Courrier de Paris.

Décidément l'été nous en veut et se plaît à nous jouer de mauvais tours. Vous savez de quel mois de mai et de quel mois de juin il nous a gratifié; pluie, vent, nuages sombres, voila ses aménités et ses douceurs. Juillet, enfin, était venu chassant devant lui les froides ondées et illuminant le ciel d'or, de pourpre et d'azur; juillet s'était montre, pendant quatre ou cinq jours, vêtu à la légère et environné de lumière et de soleil. Déjà Paris s'épanouissait, et, sortant de ses rues et de ses barrières, courait se mettre à l'ombre dans les bois de Saint-Germain et de Meudon: mais juillet se moquait de nous comme ses deux frères aînés. Ce rayon de soleil n'était qu'un sourire ironique qu'il nous jetait traîtreusement pour mieux nous attirer dans le piège, un faux espoir, une vaine apparence; à peine, en effet, Paris avait-il pris ses habits coquets et ses airs de fête, que juillet, riant sous cape, l'éclaboussait des pieds à la tête: le matin Paris était sorti verni et pimpant, le soir il rentrait mouillé jusqu'aux os ou crotté, comme le poète Colletet, jusqu'à l'échine. Il faut en prendre son parti; la vie bucolique sur les prés fleuris, à l'ombre des haies d'aubépine et des tilleuls, est évidemment supprimée pour l'an de grâce 1843. Le parapluie sera notre platane et notre charmille.

Avouons cependant que nous méritons un peu d'être ainsi menés par le ciel, de bourrasque en bourrasque, du chaud au froid, du soleil à la pluie. Savons-nous bien, en effet, nous-mêmes ce que nous voulons? Nous arrive-t-il jamais d'être contents des présents que le baromètre nous envoie? Si l'air est vif et piquant, nous soufflons dans nos doigts, et, d'une mine maussade et transie, nous répétons en choeur: «Quel maudit temps! quel horrible temps! je gèle!» L'astre du jour, comme disaient les poètes de l'Empire, brille-t-il au firmament, ce n'est qu'un cri de toutes parts:» Ah! mon Dieu! je n'en puis plus! je suis en nage! j'étouffe!» Pendant ces premières ardeurs de juillet, qui ont à peine duré huit jours si vous aviez vu Paris! semblable à un homme harassé, il ne faisait ni un geste ni un pas sans se plaindre, sans gémir, sans s'essuyer le front, implorant un peu d'air, de vent et de pluie, lui qui la veille grommelait entre ses dents: «Peste soit de la pluie et du vent!»

En vérité, le ciel a-t-il si grand tort de s'amuser de cette ville fantasque, qui veut et ne veut plus, et de brouiller tellement, suivant ses caprices, les couleurs et les mois, qu'elle ne puisse s'y reconnaître?

Cette inconstance du ciel, ce mélange de pluie et de soleil n'empêchent pas nos honorables de la Chambre de faire leurs bagages et de regagner le chef-lieu ou la maison des champs; comment s'effraieraient-ils en effet de ces variations de l'atmosphère et de ces volte-face? La politique est faite à l'image de la saison, tantôt riante tantôt sombre; et les mêmes bouches y soufflent, du jour au lendemain, le oui et le non, le froid et le chaud!

Ainsi la session est close, ou peu s'en faut; si la Chambre haute bataille encore sur quelques chiffres du budget, la Chambre des Députés s'éparpille sur les grandes routes; on peut dire qu'elle est en ce moment tirée à quatre chevaux et écartelée de l'est à l'ouest et du nord au midi. Chacun regagne son canton et son clocher; c'est du vin du cru, comme dit M. Dupin, qui retourne au tonneau.

