Établissement d'une École des Arts et Métiers à Aix.
L'industrie est le grand fait qui domine notre époque; une longue période de paix a développé dans tous les pays la puissance productive et créé entre les nations, comme entre les diverses classes d'un même peuple, des rapports nouveaux. Le travail et la production, les échanges commerciaux ont pris un développement qui appelle une régularisation intelligente. Le mode d'activité des peuples s'est déplacé; il y a un quart de siècle à peine que l'Europe entière était en feu; la guerre promenait ses ravages au sein des plaines les plus fertiles, dans les cités les plus opulentes, parmi les populations les plus paisibles et les plus laborieuses. La gloire consistait alors à se ruer intrépidement contre les bataillons armés, à disposer sur les champs de bataille des masses innombrables. Aujourd'hui, on ne chante point de Te Deum pour des victoires éclatantes, mais des populations entières se livrent à la joie quand un chemin de fer a relié deux points jusque-là éloignés, quand un canal a établi de nouveaux rapports entre des localités jusque-là inconnues l'une à l'autre, et les grands corps de l'État et les princes eux-mêmes se croient obligés de consacrer ces solennités populaires, ces conquêtes du travail humain.
La Prusse, puissance exclusivement militaire, est à la tête d'un vaste système d'association douanière, et elle s'occupe des questions de commerce et de tarif plus encore que d'organisation militaire.
L'Autriche et la Russie, puissances si stationnaires jadis, créent des chemins de fer, des banques, des écoles de droit et de commerce; elles donnent à leur navigation un développement nouveau. L'Angleterre ouvre la Chine à l'activité européenne; comment la France resterait-elle en arriére d'un pareil mouvement? Malgré elle, elle marche dans cette voie immense que la paix a ouverte. Les besoins industriels du pays, les éléments si féconds du travail national poussent instinctivement nos Chambres vers l'organisation industrielle qui doit assurer notre puissance et nous faire garder en temps de paix le rang élevé que nous avons pris parmi les nations en temps de guerre. Ainsi la session qui vient de se terminer a réduit le budget de la guerre et voté l'établissement d'une École royale d'Arts et Métiers à Aix en Provence.
Une ordonnance du roi vient de mettre à exécution le vote de la Chambre. Le nombre des élèves de l'école d'Aix est fixé à trois cents; ils seront admis par tiers d'année en année, à partir du 1er octobre prochain. De même qu'aux Écoles de Châlons et d'Angers, le nombre des pensions à la charge de l'État est fixé ainsi qu'il suit: soixante-quinze pensions entières soixante-quinze à trois quarts, soixante-quinze demi-pensions.
Les conseils-généraux des départements des Bouches-du-Rhône et du Var, les conseils municipaux des villes de Marseille et d'Aix, et la chambre de commerce de Marseille devront voter des ressources nécessaires à l'appropriation des bâtiments et dépendances de l'hospice de la Charité, consacrés à l'établissement de l'École.
On sait que les Écoles royales d'Arts et Métiers ont pour objet de former des praticiens, des contre-maîtres, des chefs d'atelier habiles, et qui offrent à l'industrie privée des garanties de talent et de probité. Accroître le nombre de ces établissements, c'est contribuer au progrès industriel, à l'amélioration du sort des classes ouvrières, et c'est à ce titre que l'Illustration mentionne cette création utile et s'en réjouit.