Bulletin bibliographique.
Goethe et Bettina, correspondance inédite de Goethe et de madame Bettina d'Arnim. Traduit de l'allemand, par M. Sébastien Albin. 2 vol. in-8.--Paris, 1843. Au Comptoir des imprimeurs-unis, 15 fr.
Madame Bettina d'Arnim naquit à Francfort-sur-le-Main en 1788. Son père, d'origine italienne, s'appelait Maximilien Brentano. Il était venu dans sa jeunesse fonder à Francfort une grande maison de commerce et de banque, qui avait prospéré au delà de ses souhaits. Il se maria deux fois, et Bettina fut son dernier enfant de second lit. Orpheline dès son bas âge, cette jeune fille fut confiée tour à tour aux soins de ses frères et soeurs du premier lit et de sa grand-mère. Sophie Laroche, écrivain de talent, amie de Goethe; mais jamais enfant ne grandit et ne se développa plus librement. Personne ne s'occupait de son éducation, à peine même si on lui demandait compte de ses actions. Elle faisait, jour et nuit, tout ce qui lui plaisait. Un passage de l'une de ses lettres peut seul donner une idée de cette existence indépendante et singulière. Prévenons toutefois le lecteur que Bettina s'était éprise d'une passion étrange pour la nature.
«J'habitais durant tout un hiver près de la montagne, au-dessus du vieux château; notre jardin (à Marbourg) était entouré par le mur de la forteresse. De ma fenêtre, j'avais une vue très-étendue sur le pays hessois, si bien cultivé, et sur la ville, où je voyais les tours gothiques s'élever au-dessus des toits couverts de neige. De ma chambre j'allais dans le jardin planté sur la pente de la montagne. Je grimpais par-dessus les fortifications, et j'errais dans les espaces déserts. Quand je ne pouvais ouvrir les portes, je passais à travers les charmilles...
«Au-dessus du mur de la forteresse, qu'entourait le jardin, il y avait une tour à laquelle conduisait une échelle cassée. On avait volé tout près de chez nous, et comme il était impossible de retrouver les traces des voleurs, on supposa qu'ils se cachaient dans la vieille tour. J'avais attentivement regardé l'édifice pendant le jour, et j'avais reconnu qu'un homme n'aurait jamais pu monter à cette échelle à moitié pourrie, presque sans échelons, et qui allait jusqu'au ciel. L'envie me prit cependant d'y grimper, mais j'en redescendis bientôt. Dans la nuit, lorsque je fus au lit et que Méline fut endormie, l'idée d'escalader l'échelle ne me laissa plus ni trêve ni repos Je m'enveloppai dans un peignoir, je sortis par la fenêtre, et je passai près du vieux château de Marbourg. L'électeur Philippe y était à la fenêtre avec sa femme Élisabeth; ils semblaient rire tous deux. Souvent, pendant le jour, j'avais contemplé ce groupe de pierre, qui, les bras entrelacés, regarde par la fenêtre, comme s'il admirait ses États; mais au milieu de la nuit il me fit peur, et je courus précipitamment à la tour. Là, je saisis l'un des bâtons de l'échelle, et je montai. Dieu sait comment. Ce que je n'aurais jamais pu ni osé faire de jour, me réussit de nuit, malgré toute la frayeur de mon âme. Lorsque j'eus presque atteint le sommet, je m'arrêtai, et je réfléchis que les voleurs pourraient bien être cachés là, me saisir à l'improviste et me précipiter du haut de la tour. Je restai donc un instant pour ainsi dire suspendue, sans pouvoir ni monter ni redescendre; mais bientôt l'air frais qui soufflait sur ma figure m'attira en haut. Que devins-je lorsqu'à travers la neige et à la clarté de la lune j'embrassai tout à coup toute la nature! J'étais là, seule, en sûreté, et la grande armée des étoiles passait au-dessus de moi ï J'éprouvai sans doute alors ce que l'âme éprouve après la mort, et au moment où elle va quitter cette enveloppe terrestre; l'âme qui soupire après la liberté, à qui le corps pèse d'un poids si affreux, comme moi, elle finit par triompher et se sentir délivrée de toute angoisse. Je n'avais d'autre sentiment que celui de la solitude; rien ne m'était aussi agréable et tout disparaissait devant cette jouissance. Tantôt je m'asseyais sur la balustrade, laissant pendre mes jambes en dehors, tantôt je courais en cercle sur le mur, large à peine de deux pieds, en regardant gaiement les étoiles. Au commencement, j'avais le vertige; mais bientôt je me sentis à mon aise comme si j'eusse été à terre. Je poussai la hardiesse jusqu'à l'extravagance, parce que j'avais la triomphante conviction que j'étais protégée par des esprits. Ce qu'il y avait de singulier, c'est que j'oubliais souvent de faire mes courses; alors je me réveillais la nuit, et quelque avancée que fût l'heure, je courais vers la tour. J'avais toujours peur en chemin et sur l'échelle; mais parvenue en haut, j'éprouvais toujours un bien-être comme si ma poitrine était soulagée d'un grand poids. Quand il y avait de la neige sur la tour, j'y écrivais le nom de mon amie Gunderode, et Jesus Nazarenus rex Judaeorum, en guise de talisman au-dessus. Il me semblait alors qu'elle était à l'abri des mauvaises tentations.»