La malle-poste et les Messageries Royales sont occupées, depuis huit jours, à voiturer, vers les quatre points cardinaux, le gouvernement représentatif. La droite légitimiste voyage dans le coupé, pour mieux regarder à l'horizon si soeur Anne ne voit rien venir; la gauche radicale se campe dans les régions plébéiennes de l'impériale et de la rotonde; le centre se blottit et ronfle dans l'intérieur, avec la satisfaction d'un gastronome bien repu. Pendant la nuit, tandis que tout est ténèbres et silence, le postillon, au milieu des claquements de son fouet, entend résonner à son oreille ces mots confus: Espagne, Thiers, Guizot, sucres, vins, bestiaux, conseil d'État, croix, pensions, présidence, chemins de fer, aux voix, à l'ordre, la clôture, primes, recettes, profits, indépendance, corruption, ministère; c'est la Chambre des Députés qui s'est endormie et qui a le cauchemar, chemin faisant; cependant les aubergistes et les servantes assistent à un cours de politique à l'heure des repas, tandis que les chevaux s'étonnent d'être plus chargés que de coutume et plient sous le poids des consciences et des estomacs budgétaires.

De leur côté, les ministres se préparent à rentrer leur bannière au fourreau et à fermer leur arsenal. L'armée ministérielle a pris son congé de semestre, et l'armée ennemie se retire dans ses foyers; pendant ce temps d'armistice, les soldats se reposeront, pour la plupart, sous le pommier natal; mais les chefs, les généraux, les Achilles et les Ajax vont courir le monde pour se rafraîchir le sang et se purger de toute humeur politique. Celui-là, retiré dans son château de Normandie, méditera sur la misère du peuple et l'égalité des conditions; celui-ci ira prendre les eaux du Mont-d'Or ou de Vichy, et se laver des ennuis et des douleurs du pouvoir. Le ministère taillera sa vigne et arrosera ses fleurs; l'opposition pêchera innocemment à la ligne. Juillet est le mois où les partis désarment; août invite les plus guerroyants au repos; septembre les trouve tous endormis sous la tonnelle, jusqu'au jour où décembre, mois maussade et sombre, embouchant la trompette parlementaire, les réveille en sursaut et leur met de nouveau la passion au coeur et le verre d'eau sucrée à la main.

Le temps est venu, comme on voit, où tous les grands comédiens voyagent: Duprez chante à Toulouse; mademoiselle Déjazet fredonne et frétille à Bordeaux; Bouffe est dans le Nord; mademoiselle Rachel attelle le Midi à son char; l'entrechat de mademoiselle Maria, après avoir sauté par dessus les Alpes, fait le bonheur de Milan; il n'est pas jusqu'à M. Alcide Tousez, du théâtre du Palais-Royal, qui ne soit impatiemment attendu quelque part. Où ira M. Alcide Tousez? C'est encore un mystère; j'ai frappé à toutes les chancelleries, et pas un ambassadeur n'a voulu me dire son secret; on croit cependant que M. Alcide Tousez voudra bien honorer de sa présence plusieurs grandes nations de l'Europe. Dans un temps où le royaume des Pays-Bas s'agenouille aux pieds de mademoiselle Eissler et lui sert de trottoir, tandis que Marseille enivrée cire le brodequin de mademoiselle Rachel, Alcide Tousez ne croit pas devoir se dérober plus longtemps à l'enthousiasme de l'univers. Déjà les arcs de triomphe se dressent pour son passage, et les populations empressées, hommes, femmes, enfants, vieillards, bivouaquent sur toutes les routes par où l'on croit qu'il pourrait bien passer.

Puisque nous voici dans le monde des comédiens, n'en sortons pas sans payer une dette de regrets à une excellente et honnête actrice que le Gymnase vient de perdre subitement. Nous voulons parler de Julienne, la dernière des duègnes, sans contredit, et la meilleure des tantes et des grand'mères. Julienne est morte d'une attaque d'apoplexie; d'abord on a cru la sauver: au bout de quelques heures tout était dit; cette pauvre grand'maman si simple, si aimée du parterre, si ronde et si naïve, avait chanté son dernier couplet! Le Gymnase est en deuil, et, avec le Gymnase, les nièces, les neveux, les pupilles, qui ne retrouveront jamais tant de naturel, de franchise et de bonhomie.

