Samuel Hahnemann.

Le fondateur de la médecine homaeopathique, Samuel Hahnemann, est mort à Paris le 2 juillet 1843, dans sa quatre vingt-huitième année. La doctrine médicale qu'il a propagée et mise en pratique depuis plus de cinquante ans, a pris assez d'importance dans ces derniers temps, pour qu'une notice sur le système et son auteur ne paraisse pas dénuée de tout intérêt. Né en 1735 à Meissen, petite ville de Saxe, Samuel Hahnemann, distingué dès son enfance par son aptitude au travail, étudia la médecine à Leipsick, à Vienne, et prit le grade de docteur à l'université d'Erlangen. Ses principaux travaux eurent d'abord pour objet la chimie et la minéralogie, sciences dans lesquelles il sut déjà se faire un nom. On peut, en effet, rappeler encore aujourd'hui ses recherches sur l'empoisonnement par l'arsenic, et les preuves judiciaires pour le constater, de même que le mode de préparation trouvé par lui, du mercure soluble, qui a conservé son nom. Il publia aussi des traductions de l'anglais, du français et de l'italien, ainsi que beaucoup d'articles dans les journaux scientifiques de l'Allemagne. En traduisant, en 1790, la matière médicale de l'Anglais Cullen, il fut si peu satisfait des hypothèses à l'aide desquelles on tentait d'expliquer la puissance fébrifuge du quinquina, qu'il résolut, pour s'éclairer, de faire avec ce médicament de essais sur lui-même. Le résultat de cette expérience donna naissance à la doctrine homaeopathique.

Samuel Hahnemann, décédé le 2 juillet 1843.

Hahnemann observa que l'action du quinquina sur l'homme sain produisait la fièvre intermittente, contre laquelle ce remède est employé avec le plus de succès. Conduit par l'analogie à expérimenter avec d'autres substances médicales, il annonça bientôt que les propriétés curatives de tous les médicaments désignés sous le nom de spécifiques tenaient à la faculté qu'ils avaient de produire sur l'homme sain des maux semblables à ceux pour la guérison desquels on avait coutume de les employer.

Le fait proclamé par Hahnemann, qui basait sur une seule proposition toute une théorie médicale, ne fut point admis à beaucoup près par tous les médecins; mais les critiques à cet égard, bien que manquant pour la plupart de gravité et d'urbanité, auraient paru sérieuses et modérées comparées à celles que provoqua le mode d'emploi conseillé par Hahnemann pour les remèdes homaeopathiques.

En considérant que le premier effet d'un médicament mis en usage d'après sa doctrine devait entraîner une aggravation passagère de la maladie, Hahnemann crut devoir s'imposer une extrême réserve pour la quantité des doses à administrer. Il songea d'abord à mélanger les substances médicinales avec une matière neutre, qui, en augmentant le volume, en rendait la division plus facile. Mais ayant reconnu que la diminution de la force active des remèdes n'était pas proportionnelle à la diminution de la quantité (ce qu'il attribua à une augmentation d'énergie résultant de l'acte de broyer les substances sèches ou de secouer les substances liquides pour opérer le mélange des unes ou des autres), il arriva par des réductions successives aux doses véritablement infinitésimales que les médecins homaeopathes prescrivent aujourd'hui.

Cette exiguïté des remèdes homaeopathiques a donné lieu à des discussions où l'une des parties invoquait en sa faveur le raisonnement et la science, tandis que l'autre prétendait s'appuyer sur des faits.

Sans pouvoir exprimer un avis sur cette question, qui n'est point de notre ressort, nous remarquons seulement que le nombre des disciple d'Hahnemann s'est beaucoup augmenté; en Allemagne, le savant Hufeland, adversaire déclaré des petites doses d'Hahnemann, recommandait dans son dernier ouvrage le principe [demi ligne illisible](1) de médicaments spécifiques: en France, une partie des professeurs de l'École de Médecine de Montpellier se sont déclarés sans réserve pour la doctrine homaeopathique; enfin, dans toute l'Europe et dans l'Amérique du Nord, nombre de médecins la pratiquent exclusivement.

[Note 1: La médecine ordinaire a généralement pour devise: Contraria contrariis sanantur; celle de l'homaeopathie: Similia similibus curantur.]

Sans admettre aveuglément tout ce que les partisans de l'homaeopathie en racontent de merveilleux, on pourrait s'étonner aussi que tant d'hommes instruits se fussent épris d'un système où tout serait erreur et illusion. Le temps et l'expérience décideront sur tout cela.

Une longue vie exempte d'infirmités, en donnant à Hahnemann la faculté de travailler avec persévérance au développement de sa doctrine, lui a procuré l'avantage de pouvoir en contempler les progrès.

Ayant épousé en secondes noces, en 1835, à l'âge de quatre-vingts ans, mademoiselle d'Hervily, qui n'en avait que vingt-huit, il se décida à venir habiter le pays de sa femme; et depuis huit ans il exerçait la médecine à Paris, quand la mort, qu'il a vue s'approcher avec le calme que donne toujours une haute raison jointe à une grande pieté, a sonné pour lui l'heure du repos.