Une jeune fille qui, aujourd'hui, en France, satisferait souvent de pareilles fantaisies, passerait pour folle et serait enfermée comme telle dans une maison de santé. Les parents de Bettina ne s'inquiétèrent même pas de ces promenades nocturnes et d'autres bizarreries non moins étranges, dont les conséquences pouvaient cependant devenir fort graves. La jeune orpheline resta donc parfaitement maîtresse de ses pensées et de sa conduite. Quand elle eut grandi, elle s'ennuya d'adorer la nature et elle soupira, dit M. Sébastien Albin, «après un être qui résumât pour elle la poésie de toutes choses.» Un jour, qu'assise dans le jardin parfumé et silencieux, elle rêvait à son isolement, Goethe se présenta tout à coup à sa pensée; elle ne l'avait jamais vu, elle ne connaissait de lui que sa renommée ou le mal qu'on disait chez Sophie Laroche de son caractère. Elle se prit à l'aimer. Cette espèce de tendresse que la femme ressent facilement pour ceux dont on médit ou qu'on persécute, l'admiration du monde pour le génie de Goethe, ou bien peut-être une sympathie innée, créèrent l'amour dans le coeur de Bettina. Elle se mit à aimer Goethe de toute la force de son âme et de toute la force de son esprit, et cet amour devint la forme sous laquelle s'exprima la poésie, l'ardeur de sa jeune imagination. Goethe fut pour elle le miroir de toutes les splendeurs de la nature, de toutes les splendeurs de la divinité, et fut la divinité même.
A peine amoureuse du fils, elle se lia avec la mère; elle la choisit pour sa confidente; elle se plut à lui révéler un secret qu'elle se sentait incapable de garder. Cette intimité entre ces deux femmes, l'une âgée de soixante-dix-sept ans et l'autre de dix-huit, étonna tout le monde, mais elle dura jusqu'à la mort de madame la conseillère. Une mère et une femme qui aiment d'amour se comprennent facilement; car il y a toujours dans la première de l'exaltation passionnée de la seconde, et dans celle-ci, quelque chose de la sollicitude maternelle.»
Bettina aimait Goethe depuis plus d'un an lorsque, en 1807, elle alla le voir à Weimar. Il connaissait sa passion, mais il ne la partageait point, car il avait quarante-deux ans de plus qu'elle. Il était naturellement sec et froid, et ne voulait pas se rendre ridicule. «Quand la porte s'ouvrit, dit madame d'Arnim, il était là, sérieux, solennel, et il me regardait fixement. Je crois que j'étendis les mains vers lui. Je me sentais défaillir; Goethe me reçut sur son coeur: Pauvre enfant, vous ai-je fait peur? Ce furent là les premières paroles qu'il prononça et qui pénétrèrent dans mon âme. Il me conduisit dans sa chambre et me fit asseoir sur le canapé, en face de lui. Nous nous taisions tous deux; il rompit enfin le silence: «Vous aurez lu dans le journal, dit-il, que nous avons fait il y a quelques jours une grande perte en la personne de la duchesse Amélie?--Ah! lui répondis-je, je ne lis pas le journal.--Vraiment, je croyais que tout ce qui arrivait à Weimar vous intéressait.--Non, rien ne m'intéresse que vous, et je suis trop impatiente pour feuilleter un journal.--Vous êtes une aimable enfant. «Longue pause. J'étais toujours exilée sur ce fatal canapé, tremblante et craintive. Vous savez qu'il m'est impossible de rester assise, en personne bien élevée. Hélas! mère, peut-on se conduire connue je l'ai fait? Je m'écriai: «Je ne puis rester sur ce canapé; et je me levai précipitamment.--Eh bien! faites ce qu'il vous plaira,» me dit-il. Je me jetai à son cou, et lui m'attira sur ses genoux et me pressa contre son coeur. Tout devint silencieux, tout s'évanouit. Des années s'étaient écoulées dans l'attente de le voir; il y avait longtemps que je n'avais dormi. Je m'endormis sur son coeur, et, quand je me réveillai, une nouvelle existence commençait pour moi.»