Il ne faut pas croire que Julienne a toujours été la Julienne que vous avez vue affublée du bonnet rond de la vieille gouvernante, de la robe à ramages de la grand'maman et des falbalas de la douairière. Pourquoi Julienne n'aurait-elle pas eu ses vingt ans tout comme une autre? Elle les a eu ses vingt ans, en effet, et c'était alors, dit-on, une vive Dorine, une Lisette éveillée, une agaçante Marlon. Le premier chapitre de la vie dramatique de Julienne commence ainsi, à l'emploi de soubrette: Julienne porte le jupon court, le tablier et la cornette mutine; elle a le pied leste, l'oreille au guet et l'oeil émerillonné; ses poches sont pleines de billets au musc et l'ambre écrits par Valère à Isabelle, ou échangés entre Araminte et Dorante. Que de bons tours elle joue au vieil Orgon! Voyez-vous ce petit chevalier qui lui jette une bourse et un baiser pour se frayer passage dans le boudoir de Dorimène? Mais, gare! voici Frontin et Masearille, et L'Olive, et la Branche, qui se mirent dans ses yeux et lui content fleurette. Lisette leur tient tête, Marton n'est pas embarrassée de la réplique. Allons, soubrette et valet, aux armes! Escrimez-vous d'estoc et de taille, intrépides à l'attaque et fermes sur la riposte.

Julienne avait des dispositions si particulières, un goût si déterminé pour ces duels avec Frontin, pour ces tendresses de Valère, pour ces amours d'Isabelle, qu'elle y a dépensé toute sa jeunesse. Soubrette de comédie, d'opéra-comique et de vaudeville, elle est restée soubrette vive et accorte, aussi longtemps qu'on peut l'être. On n'accusera pas cette bonne Julienne d'avoir été inconstante; avant son entrée au Gymnase, elle avait beaucoup parcouru le monde, mais comme Joconde elle n'avait pas changé: soubrette sans cesse et soubrette toujours, de Nantes à Strasbourg, de Marseille à Lille, dans tous les coins de la France.

Un jour, au Havre, Julienne récitait, suivant sa coutume, quelque scène de Lisette ou de Dorine; peut-être se trouvait-elle aux prises avec Tartufe:

Il a l'oreille rouge et le teint bien fleuri!

Vous serez trop heureuse avec un tel mari!

peut-être chantait-elle tout simplement le duo de Grétry:

Dis! m'aimes-tu?--Ah! je t'adore.

--Et toi, Marton?--Je te dévore.

A ce moment, Gontier vint à passer; Gontier, l'étoile, le soleil du Gymnase; il vit Julienne, l'écouta, l'applaudit et en écrivit deux mots à M. Scribe... Deux mots de Gontier, quel certificat! Sur une parole de Napoléon, l'Europe prenait les armes; sur ces deux mots de Gontier, le Gymnase marcha à la conquête de Julienne, attaqua le Havre et lui enleva sa soubrette; le régiment de comédies-vaudevilles, dont Gontier était le colonel, venait de se recruter d'une actrice pleine de verve et de naturel; seulement les vingt ans étaient déjà loin, et la vive Marton, jetant là le jupon court, devint tout à coup la grosse et bonne maman Julienne que nous regrettons.

Un jour, quand le Gymnase, retiré sous sa tente, contera ses exploits à ses petits-enfants et parlera de ses belles années, il citera, à moins d'ingratitude, le nom de Julienne parmi les noms de ses serviteurs et de ses compagnons les plus aimés, les plus fidèles et les plus applaudis.

On annonce aussi la mort de M. C..., dont les excentricités et l'avarice sont devenues fameuses. C... était le rival et le frère jumeau d'Harpagon. Possesseur d'une fortune immense, accumulant million sur million, il poussait la ladrerie à sa perfection. Un de ses parents m'a raconté de lui des traits qui méritent d'être précieusement conservés; ce sont des matériaux qui pourront servir plus tard à quelque poète comique pour compléter le portrait de l'Harpagon de Molière et de l'Euclien de Plaute.

