Troubles en Irlande.

(Voir page 225.)

Dans un précédent numéro, nous avons tracé à grands traits l'histoire du mouvement politique en Irlande; nous avons rappelé ses souffrances séculaires, ses révoltes, ses lents et tardifs succès. Après la victoire momentanée des volontaires, victoire qui rétablit l'indépendance absolue du Parlement national, nous avons vu l'Angleterre, irritée d'un appel fait par les Irlandais aux armes françaises, détruire tout à fait, en 1800, l'individualité politique de ce malheureux pays, et le réduire à l'état de simple province. Vers 1810, l'Association Catholique apparaît; bientôt O'Connell en prend la direction, l'agitation constitutionnelle s'organise, et une ère nouvelle s'ouvre pour ce peuple d'opprimés. Il nous reste aujourd'hui à bien définir le caractère du mouvement qui se manifeste en Irlande, à comprendre toute l'étendue du rôle que le libérateur y joue, et l'avenir qui semble réservé à cette sainte cause de la justice et de l'humanité.

Un fait dont il faut bien se pénétrer avant tout, c'est que la révolte jusqu'ici pacifique des Irlandais, fondée sur les griefs les plus graves et en vue de réprimer les iniquités les plus criantes, est cependant beaucoup plus économique, si l'on peut parler de la sorte, que politique. Elle ne ressemble en rien, par exemple, à notre grande révolution de 89, qui, armant en quelque façon la philosophie de tout un siècle et poussant tout un corps de doctrines bien arrêtées et au renversement d'une société vieillie, réclamait avant tout les droits de la liberté, de la dignité humaine et l'indépendance des nations. Dans la querelle des Irlandais, l'humanité, l'égalité sont sans doute intéressées: c'est le privilège de ces grandes choses d'être froissées par toutes les injustices, de quelque nature qu'elles soient: mais, au fond, l'horizon de la révolution irlandaise est beaucoup plus borné. Son principe, sa vie, son âme, c'est la haine que le tenancier a conçue contre l'exploitation sans frein dont il est l'objet de la part du propriétaire. Ce quelle demande surtout, c'est la fixité légale de la tenure ou du montant des baux. Le «législateur de minuit,» las de n'obtenir par les vengeances isolées «aucun remède aux extorsions qui l'accablent, veut enfin que son droit soit reconnu par le législateur de midi, et on peut voir combien, dans la proclamation au peuple d'Irlande, ce grief est compté, et combien on pèse les moyens de le redresser. Ajoutez à cela l'exaltation de l'orgueil national, qui se relève justement sous les fourches caudines que voulaient lui imposer les torys, et qui se complaît dans l'idée d'un parlement autochtone la conviction religieuse trop longtemps dédaignée et comprimée, et qui veut enfin prendre son rang à côté des croyance qui l'ont jadis traitée en vaincue, et vous aurez tous les éléments de I agitation irlandaise. Mais le moteur principal est toujours dans les ressentiments légitimes de tenancier écrasé par le propriétaire, et si l'Angleterre, dégoûtée de son odieuse politique, consentait à satisfaire sur ce point, et en ce qui touche la question religieuse, au programme dressé par O'Connell, peut-être verrait-on tomber de beaucoup l'enthousiasme qui éclate en faveur de la révocation de l'union. Évidemment le rappel n'est pour les Irlandais qu'un moyen, un moyen désespéré d'obtenir justice, et ce n'est que parce qu'ils voient qu'il leur est impossible de rien arracher à leurs oppresseurs, qu'ils veulent être les instruments de leur propre réformation. Ce caractère de la révolution permanente d'Irlande, de consister très-faiblement dans les préoccupations politiques, est la cause la plus énergique de sa ténacité à la fois et de sa lenteur. Lorsqu'une révolution porte dans ses flancs un grand système philosophique, si par malheur elle est refoulée par la force brutale, la marche de l'humanité en est retardée pour des siècles. Les idées anciennes perdent beaucoup de leur prestige sur l'imagination des hommes, le doute les y mine peu à peu, et pour qu'elles triomphent, il faut qu'elles emportent la place d'assaut. Au contraire, quand une révolte n'est excitée que par une iniquité toujours poignante, et qui fait saigner journellement les coeurs, rien ne la déracine. On l'étouffe, elle renaît; on l'endort, elle se réveille; et toujours, comme celle d'Irlande, au moment où on la croit à jamais ensevelie, elle revient, comme un spectre, faire pâlir les oppresseurs.

