Courrier de Paris.
Nos rues, nos jardins et nos places publiques ressemblent depuis quelques jours à des corridors et à des préaux de collèges: on n'y rencontre qu'écoliers enchâssés dans l'habit uniforme gros-bleu et boulonnés jusqu'au menton; mais, à leur allure libre, insouciante et résolue, on devine que les oiseaux ont passé à travers les barreaux de la cage. La voix du maître ne les éveille pas en sursaut dans leur liberté; ils s'en vont au hasard, à travers la ville, l'oeil curieux et les bras ballants, ici et là, sans que la règle leur crie: «Allons, messieurs! en classe! silence! taisez-vous!» Heureuse saison des écoliers en vacances! Pareils à des soldats en congé, ils ont mis bas les armes et cheminent sans sabre et sans giberne, c'est-à-dire sans Gradus et sans Conciones; le Lexique et la Grammaire sont au repos; le Virgile et l'Ovide gisent abandonnés sur quelque rayon poudreux de la salle d'études. C'est un désarmement général.
Le soir, les théâtres sont peuplés de cette gent écolière: la voyez-vous disséminée dans les loges ou groupée au parterre? on s'aperçoit bien vite de leur présence à la gaieté bruyante qui éclate aux endroit? plaisants, et au sérieux avec lequel ils écoutent les passages pathétiques. Parlez-nous de ce public-là! il n'est ni exigeant ni blasé; tout l'amuse, tout l'intéresse, tout l'enchante! Ce n'est pas lui qui se laissera aller au fond de sa loge ou de sa stalle en étouffant de sa main gantée un bâillement dédaigneux! Ce n'est pas lui qui s'écriera d'un air maussade: «Ah! quel ennui! mauvais! pitoyable! exécrable!» interrompant les acteurs et sortant, comme les marquis de Molière, au moment le plus beau.
Quel plaisir, au contraire, de voir l'attention naïve de nos jeunes spectateurs! Ils ne quittent pas la scène du regard, écoutent de toutes leurs oreilles, examinent de tous leurs yeux immobiles, absorbés, insatiables. A minuit la toile tombe, et eux, s'éveillant comme d'un rêve, de s'écrier, tout surpris: «Tiens! est-ce que ça finit déjà?»
Demandez-leur ce qui s'est passé autour d'eux; s'il y avait du monde dans la salle ou s'il n'y en avait pas; de quelle couleur était la robe ou le chapeau de leur voisine; était-elle jeune ou vieille, laide ou jolie? ils n'en savent rien. Nos écoliers, en effet, sont loin encore de cette science qui consiste à venir au spectacle pour y tout voir, excepté le spectacle; pour s'occuper de tout, hormis des acteurs et des pièces. Ils n'ont pas à faire étalage de leurs gants glacés, de leur binocle, de leur frisure, de leurs moustaches; ils ne songent pas, au lieu de la comédie qu'on leur montre, à se montrer et à se contempler eux mêmes; mais, patience! laissez faire le temps, et tel de ces bambins que vous voyez le coude appuyé sans cérémonie, sur la devanture d'une loge et se rongeant les doigts, tandis qu'un camarade lui passe le bras par-dessus le dos et l'enlace; tel de ces petits sauvages, vous dis-je, prendra, dans deux ou trois ans, les airs d'un lionceau parfumé, et caressera sa barbe en souriant, de l'avant-scène, à mademoiselle Castellan ou à madame Doche.
Quand vous rencontrez ces bandes d'écoliers symétriquement rangés sous la férule du magister, et descendant le long des rues avec un confus murmure pour gagner la grille du collège; quand vous voyez ces petits garçons et ces petites filles qui roulent dans le sable des Tuileries ou lancent un ballon en l'air sur le rare gazon du carré Marigny, ne vous arrive-t-il pa de vous adresser à vous-même cette simple question: «Qu'est-ce que tout cela deviendra? Vaudront-ils mieux ou moins que nous?» Horace répond: ils donneront des fils pires encore que leurs pères, et Béranger chante;
Chers enfants, dansez, valsez.
Votre âge échappe à l'orage.
Vous échapperez, aux tempêtes
Où notre courage expira.
