Caricatures par Bertal.
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M. Bertal est un jeune artiste qui doit, je ne dirai pas donner de
brillantes espérances, mais inspirer des craintes sérieuses à ses
concitoyens; car il se moque impitoyablement de tout: hommes, bêtes ou
choses. Ce redoutable critique n'écrit pas, il dessine; mais ses
victimes n'en sont que plus à plaindre; il les fait si ressemblantes,
qu'il leur est impossible de ne pas se reconnaître. Malheur aux
ridicules que rencontre M. Bertal! ils sont aussitôt signalés à la risée
publique.--Souvent même,--comment peut-on avoir un semblable
courage?--le cruel jeune homme,--cet âge est sans pitié,--nous fait rire
malgré nous aux dépens des individus les plus inoffensifs et les moins
comiques qui se puissent voir.
Quelquefois, mais rarement, il se contente de nous représenter, d'après
nature, un père de famille lisant, pendant sa promenade, un délicieux
numéro de l'Illustration,
et contemplant la machine aérienne de M. Henson, qui transporte rapidement de Paris à Saint-Cloud une cargaison de touristes; mais bientôt le naturel reprend le dessus, et M. Bertal est sans pitié: nous n'oserions ajouter sans remords. N'a-t-il donc jamais pris plaisir à entendre Duprez chanter son bel air: Asile héréditaire, qu'il nous le montre courant à perdre haleine après son ut de poitrine? Si ressemblantes qu'elles paraissent, mademoiselle Rachel et mademoiselle Georges ne sont réellement ni aussi maigres, ni aussi grasses que ces deux caricatures: |
Que M. Bertal se moque de certains tableaux exposés au Salon, je le lui pardonne,--surtout lorsqu'il nous représente une vue de la Hougue (effet de nuit), par M. Jean-Louis Petit (n° 958). ou Napoléon en raccourci, par M. J.-B. Mauzaisse (n° 844), et le portrait de madame la marquise de......., par Lehmann. Les Buses-Graves, je les lui abandonne encore; car ces infortunés vieillards, au lieu de se retirer dans leur burg, persistent à se faire siffler jusqu'à la 40e représentation par un auditoire de moins en moins géant. Mais est-il juste de traiter avec la même sévérité que ces vieillards stupides, la noble et chaste Lucrèce et la pâle Judith?--La caricature, me répondra M. Bertal, a le droit de se moquer de tout, du laid, du beau et du médiocre. Heureusement pour lui nous n'avons pas le temps de discuter,--et nous reconnaissons, après tout, que notre critique a fait des charges fort spirituelles des plus belles scènes de la remarquable tragédie de M. Ponsard. Voyez Valére et Brute causant politique: Lucrèce racontant son songe à sa nourrice, pendant |
que celle-ci, qui possède la clef des songes, lui tire les cartes à l'instar de mademoiselle Lenormand, et qu'une jeune esclave joue un air varié sur un instrument fort peu éolien Sextus faisant une déclaration d'amour à Lucrèce et la grande scène finale, que nos lecteurs trouveront à la 7e page de cette livraison: M. Bertal a été moins bien inspiré par Judith que par Lucrèce. Cependant, nous avons remarqué dans son feuilleton la scène où la veuve Manassé fait mettre à genoux Mindus. Achion et Crioch: et son repas de noce avec Holopherne. Terminons cet examen critique des Omnibus comme un numéro de l'Illustration.--par une gravure de mode qui nous donne des échantillons de nos costumes les plus élégants. |