On ne doit pas oublier d'ailleurs qu'une révolution politique en Irlande ne serait pas, eu égard à la patience habituelle des nations, d'une nécessité bien urgente. Depuis l'émancipation des catholiques, obtenue en 1829 par les efforts et l'éloquence de Daniel O'Connell, la liberté civile et la liberté politique sont assises dans ce pays sur des bases assez larges.

Nous serions mal venu à trouver les Irlandais retardés sous ce rapport, car ils jouissent de droits beaucoup plus étendus, beaucoup plus démocratiques que les nôtres. La liberté de la presse la plus entière, le droit d'association dans toute son étendue, sont des bienfaits dont ils profitent sans entraves et dont nous sommes privés. Et, comme nous l'avons déjà fait remarquer, ce n'est pas un des caractères les moins bizarres de la tyrannie anglaise que cette facilité imprudente à donner les droits les plus avancés à ceux qu'elle opprime avec le plus de fureur, et à relever pour ainsi dire d'une main ceux qu'elle abat et qu'elle foule de l'autre. Aujourd'hui, ses ministres, inspirés par la peur, veulent déclarer les meetings illégaux, mais le meeting poursuit sa route, sûr de sa légalité réelle, et de sa légalité dans l'opinion. Quoi qu'il en soit, et telle qu'elle est constituée, l'agitation irlandaise n'offre pas moins un des plus nobles spectacles qui aient échauffé le coeur des hommes. Elle ne demande que la justice, et jusqu'au dernier moment, elle répugne à ces moyens violents qui compromettent souvent même les justes causes. Ce peuple tout entier, et à sa tête un vieillard, un homme qui, après avoir blanchi dans la défense des intérêts de sa patrie, trouve encore, à soixante-douze ans, toute l'énergie nécessaire pour amener enfin l'iniquité au pied du mur et lui faire rendre gorge; ce peuple et ce vieillard renouvellent les plus beaux siècles de l'histoire, et les vertus des temps héroïques se mêlent en eux à la douceur des âges avancés de la civilisation. Si cette lutte sublime du droit dégénère en combat, malheur à gens qui, après l'avoir provoqué par leur tyrannie, l'accepteraient encore, ce combat impie, dans l'espoir que la fortune les seconderait. Que l'Angleterre ne s'imagine pas jouer là le grand rôle; la conduite de son gouvernement ne répond ni aux lumières ni aux intérêts du pays. Tant qu'elle gardera à sa tête des hommes qui, comme lord Lyndhurst, ont jadis prononcé en plein parlement ces paroles sauvages: «Que parle-t-on de justice pour l'Irlande? les Irlandais nous sont étrangers par le sang, la langue et la religion,» comme si c'était là un motif de déni de justice. Tant que les torys, dont lord Lyndhurst est le fidèle organe, et qui croient comme lui que les antipathies de race justifient tous les crimes, resteront au pouvoir, l'Angleterre prouvera une fois de plus que cette piété chrétienne, dont elle se targue avec tant d'emphase, n'est chez elle le plus souvent qu'un vain mot, qu'une parade effrontée, car il n'est pas chrétien le peuple qui met un peuple-frère hors la loi commune des hommes et des nations.

Une vue de la ville de Cork, en Irlande.