Lequel croire des deux poètes? Celui qui prédit des nuages plus sombres, ou celui qui annonce un beau ciel? J'ai grand'peur qu'Horace n'ait raison! N'est-ce pas pour nous, en effet, les jeunes d'il y a quinze ans, que Béranger avait dit;
J'en crois votre allégresse:
Oui, bientôt d'un ciel pur
Vos jeux, brillants d'ivresse,
Réfléchiront l'azur!
O noble poëte! notre ivresse et nos yeux ont menti: où est le ciel pur? où est l'azur que tu nous promettais?
--M. Alexandre Dumas, tout le monde le sait, a donné récemment un assez curieux échantillon de la colère où peut se laisser emporter la rancune d'un poète critiqué et sifflé: pour défendre une mauvaise pièce, il écrivit à M. Jules Janin cette mauvaise lettre qui prouvait tout ce que vous voudrez, excepté la chose importante, à savoir que la comédie de M. Dumas est une bonne comédie; le critique a répliqué au dramaturge par un article plein de traits acérés et piquants. Quel bénéfice, cependant, M. Dumas et M. Jules Janin ont-ils retiré de cette lutte à l'encre de la Petite-Vertu? Beaucoup de bruit et de ridicule pour rien: le public, juge du camp, les a renvoyés dos à dos, scandale compensé.
M. Alexandre Dumas avait mal choisi son terrain: c'est à Vienne et non à Paris, en Autriche et non en France, que nous conseillons à l'auteur des Demoiselles de Saint-Cyr d'aller désormais porter son ressentiment contre la critique; à Paris on trouve des feuilletons qui ripostent et un public qui se moque de vous; à Vienne, l'auteur mécontent a meilleure chance: pour peu qu'il soit bienvenu de la police et du gouvernement, il impose silence à ses contradicteurs par un moyen sans réplique, par la loi du plus fort. Il y a à Vienne une manière d'entendre la liberté de la presse et de régler le droit d'examen, qui conviendrait parfaitement à l'amour-propre de M. Dumas, et lui procurerait une satisfaction assurée, économique et sans frais de correspondance. Vous en aurez la preuve tout à l'heure; je tiens le fait d'un témoin personnellement impliqué dans l'aventure.
A Vienne donc, pendant l'hiver dernier, sous le gouvernement paternel de S. M. l'empereur d'Autriche, roi de Bohème et de Hongrie, la troupe italienne donnant ses représentations, on joua le Don Pasquale de Donizetti. L'ouvrage plut à ceux-ci et déplut à ceux-là, comme il arrive assez généralement pour toutes les comédies humaines, grandes ou petites, sérieuses ou bouffonnes. Un feuilleton,--l'Autriche a aussi le bonheur d'avoir des feuilletons,--fut de l'avis des spectateurs que Don Pasquale n'avait que médiocrement charmés; il s'en expliqua sans plus de façon et imprima les raisons de son antipathie. Quoique allemande et autrichienne, la critique était, dit-on, vive et mordante. Savez-vous ce qu'il en advint?--Une réclamation de Donizetti, affirmant que sa musique était fort bonne? une lettre incommensurable comme la lettre que M. Alexandre Dumas a décochée contre M. Jules Janin?--Non point, vraiment: l'Autriche ne s'amuse pas à de pareilles bagatelles; elle a, pour faire taire la critique, des moyens plus brefs et plus efficaces.
Le feuilleton avait à peine paru, à peine la bonne ville de Vienne avait-elle eu le temps de briser l'enveloppe du journal, qu'un personnage tout de noir babillé se présentait chez l'auteur, et d'un ton solennel et sévère: «Monsieur, lui dit-il, c'est vous qui avez écrit l'article scélérat que votre feuille publie ce matin contre l'opéra de M. Donizetti?--Oui, monsieur.--J'en suis fâché pour vous, monsieur.--Et la raison, s'il vous plaît, monsieur?--La raison, la voici en peu de mots: M Donizetti est attaché à la musique de Sa Majesté Impériale; il est malséant que vous osiez parler avec cette irrévérence d'un compositeur qui a obtenu de Sa Majesté cette marque d'estime et de faveur. Sa Majesté et toute la cour impériale font grand cas de M. Donizetti et de ses opéras; vous voudrez bien désormais vous conformer à leur avis.--Mais, monsieur, répliqua le journaliste.--Point de mais.--Cependant!--Point de cependant; tenez-vous pour averti!» L'avis était formel, et le journaliste avait reconnu dans son interlocuteur un des agents de la police supérieure; il s'agissait de choisir entre le plaisir de critiquer M. Donizetti et la suppression immédiate du journal; le feuilleton ne crut pas que Don Pasquale valût ce sacrifice; il s'abstint d'en parler davantage. Nous avons à Paris d'honnêtes feuilletons qui, après avoir condamné Donizetti la veille, auraient eu le courage d'en faire l'éloge le lendemain.