C... avait un fils. Tant que ce fils fut au maillot, C... supporta avec une sorte de résignation les charges et les frais de sa paternité; une fois cependant il eut une querelle terrible avec la nourrice, prétendant qu'elle ne gagnait pas l'argent qu'on lui donnait et mettait la moitié d'eau dans son lait. C... voulut un instant lui intenter un procès en dommages et intérêts; il alla même chez le juge, qui lui dit: «Depuis quand prenez-vous la mamelle des nourrices pour une cruche de laitière?--Ah! monsieur, répliqua C... d'un air désespéré, vous avez beau dire, mon fils ne tette pas pour trois sous de lait par jour et j'en paie cinq! Je suis volé.»

Jusqu'à dix ans, l'enfant marcha pieds nus et à peu près vêtu du costume de la nature. C... disait à ses amis, qui se plaignaient de voir le pauvre diable tantôt brûlé par le soleil et tantôt grelottant de froid: «Laissez donc! ça forme le caractère.» Au fait, le système d'éducation de C... n'avait pour but que d'économiser les frais de cordonnier et de tailleur.

A quinze ans il fallut le voir tant bien que mal. Ajoutez que notre adolescent ne se contentait plus de sucre d'orge, de pain d'épices et de croquets; son appétit se manifesta d'une façon dévorante. C... s'en alarma; pendant quelque temps il lui rogna les vivres et lui disputa les morceaux. Mais C... perdait toujours quelque chose à cette bataille; aussi regrettait-il de n'avoir pas mis au monde un fils qui put vivre sans manger. Puisque enfin le mal était fait, il songea du moins à le réparer de son mieux, et imagina le moyen que voici de ne plus nourrir ce fils affamé. Un matin, C... se présenta chez le procureur du roi, gémissant, la larme à l'oeil, et demandant, au nom de la loi, aide et protection contre son garnement. Notez que c'était le jeune homme le plus doux et le plus innocent du monde. «Que lui reprochez-vous donc? lui dit le magistrat. C.... se mit alors à défiler un chapelet interminable de griefs et de méfaits. Jamais père, à l'entendre, n'avait été plus mal partagé et plus malheureux. Il fit si bien, qu'il obtint la détention de son fils dans une maison de surveillance; satisfaction, comme on sait, que le code accorde aux parents prévoyants. Je vous laisse à juger de la joie de C...! Harpagon avait enfin trouvé le moyen qu'il cherchait d'avoir gratis un fils, le gouvernement payant son loyer et sa nourriture. C... méditait de placer sa femme dans la même pension, lorsque l'autorité fut avertie du tour que C... lui avait joué, et remit le fils à la charge du père. «Diable, s'écria le millionnaire en apprenant la nouvelle, ça va me gêner; je comptais encore pour deux ou trois ans sur cette économie!»

Le domestique de C... avait servi dans le 32e régiment de ligne. Un jour entrant dans la chambre de son maître, il lui trouve un air de méditation profonde. «Jean, dit tout à coup notre homme en s'éveillant comme d'un songe; Jean, tu as été dix ans soldat?--Oui, monsieur.--Eh bien! combien avais-tu de pave?--Cinq sous par jour, monsieur, et un sou de retenue.--Et ta nourriture?--Un pain de munition.--Comment te trouvais-tu de ce régime?--Mais, monsieur, pas trop mal.--Ta santé était-elle bonne?--Très bonne, monsieur.--Eh bien! Jean, mon ami, puisque tu as vécu pendant dix ans avec du pain de munition, quatre sous d'appointements, et que tu t'en es bien trouvé, à dater d'aujourd'hui je te donnerai la même nourriture et le même salaire. J'avais eu tort de changer tes habitudes; pardonne-moi! ça aurait pu te faire mal.»

Une autre fois, C... sonne Jean pour le charger d'une commission. Jean arrive clopin-clopant; dans son empressement, il s'était heurté à l'escalier et avait fait une horrible chute: «Tu vas aller au faubourg du Roule, lui dit C.....

--Ah! monsieur, vous voyez, je suis éclopé et ne puis faire un pas.--Soit; j'irai à ta place, mais tu me prêteras tes souliers.--Pourquoi cela, monsieur?--Pourquoi cela, drôle? Puisque je vais où tu devais aller, il est juste que j'use tes semelles et non les miennes. Et C..., ôtant ses pantoufles, se chaussa comme il le disait, aux dépens du pauvre diable.

