De la Peinture sur lave émaillée (1).

Note 1: Ces réflexions nous sont communiquées par un artiste que recommandent également son talent et son caractère, M. Achille Dévéria.

Nous avons signalé à l'attention de nos lecteurs l'heureux essai de peinture sur pierre de lave émaillée, qui a été fait dans l'église de Saint-Nicolas-des-Champs. Ce succès vient confirmer toutes les espérances que l'on avait fondées sur l'emploi de la lave, destinée peut-être à être un jour la seule base de toutes les décorations peintes dans nos monuments publics.

Le Christ de M. Perlet, toutefois, n'est pas encore une expérience complète; les dispensateurs des travaux d'art feront sagement de commander une oeuvre d'une grande dimension, afin qu'il devienne hors de doute que les joints de diverses plaques de lave réunies ne nuiraient en rien à l'effet d'ensemble d'une grande décoration.

Aujourd'hui, on ne travaille guère pour la postérité seule: nous aimons à jouir, nous faisons tout vite; l'architecture élève des palais par enchantement: on peut citer l'Hôtel-de-Ville comme exemple. Quelle est la cause ordinaire des plus longs retards? C'est la décoration intérieure, ce sont les peintures que les pauvres artistes se fatiguent à faire sur les murailles, sans pouvoir, malgré leur talent, satisfaire à l'impatience du pouvoir et du public. La pierre de lave fera gagner tout ce temps si regrettable; la peinture alors, comme la sculpture, ordonnée d'avance, viendra, sous la main de l'architecte, se mettre en place avant qu'il ait enlevé ses échafauds.

Cette peinture s'exécutera par les mêmes hommes que les vitraux; les peintres-verriers sont des émailleurs. Des cartons, ordonnés aux plus habiles maîtres, seront confiés à l'exécution d'excellents praticiens, et particulièrement à la Manufacture royale de Sèvres, où M. Brougniart, secondé par les efforts de M. Louis Robert, a donné, dans ces derniers temps, un si merveilleux développement à l'art de la peinture vitrifiable. En moins d'un an, d'après les beaux cartons de M. Ingres, quatorze fenêtres viennent d'être exécutées et mises en place dans la chapelle funèbre de Sablonville.

Plus durable que tout ce qui a été expérimenté jusqu'à ce jour, la peinture sur lave présente tous les avantages de la mosaïque sans en avoir aucun des inconvénients. Le prix excessif de la mosaïque, le temps considérable qu'en exige l'exécution, auraient suffi pour faire renoncer à cette peinture, qui, d'ailleurs, tombe par pièce à mesure que le ciment se détache. On n'a rien de semblable à redouter pour le nouveau mode; des scellements bien faits dureront, comme tout revêtissement de marbre, jusqu'au jour où le monument lui-même tombera.

Les peintures de nos monuments n'auront donc plus à craindre l'humidité, le soleil, le vernisseur, le restaurateur, ou la pierre lancée par un étourdi. Que cette peinture vitrifiée décore l'intérieur ou l'extérieur d'un monument, un coup d'éponge suffira pour en ôter la poussière.

Le prix en sera le même que celui d'une peinture ordinaire, car un peintre habile, pour donner un carton et son esquisse, ne demandera que le tiers du prix d'un travail complet, et le reste suffira pour payer l'exécution.

Ainsi, même prix que toute autre peinture, durée égale à celle du monument, économie immense sur le prix d'une mosaïque, ce sont là des avantages immenses et dont on ne saurait trop se hâter de jouir.