A dater de ce voyage à Weimar et de cette entrevue, une active correspondance s'engagea entre le vieillard et la jeune fille. Si Goethe n'aima pas Bettina, il se complut à se laisser adorer. «Il excita même cette affection, dit M. Sébastien Albin, tantôt par sa réserve, tantôt par sa condescendance à la souffrir. En un mot, il joua à merveille son rôle de Dieu. Aussi les lettres qu'il répond à Bettina nous semblent-elles faire ressortir un des points saillants de caractère du grand poète, l'égoïsme et la vanité. Goethe tirait profit et plaisir de cette affection. Aussi engage-t-il souvent Bettina à continuer ses communications, afin de les traduire, de les rimer, de s'en servir.»
En 1811 Bettina épousa Achim d'Arnim, écrivain distingué. Sa passion pour Goethe, connue de tout le monde, n'avait porté aucune atteinte à sa considération. Peu de temps après son mariage, elle se brouilla avec Goethe, mais elle continua à lui écrire de temps en temps, et elle ne cessa jamais de l'adorer. Cependant elle se montra toujours aussi bonne épouse que tendre mère.
Achim d'Arnim mourut en 1851, et, deux années après, Goethe rendait le dernier soupir à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. La nouvelle de sa mort ne causa à Bettina que des émotions douces et sereines. «Je restai calme, dit-elle, réfléchissant à l'influence que cet événement allait exercer sur moi, et je vis bientôt que la mort ne tarirait pas cette source d'amour.»
En 1833 Bettina se décida à publier sa correspondance avec la mère de Goethe et avec Goethe, et une partie de son journal. On voulait lui persuader de retrancher et de changer différentes choses qui s'y trouvent, par la raison qu'on pourrait les mal interpréter. Mais elle s'aperçut bientôt qu'en fait de conseils, on n'accepte volontiers que ceux qui ne contredisent pas l'inclination propre; il n'y eut que l'avis de l'un de ses conseillers qui lui plut: «Ce livre est pour les bons et non pour les méchante,» lui dit-il. Cette phrase est devenue depuis l'épigraphe de sa préface.
La correspondance de Bettina et de Goethe eut, lors de sa publication, un immense, disons-le, un trop grand succès en Allemagne. L'élégante et fidèle traduction de M. Sébastien Albin sera avidement lue en France, nous en sommes certains. Toutefois madame d'Arnim ne passera pas en deçà du Rhin pour une sibylle inspirée, une prêtresse mystique de la nature; on ne verra en elle qu'une jeune fille pleine d'esprit et d'imagination, mais manquant presque complètement de sentiment, poète et artiste avant tout, s'amusant souvent à développer, pour sa satisfaction personnelle, toutes les pensées qui traversent son cerveau, tantôt naïve, simple, gracieuse, charmante, adorable: tantôt au contraire, guindée, boursouflée, extravagante, grimacière et profondément ennuyeuse. Plus d'une fois le lecteur laissera tomber ou fermera le volume, mais il le rouvrira toujours et il en lira toutes les pages, car il y trouvera, outre une foule d'idées poétiques curieusement développées et une peinture originale de la société allemande de cette époque, des anecdotes fort intéressantes sur Goethe, sur Beethoven, sur madame de Staël et un grand nombre d'autres personnes célèbres avec lesquels Bettina d'Arnim a eu des rapports fréquents ou passagers.
Guide pittoresque portatif et complet du Voyageur en France, contenant les relais de poste, dont la distance a été convertie en kilomètres, et la Description des villes, bourgs, villages, châteaux, et généralement de tous les lieux remarquables qui se trouvent tant sur les grandes routes de poste que sur la droite ou sur la gauche de chaque route: par Girault de Saint-Fargeau. 3e édition, ornée d'une belle carte routière et de 30 gravures en taille-douce.--Paris, 1843. 1 vol. in-18. Firmin Didot frères.
