte de conscription scolaire et tenus de payer la rétribution mensuelle, si leurs parents sont assez aisés pour cela, ou amenés à l'école, s'ils sont pauvres, par tous les moyens dont peut disposer l'administration.

Le sort des écoles populaires dépend principalement du dévouement éclairé, du zèle et de l'habileté des instituteurs. Pour que les écoles soient bonnes, il ne suffit pas de les placer dans des maisons parfaitement appropriées, dans des salles vastes, saines, bien éclairées et munies de tout ce qui est nécessaire à l'enseignement, il faut surtout qu'elles soient dirigées par des maîtres habiles et dévoués. Or, pour que les maîtres soient habiles, il faut leur fournir les moyens d'acquérir les connaissances nécessaires a leur état, et pour soutenir leur zèle, il faut travailler à rendre leur position aussi bonne et aussi honorable que possible. M. J. Willm s'est donc occupe successivement, dans la troisième partie de son Essai, des moyens de former les instituteurs, et spécialement des écoles normales primaires: des moyens de leur faire continuer leur instruction après leur entrée en fonctions, et spécialement des conférences et des bibliothèques de l'école; enfin des moyens matériels d'améliorer leur condition, et des encouragements qu'il convient de leur offrir pour soutenir leur zèle.

M. J. Willm achève la conclusion de son ouvrage en demandant qu'il soit créé au sein de l'Académie des Sciences morales et politiques une section de pédagogie, et que quelques chaires soient consacrées, à Paris et dans les départements, à cet art, le plus important de tous, puisqu'il a pour but de former les hommes.

Bluettes; par Eugène de Lonlay. I vol. in-18.--Paris. 1843. Amyot.

Comment ne pas accueillir avec intérêt un charmant volume bien imprimé sur du papier satiné, qui se présente sous un titre si modeste et vous demande humblement un regard et un sourire bienveillants? Quel reproche le critique le plus dur aurait-il le courage d'adresser à des Bluettes, surtout lorsque Béranger déclare les avoir lues avec infiniment de plaisir, lorsqu'elles ont déjà eu deux éditions, et engin lorsque leurs grâces naïves et leur tournure originale méritent réellement le succès qu'elles ont obtenu? Ce qu'il faut au poète, a dit M. E. de Lonlay dans sa première Bluette.

Ce qu'il faut au poète,

C'est l'amour!...

L'auteur des Bluettes est-il poète? Bien qu'il fasse des vers charmants, nous attendrons, pour lui décerner un si beau titre, la publication du Trappiste; mais, poète ou compositeur d'agréables romances, il a ce qu'il lui faut, il est amoureux; ne nous étonnons donc pas s'il ne chante que sa passion. Jetez les yeux sur la table générale des Bluettes, qu'y voyez-vous: «Avoir tout à t'offrir.--Es-tu fille des cieux?--Ne m'oubliez pas.--Tes yeux ont pris mon âme.--Que peut-elle faire?--Je me souviens toujours.--Tout un jour sans te voir.--Loin des yeux, près du coeur, etc.» Aussi M. E. de Lonlay donne-t-il ses vers à celle qui seule, en les lisant, pourra dire: C'est moi; il les lui donne «comme aux vertes savanes, la rosée abandonne ses perles limpides, connue sur les sentiers l'aubépine épand ses débris embaumés, comme à la terre endormie l'aube jette ses rayons d'or, comme aux coquettes plantes de ses rives le lac prête son miroir mouvant, comme la fleur à l'abeille donne son miel, comme au pèlerin l'étoile donne sa clarté, comme à l'Éternel le croyant donne sa prière, comme à la mère l'enfant donne ses premières caresses, la vierge à son amant le parfum de son premier baiser.»

Océanie, ou Cinquième partie du Monde, revue géographique et ethnographique de la Malaisie, de la Micronésie, de la Polynésie et de la Mélanésie; par M. G.-L. Domeny de Rienzi. 3 vol. in-8º, ornés de gravures et cartes. Paris. Firmin Didot. 1843.

«L'Océanie, ou cinquième partie du monde, plus étendue à elle seule que le reste de notre globe, dit M. Domeny de Rienzi dans son introduction, en est la moins connue et pourtant la plus curieuse et la plus variée. C'est la terre des prodiges: elle renferme les races d'hommes les plus opposées, les plus étonnantes merveilles de la nature et les monuments les plus admirables de l'art. On y voit le pygmée à côté du géant, et le blanc à côté du noir; près d'une tribu patriarcale une peuplade d'anthropophages; non loin des hordes sauvages les plus abruties des nations civilisées avant nous; les tremblements de terre et les aérolithes bouleversent les campagnes, et les volcans foudroient des villages entiers. Sur son continent austral, les animaux les plus bizarres, et dans l'Ile la plus grande à la fois de ses archipels et du globe, l'orang-outang, bimane anthropomorphe présentent aux philosophes un profond sujet de méditations. Une de ses îles s'enorgueillit de la majesté de ses temples et de ses palais antiques, supérieurs aux monuments de la Perse et du Mexique, et comparables aux chefs-d'oeuvre de l'Inde et de l'Égypte; d'autres étaient des pagodes, des mosquées et des tombeaux modernes, rivalisant d'élégance et de grâce avec ce que l'Orient et la Chine nous offrent de plus parfait en ce genre.»

Avant la publication de l'ouvrage de M. de Rienzi, il n'existait cependant aucun livre spécial et complet sur l'Océanie Le dernier descendant du célèbre tribun italien ne s'est pas contenté, comme on pourrait le croire, de résumer tous les travaux des voyageurs, navigateurs, géographes ou hydrographes qui l'avaient précédé. Cinq voyages entrepris par amour pour la science dans diverses parties de l'Océanie l'ont mis à même d'ajouter un grand nombre de fats nouveaux aux faits déjà connus.--Son ouvrage comble donc une lacune importante dans l'histoire de la géographie; car il contient, outre un tableau général de l'Océanie, la description et l'histoire de la Malaisie, ou grand archipel indien, de la Micronésie, de la Polynésie et de la Mélanésie. Plusieurs des dessins qui accompagnent le texte sont inédits, et ont été exécutés par l'auteur sur les lieux; les autres sont empruntés aux ouvrages les plus estimés. Douze morceaux de musique, dont hut inédits, un tableau idiomographique des langues de ces contrées, deux inscriptions importantes; enfin une nouvelle carte générale et trois nouvelles cartes particulières de l'Océanie, complètent cette description.

L'Océanie a paru il y a deux ans; mais la prise de possession des îles Marquises et l'occupation de Taïti, donnent un intérêt d'actualité à cette remarquable et utile publication.