Médaille en l'honneur de M. de Lesseps.

Lors du bombardement de Barcelone, l'Europe entière a applaudi à la belle conduite de notre consul. M. de Lesseps. Parmi nous, qui n'a tressailli de fierté et de joie en voyant la France si dignement représentée? M. de Lesseps a défendu avec calme, énergie et succès les intérêts et l'honneur de ses compatriotes contre la rivalité anglaise et la brutalité esparteriste; il a abrité les personnes, les propriétés, sous notre pavillon national; il a noblement satisfait, en homme d'esprit et de coeur, à tous les devoirs envers la patrie et envers l'humanité. En quelques jours, dans cette ville espagnole qui fixait tous les regards du monde civilisé et tenait notre attention captive, M. de Lesseps a eu le bonheur de faire briller de leur éclat le plus pur les plus précieuses qualités de notre caractère national. Heureux l'homme qui peut ainsi rencontrer dans sa vie, ne fut-ce qu'une seule heure, l'occasion de donner la mesure de sa valeur morale, de soutenir l'honneur et d'ajouter à la considération de sa patrie!

Les Français qui, pendant le siège, habitaient Barcelone, ont voulu laisser à M. de Lesseps un témoignage public de leur reconnaissance. Ils ont fait frapper une médaille que nous nous empressons de reproduire.

Cette médaille est en or, et son diamètre est de 58 millimètres. Un des côtés représente la Reconnaissance, sous la figure d'une femme tenant à sa main un gros clou, qui signifie que la reconnaissance pénètre aussi avant et aussi fortement dans une âme honnête que le clou dans une pièce de bois. La figure est accompagnée d'un aigle et d'un lion, qui passent pour les animaux les plus généreux.

L'autre côté de la médaille représente trois figures; l'Hospitalité, le Courage et l'Honneur.

L'Hospitalité accueille avec bonté un pèlerin qui se trouve à ses pieds, et elle renverse une corne d'abondance dans laquelle un enfant prend des fruits.

Le Courage est représenté sous la figure d'Hercule, armé de sa massue et tenant un lion en laisse.

L'Honneur est figuré par un guerrier couronné de palmes. D'une main il porte une lance pour l'attaque, et de l'autre, pour la défense, un écu sur lequel se voient deux tours, qui, liées d'une manière inséparable, se défendent mutuellement: ce sont les citadelles de l'honneur et de la vertu. Le guerrier porte au cou une chaîne, emblème du devoir.

Nous n'avons rien à dire de toutes ces allégories; c'est là un langage vieilli peut-être, mais qu'il est bien difficile de remplacer; les esprits les plus ingénieux sont contraints d'en subir l'usage. Mais nous devons de sincères éloges à l'artiste. M. Vivier, pour le beau fini des dessins et le style élevé des figures. M. Vivier a terminé cette médaille remarquable en trois mois et douze jours. Une promptitude si extraordinaire, n'ajoute rien sans doute au mérite de l'ouvrage; mais aux yeux de quiconque sait apprécier les difficultés de la gravure en médaille, elle donne une haute idée du talent souple et facile de l'artiste.