Les Guides Richard ont joui longtemps en France d'une réputation dont ils ne furent jamais dignes. Tous les voyageurs qui s'en sont servis ont appris à leurs dépens que cette collection ne contenait pas un seul ouvrage exact et complet. Cependant elle continuait à s'imposer tyranniquement au public trompé par des réclames payées. Malgré ses nombreuses erreurs, malgré ses inconcevables lacunes, elle se vendait toujours, car elle n'avait pas de rivale. Heureusement pour les touristes, plusieurs libraires de Paris ont, depuis quelques années, édité des guides ou itinéraires qui méritent à divers litres une préférence marquée. Parmi ces ouvrages nouvellement publiés, nous recommandons surtout le Guide pittoresque, du Voyageur en France par M. Girault de Saint-Fargeau. Sans doute ce livre n'est pas encore parfait--un pareil ouvrage ne peut jamais l'être,--mais il est bien supérieur, sous tous les rapports, au Guide Richard. Mieux imprimé, beaucoup mieux écrit, plus exact, plus complet, il n'a plus qu'un petit nombre d'omissions à réparer et de fautes à corriger pour devenir irréprochable. Son succès est assuré: deux éditions, tirées à 4,500 exemplaires et épuisées en moins de trois ans, ont enlevé au Guide Richard toute espérance de pouvoir soutenir avec avantage une lutte désormais inutile. La 3e édition, dont nous annonçons la mise en vente, contient, entre autres additions importantes: 1° la conversion en kilomètres de toutes les distances précédemment indiquées en lieues de poste, conversion qui ne se trouve jusqu'à présent dans aucun autre guide du voyageur en France; 2º l'indication, pour chaque localité importante, des voitures publiques, des chemins de fer et des bateaux à vapeur: 3° l'indication des buts d'excursion intéressants situés à proximité de chaque ville; la biographie locale, indiquant les titres des ouvrages les plus remarquables publiés sur la topographie, l'histoire ou la géographie de chaque département, de chaque ville, bourg ou village; addition des plus importantes, qui a nécessité de grandes recherches, et qui comprend les titres de plus de 1,800 ouvrages anciens et modernes.
Histoire et description naturelle de la commune de Meudon; par le docteur L.-Eugène Robert, membre des commissions scientifiques du Nord. 1 vol in-8.--Paris. 1843. Paulin.
«A quoi bon, s'écrie le docteur L.-Eugène Robert dès le début de son avant-propos, adressé aux naturalistes voyageurs, à quoi bon s'éloigner de son pays, traverser les mers orageuses ou hérissées de glaces, parcourir les contrées les plus sauvages, s'enfoncer dans les forêts vierges, escalader les chaînes de montagnes ou les cimes neigeuses des volcans? A quoi bon, en un mot, abandonner ses parents, ses amis, tout ce que l'on a de plus cher, pour aller au bout du monde chercher du nouveau, lorsque autour du toit paternel il y a tant d'éléments susceptibles de remplir le même but?... Ne vaut-il pas mieux rester près de ses pénates, employer son temps d'une manière quelconque là où l'on respire l'air natal, ne fût-ce qu'à planter des choux?... Experto crede Roberto.»
Convaincu de la justesse de ces réflexions, M. le docteur L.-Eugène Robert s'est pris de passion, comme il l'avoue lui-même, «pour un humble village dont la colline ne répète pas le cri de la mouette, mais au pied de laquelle coule paisiblement un fleuve et vient mourir le bruit d'une immense cité.» Considérée historiquement et physiquement, la commune de Meudon offre plus de faits intéressants qu'on ne se l'imagine. M. le docteur Robert n'a publié qu'un volume, mais, à l'en croire, son travail eût pu être beaucoup plus long; il a rejeté tous les détails trop minutieux, et il s'est contenté d'appeler l'attention de ses lecteurs sur les points principaux de son sujet; il a toujours tâché d'être concis, exact et vrai, ne voulant pas que ses chers compatriotes, les Meudonnais, confondissent son livre avec les contes de Robert son oncle.
L'Histoire et la description naturelle de la commune de Meudon se divisent en sept chapitres. Le 1er, intitulé Statistique, contient tous les renseignements désirables sur la situation, la population, les édifices, les établissements publics, l'industrie et le commerce de cette commune, la constitution physique et morale des habitants. Dans le 2e, consacré aux Détails historiques, M. Robert raconte l'histoire du Village et du Château depuis leur fondation jusqu'à la catastrophe du 8 mai 1842. Le 3e a pour titre et pour sujet la Forêt; le 4e, le 5e et le 6e traitent de l'Agriculture, de la Zoologie et de la Géologie. Enfin le chapitre 7e et dernier s'occupe de la Météorologie, des Maladies et de divers phénomènes physiques qui ont eu lieu sur le territoire de la commune.