Feu le célèbre docteur Double était son médecin ordinaire; en sa qualité d'ancien camarade de collège de C..... et connaissant surtout ses goûts économiques, il se gardait bien de lui présenter jamais un mémoire: aussi C.... l'avait-il choisi de préférence à tous les autres; médecins. Il y a deux ans, C..... se sentant malade, le docteur lui prescrit les eaux d'Aix. C.... recule le plus qu'il peut devant cette grande entreprise; mais il s'agit de sa santé et peut-être de sa vie, et mon avare se décide à quelques sacrifices. Le voici donc en route; vous dire les roueries qu'il emploie, chemin faisant, pour tromper les aubergistes et escamoter le pourboire des postillons et des servantes, je ne saurais. Le jour de son arrivée à Aix, il s'acheminait tristement vers l'établissement des bains, l'oeil morne et la tête baissée, supputant avec douleur ce qu'une douche pourrait lui coûter. Tout en rêvant à sa misère, notre homme arrive sur les bords du lac qui étale, dans la vallée d'Aix, ses eaux froides et limpides; soudain une idée le saisit; il s'approche du bord, s'arrête, se déshabille et se jette dans l'eau.--Eh! monsieur, que faites-vous donc? lui crie Jean.--Double m'a dit de prendre les eaux d'Aix, répond C... grelottant de froid; celles-ci ou celles-là, n'est-ce pas la même chose? «Il continua pendant huit jours la même opération, et revint à Paris. «Tu aurais tout aussi bien fait de te baigner sous le pont d'Austerlitz,» lui dit le docteur Double en riant.

C.... avait une chaise de poste, comme Harpagon son carrosse, son maître Jacques et des chevaux; C... partait un jour pour sa maison de campagne, située dans le département de la Côte-d'Or. Il avait pris avec lui sa nièce, qui devait passer quelques semaines à Saint-A.... A peine la voiture avait-elle franchi la barrière de Charenton, que C....., se retournant du côté de la jeune femme: «Ma chère enfant, il faut que nous réglions notre petit compte ensemble.

--Que voulez-vous dire, mon oncle?--Écoute bien; si tu n'étais pas venue dans ma voiture, tu aurais pris le coupé de la diligence; pour aller jusqu'à Saint-A.... c'est soixante-dix francs qu'il t'en aurait coûté; tu vas m'en donner trente-cinq, et tout sera dit: je te tiens quitte du reste.--Et la nièce fut obligée de payer.

Voici une recette que C.....avait inventée pour se nourrir à bon marché: il entrait chez un restaurateur, s'attablait et demandait un potage; le potage servi, C.... en mangeait la moitié, puis, frappant avec violence sur la table:--Garçon! s'écriait-il. A ce grand éclat le garçon d'accourir: «C'est horrible, ajoutait C....; ce potage n'est pas mangeable! Quelle gargote!» Et il se levait brusquement, prenait sa canne, son chapeau et sortait d'un air furieux. Un peu plus loin, chez le restaurateur voisin, c'était le vin qu'il trouvait détestable, après en avoir bu deux ou trois gorgées; puis le bifteck chez celui-ci, et le poisson chez celui-là; C... allait ainsi de cuisine en cuisine, et finissait, à force de prendre un morceau ici et là une bouchée, par se faire un dîner complet sans avoir besoin de payer la carte.

C....., au moment de rendre le dernier soupir, a trouvé un reste de force pour se mettre sur son séant et éteindre une bougie allumée, que la garde-malade avait oubliée sur la table de nuit: «Ces gens-là brûlent la chandelle à deux bouts, murmura-t-il d'une voix affaiblie; ils finiront par me mettre sur la paille.» C..... laisse un héritage de six millions.

Les nouvelles de Vienne retentissent des bravos obtenus par madame Pauline Viardot-Garcia: partout des couronnes et 'partout des vivat! C'est une ovation méritée et complète. Madame Pauline Viardot a dû partir pour Prague, où les mêmes succès l'attendent.