Dans ces derniers événements, O'Connell s'est montré admirable de tact, de mesure, et jamais son éloquence n'avait été plus variée, plus populaire, plus émouvante, que dans les nombreux discours qu'il adresse aux repealers. Génie tout de sagacité, d'énergie et de prudence, plus subtil peut-être que profond, plus robuste qu'élevé, il convient merveilleusement à la tâche qu'il s'est imposée. Véritable incarnation de l'Irlande, il ne pense, il n'agit, il ne vit que pour elle, chacune de ses pulsations exprime une pulsation de sa chère patrie, et le centaure antique n'était pas plus étroitement uni à son cheval que ne l'est cet homme à ce pays, A ce moment solennel où il sent bien que va se jouer la fortune de sa patrie, il est là, le noble joueur, l'oeil fixé sur ces dés qui vont décider de la destinée de huit millions d'hommes, et rien ne le détourne de cette préoccupation; point d'utopies ambitieuses, point de vues trop hautaines pour le temps, non rien que le praticable, l'immédiat; rien que des pas sur la terre, au lieu d'un essor plus vaste dans les nuages. Nous avons déjà dit quelques mots du programme qu'O'Connell a proposé à l'Irlande; nous allons en donner ici les principaux extraits:

«Au peuple d'Irlande

«Nous sommes arrivés à une conjoncture de la plus grande et de la plus vitale importance; cette conjoncture, si nous en profitons avec sagesse et prudence, doit tendre à des mesures très-utiles aux droits politiques ainsi qu'à la prospérité commerciale, manufacturière et agricole de l'Irlande, et avant tout au rétablissement de notre gouvernement local, unique moyen d'obtenir les bénédictions que nous venons d'énumérer.

«Il importe tout d'abord et par-dessus tout que nous nous entendions parfaitement les uns les autres, qu' il n'y ait pas déception d'un côté et de l'autre désunion. Il est du devoir des repealers, avec la plus vive sincérité et la plus parfaite candeur, de définir tous les objets qu'ils ont en vue pour le mouvement du repeal, et d'indiquer autant que possible la manière dont on pourra le mieux atteindre ces objets. Voici douc nos objets; le rétablissent d'un parlement distinct et local de l'Irlande; le rétablissement de l'indépendance judiciaire de l'Irlande.

«Le premier de ces objets comprendrait nécessairement l'adoption de toutes les lois qui devraient être en vigueur sur le territoire de l'Irlande, par le souverain avec le concours des lords et des communes d'Irlande, et à l'exclusion rigoureuse de toute autre législature qui n'interviendrait plus dans des affaires rigoureusement et purement irlandaises. Le deuxième objet comprendrait nécessairement la décision définitive de toutes les questions en litige par les tribunaux irlandais siégeant en Irlande, à l'exclusion complète de toute espèce d'appel par-devant les tribunaux d'Angleterre.

«Il faut convenir que le simple établissement de notre ancien parlement ne conviendrait pas à l'esprit de réforme populaire qui s'est mêlé aux institutions anglaises depuis l'adoption du statut de l'Union. Il faudra dès lors une nouvelle distribution du nombre des membres et une modification des districts qui enverront des représentants à la Chambre des Communes irlandaises. A ce sujet, l'association du repeal a déjà publié un projet de réorganisation de cette Chambre. Il doit être toutefois bien entendu qu'aucune partie des repealers n'a en ni ne prétend avoir le droit de dicter le plan comme définitif ou concluant. Il subira toute altération, tout amendement, toute modification ou même un rejet total dans le but de substituer un plan meilleur et préférable, si l'on en désigne un. Nous invitons volontiers tous les hommes sages, fermes et non révolutionnaires à discuter le principe et les détails de notre plan. Ce que nous voulons, c'est obtenir une Chambre des Communes irlandaises représentant l'intelligence, l'intégrité, la sagesse fertile et délibérée et le pur patriotisme irlandais. A cet effet nous croyons nécessaire que la base de la franchise électorale soit aussi large que possible. Nous appelons l'attention sur le plan du suffrage des tenanciers, et nous invitons à s'expliquer ceux qui trouvent ce suffrage trop limité aussi bien que ceux qui le trouvent trop étendu.»