Comme on le voit par cette analyse rapide, cet ouvrage de M. le docteur Robert s'adresse non-seulement aux habitants du village de Meudon et des villages voisins, mais à toutes les personnes qui voudront faire une promenade instructive sous les beaux ombrages si justement renommés de leurs magnifiques forêts.
Leçons élémentaires de Botanique, fondées sur l'analyse de 50 plantes vulgaires et formant un traité complet d'organographie et de physiologie végétale, à l'usage des étudiants et des gens du monde; par M. Emm. Le Maout, docteur en médecine, ex-démonstrateur de botanique à la Faculté de Médecine de Paris. 1 beau vol. in-8, divisé en deux parties, illustré d'un atlas de 50 plantes et de 500 figures intercalées dans le texte.--Paris, 1843. Fortin-Masson.
Cet ouvrage, destiné aux gens du monde et aux étudiants qui veulent s'instruire seuls, n'est pas un essai de méthode; c'est, si nous en croyons son auteur, «un enseignement confirmé par l'expérience et le succès, mis en pratique depuis plusieurs années dans des leçons orales, appliqué à de nombreux élèves des deux sexes, dont l'esprit, débarrasse dès l'abord de la nomenclature et des études microscopiques, est promptement devenu capable d'aborder les plus hautes questions de la science.»
M. Emm. Le Maout emploie, pour enseigner la botanique, le système suivant: il choisit, comme sujets d'études, cinquante végétaux croissant partout, végétant, fleurissant, fructifiant pendant les trois mois de la belle saison, depuis le milieu de mai jusqu'au milieu d'août. Ce sont des espèces offrant toutes les modifications de formes, dont l'étude philosophique, savamment approfondie dans ces derniers temps, a jeté de si vives lumières sur l'organographie végétale; puis, prenant tour à tour pour type celle de ces cinquante plantes qui offre sous le point de vue le plus favorable la partie qu'il veut faire connaître, il la compare avec les autres, et observe ainsi chaque organe dans ses dégradations insensibles, depuis le plus haut degré de développement jusqu'à l'état rudimentaire.
Ces premières études achevées, M. E. Le Maout met entre les mains de l'élève un instrument d'optique plus grossissant que la loupe commune; puis, après quelques recherches d'anatomie fine, il étudie les phénomènes physiologiques, et se trouve ensuite amené naturellement à l'exposition des préceptes généraux de l'agriculture et de l'horticulture. Enfin il arrive aux principes de la classification. «Or, on conçoit sans peine, dit-il, que celui qui connaît dans leurs plus minutieux détails cinquante plantes différentes, appartenant aux groupes les plus tranchés du règne végétal, connaît parfaitement cinquante familles, cinquante genres, cinquante espèces, et qu'avec ce fonds de connaissances acquises, il lui suffira d'ouvrir la première Flore pour s'apercevoir que les déterminations les plus difficiles ne sont plus qu'un jeu pour lui.»
Les Leçons élémentaires de Botanique sont illustrées par un atlas de 50 plantes et de 500 gravures sur bois intercalées dans le texte--Ce n'est pas aux lecteurs de l'Illustration que nous aurons besoin d'énumérer et d'expliquer, pour les leur faire comprendre, les nombreux avantages d'un si indispensable accessoire.
Guide auprès des Malades, ou Précis des connaissances nécessaires aux personnes qui se dévouent à leur soulagement; par le docteur C. Saucerotte, médecin en chef de l'hôpital civil et militaire de Lunéville. Paris, chez Poussielgue-Rusand, rue Hautefeuille, 9. Lunéville, chez madame George. 1843. 2 fr. 75 c.
Qui n'a eu des malades à soigner? qui, en attendant l'arrivée du médecin, n'a regretté vivement, dans certaines circonstances, de ne pas savoir quel remède il fallait appliquer, quelles précautions il était nécessaire de prendre? Que de fois un malade a succombé, si ce n'est faute de soins, du moins victime de l'ignorance ou de l'imprudence des parents ou des amis qui se pressaient avec un zèle mal dirigé autour de son chevet!--Le Guide auprès des malades, que vient de publier M. le docteur Saucerotte, donnera désormais aux gens du monde les connaissances nécessaires pour soigner les malades dans tous les cas où leur manque d'instruction pourrait entraîner des suites fâcheuses. C'est un petit livre d'une utilité incontestable, qui devra désormais faire partie de toutes les bibliothèques de famille.