Après quelques considérations très-nobles, mais, comme il est naturel en pareille matière, très-peu concluantes pour prouver qu'il n'y a rien à craindre pour les protestants de la suprématie catholique, il arrive au grand grief de la révolution irlandaise, à la plaie la plus envenimée de cette terre si belle et si infortunée:

«La deuxième objection contre le repeal tient à ce que la classe des propriétaires fonciers s'alarme des doctrines relatives à la fixité de la redevance. Cette question mérite la plus grande attention, et c'est un sujet qui ne devra être traité par la législature qu'avec une extrême réserve. Nous sollicitons à ce sujet l'assistance de tous les propriétaires, et notre but en faisant cet appel aux lumières de toutes les classes, c'est de nous entourer de tous les renseignements possibles pour triompher des difficultés attachées à une question si colossale. Le grand objet, c'est de combiner autant que faire se pourra les droits des propriétaires fonciers avec leurs devoirs vis-à-vis des tenanciers. Il a été fait à cet égard un important essai en Prusse, et cet essai a eu lieu avec succès. D'un côté, rien ne pourrait être plus préjudiciable à la prospérité de la nation irlandaise que de paralyser la disposition naturelle des hommes à posséder la richesse sous la forme la plus agréable, celle de la propriété foncière. D'un autre côté il est impossible, eu égard à la sûreté des personnes et de la propriété en Irlande, que les relations entre le propriétaire et le tenancier continuent dans leur état actuel.

«Les journaux nous annoncent que 170 familles viennent d'être renvoyées sans asile, par un seul noble, lord Lorton, de ses domaines, sur trois paroisses. Il faut remarquer qu'il y a aussi ce qu'on appelle les droits du propriétaire, se composant principalement d'une masse de statuts légaux, statuts adoptés par les classes de propriétaires fonciers dans des vues d'intérêt privé. Les repealers veulent rendre une loi qui supprimera en partie le statut légal qui favorise le propriétaire, mais de manière à lui donner les moyens nécessaires et complets de toucher un revenu équivalent à la valeur réelle de la terre, déduction faite de la part naturelle et légitime du tenancier dans les produits. On veut rendre un bail nécessaire pour toute opération entre le propriétaire et le fermier, et donner toute faveur à ce dernier pour les améliorations précieuses et durables..... Nous espérons que la plupart des propriétaires nous aideront à rédiger ce projet de loi, qui, tout en respectant les justes droits des propriétaires, assurent les droits du tenancier, dont les travaux améliorent le sol.»

Cour intérieure du château de Dublin.--Préparatifs militaires.

Rien ne peint mieux que ce document le véritable génie et le vrai caractère du rôle d'O'Connell. Tout autre que lui, peut-être, à la tête de millions d'hommes dont il se fait suivre, s'enivrerait de la grandeur de sa mission, se l'exagérerait pour ainsi dire à lui-même, et voudrait se servir de sa puissance pour tenter la réalisation des plus hautes théories démocratiques. Il n'en est point ainsi d'O'Connell; il est tribun et il n'est point démocrate. Catholique et monarchique, il ne fait que copier l'Angleterre dans le système de libertés qu'il veut donner à sa patrie,» et il serait presque choquant, pour un enthousiaste, de voir avec quelle tiédeur il parle de la malheureuse situation des tenanciers en Irlande, quelle reconnaissance explicite il accorde aux droits abusifs des propriétaires, si cette tiédeur apparente n'était la voie la plus habile pour arriver à la répression des abus, et si, sous cette modération du langage, on ne sentait que cette question si colossale, comme il l'appelle, le pénètre et l'émeut profondément.

Hôtel des Postes à Dublin

Aussi de quel amour l'Irlande n'embrasse-t-elle pas dans O'Connell son intelligence, son coeur, sa volonté. A Cork, on dresse des arcs de triomphe au littérateur, on le salue d'acclamations mille fois répétées, on se presse pour jouir de sa présence, et quand on ne peut l'entendre, on est encore satisfait de le voir parler. A Kilkenny, mêmes triomphes, mêmes festins populaires, même verve satirique, même éloquence pénétrante chez O'Connell. Toutefois, on ne peut suivre sans une profonde inquiétude cette agitation de tout un peuple si noble, si imposant, mais jusqu'à cette heure assez stérile en résultats immédiats. Il ne s'agit pas seulement de savoir si l'Angleterre osera, infâme et imprudente à la fois, réprimer par les armes cette insurrection pacifique, mais si O'Connell pourra contenir les Irlandais et se contenir lui-même. On sait que déjà des engagements ont eu lieu entre les soldais et le peuple. Evidemment l'Irlande et O'Connell sont violemment tentés d'en venir à l'épreuve décisive et de jouer le tout pour le tout. Le vieux chef sonde son peuple; dans le dernier discours qu'il a prononcé et que les journaux ont reproduit le 20 juin, lorsqu'il s'écria: Je vous appelle aux armes! un frémissement qui se transmet jusqu'au papier inerte parcourt l'assemblée, l'électrise, et tombe tout à coup lorsque l'orateur, ayant vu l'effet qu'il pouvait produire, annonce que ces armes ne sont autre chose que les cartes de souscription au repeal. Mais n'est-ce pas lui qui, au banquet qui suit le meeting de Matow, lorsqu'on chante la belle mélodie de Moure, où le poète discute de l'esclave qui, s'il pouvait d'abord rompre ses fers, consentirait à les porter, s'humiliant sans se plaindre», n'est-ce pas lui qui s'est écrié: «Ce n'est pas moi qui serais cet enclave?» Et dans le discours qui a clos la fête, n'est-ce pas lui, le prudent Daniel O'Connell, qui a fait entendre ces nobles et belliqueuses paroles:

«Pourquoi cet envoi de troupes ici? On avait mal informé le ministère; le ministère a été mal renseigné par ces misérables et bas orangistes, vils instruments de l'ancienne dynastie. Les repealers sont paisibles dévoués, très dévoués à la reine, et ils sont décidés à s'interposer entre elle et ses ennemis. Dans le cas où ils nous attaqueraient, et où la victoire nous favoriserait, comme elle sera un jour à nous, le premier usage que nous ferions de cette victoire serait de mettre le sceptre aux mains de celle qui nous a montré toujours de la faveur, et dont la conduite a toujours été signalée par la sympathie et l'émotion pour nos souffrances. Ce que je veux que tout le monde comprenne, vous, aussi bien qu'eux, c'est que nous connaissons notre position et que nous avons nos appréhensions; et remarquez bien que par appréhensions, je ne veux pas dire nos craintes: nous n'avons peur de rien. Pourquoi ces menaces qui nous sont adressées? L'Union n'est pas un contrat, c'est une déception. Sommes-nous au-dessous des Anglais? Leur cédons-nous en courage? Non, non. Je vous promets bien que ces gens-là ne me fouleront jamais aux pieds! Que dis-je! si, ils me fouleront aux pieds; mais ce sera le cadavre et non l'homme qu'ils écraseront.»

On retrouve bien encore dans ces inspirations magnifiques le sentiment de la prudence et de sa nécessité, mais le sang s'échauffe, le courage bout dans les veines, l'impatience du succès commence à agiter les esprits. Pour nous, nous faisons des voeux bien sincères pour l'heureuse issue de l'entreprise d'O'Connell, mais nous lui souhaitons surtout la patience et cette qualité qu'il a montrée jusqu'ici à un si haut degré, le don de préparer l'avenir en sachant l'attendre. Nous ne verrions pas sans un effroi douloureux l'Irlande se précipiter contre l'Angleterre, et, en songeant à tant de généreuses entreprises que notre siècle a vues s'étendre dans le sang, à cette courageuse Pologne écrasée sous les yeux de l'impassibilité. Europe, nous craindrions trop que le massacre des Irlandais ne vint encore faire douter les âmes faibles de la justice de Dieu et du progrès de l'humanité! Puissent donc les destinées de l'Irlande s'accomplir d'une manière pacifique; et toi, France, si ton génie n'est pas tout à fait mort, si ta mission n'est pas finie en Europe, appuie de toute ta puissance morale la patriotique réclamation des Irlandais, afin qu'on ne dise pas un jour qu'il fut un champ de bataille où on combattait pour l'humanité et pour la justice, et que tu n'étais pas là!