Quel dommage que M. Alexandre Dumas n'ait pas mis sa comédie des Demoiselles de Saint-Cyr sous la protection de la police autrichienne, soit comme attaché aux récréations de Sa Majesté l'empereur, soit comme porte-queue de Sa Majesté l'impératrice! cela viendra, j'espère!
Vous avez vu avec quelle bénignité la critique est traitée là-bas; c'est absolument la liberté que définit Figaro: parler de tout à condition qu'on ne parlera de rien. Ce régime libéral s'applique indistinctement à tout le monde, dans cette charmante ville de Vienne, où la valse seule et les gros repas jouissent d'une liberté illimitée; les chanteurs n'en sont pas plus exempts que les critiques.
Un ténor italien--une basse peut-être--que nous entendrons cet hiver à Paris, Salvi, chantait dernièrement à l'Opéra de Vienne: le public viennois le traitait avec faveur, et les belles Viennoises, aux blanches épaules, battaient des mains toutes les fois que Salvi se faisait entendre. Un soir cependant--on jouait la Lucia--un murmure s'élève dans la salle; on s'agite, on trépigne, et les sifflets retentissent. Qu'est-ce? qu'y a-t-il? La cavatine! la cavatine! s'écrie de tous côtés le parterre; et Salvi de regarder le public d'un air ébahi. La cavatine! répète-t-on avec plus de violence. Salvi témoigne par sa pantomime, qu'il ne comprend rien à ce vacarme; puis il fait trois respectueux saluts, se retire dans la coulisse et la toile tombe.
Dans la salle, le bruit était effroyable; il n'y a rien de tel que les Allemands, quand ils s'y mettent; c'est l'histoire du mouton enragé.
Un homme, cependant, s'introduisait dans la loge où Salvi était déjà occupé à filer son rouge et son costume de théâtre; c'était sans doute le même homme qui avait eu avec le feuilleton l'entretien que nous avons raconté plus haut. Le personnage intime à Salvi l'ordre de chanter la cavatine réclamée par le parterre; Salvi répond qu'il ne sait de quelle cavatine on veut lui parler; puis, d'explication en explication, il devine enfin qu'il s'agit d'un air ajouté à la partition de la Lucia par le virtuose qui tenait son emploi l'année précédente, air qui avait fait fureur. «Mais je ne sais pas cet air, dit Salvi.--N'importe, vous le chanterez.--Je ne le connais même pas!--Chantez toujours, sinon vous aurez à sortir de la ville dans les vingt-quatre heures.» Ainsi s'expliqua l'autorité paternelle. Salvi tint bon, et le lendemain il quittait Vienne par le faubourg de Léopoldstadt, chantant à plein gosier sans doute; O Lucia inamorata! comme un oiseau échappé qui gazouille dans l'air libre.
Pour en revenir à la querelle de M. Janin el de M. Alexandre Dumas, on sait de quelle agréable façon elle s'est terminée; M, Jules Janin, qui avait montré beaucoup d'esprit dans sa réplique, s'en est bien repenti dans un article suivant; et aussitôt M. Alexandre Dumas, ce foudre de guerre, a mis bas les armes; on a vu, spectacle touchant, les deux adversaires, occupés depuis trois semaines à se faire les déclarations les moins amoureuses et à se regarder d'un air dévorant, se sourire tout à coup, et déclarer, par la plume de M. Janin, qu'ils professaient l'un pour l'autre la plus parfaite estime. Pourquoi donc s'injurier si fort et si longtemps, quand on est si dignes de s'entendre? Il faut espérer qu'une autre fois M. Alexandre Dumas et M. Jules Janin commenceront par où ils ont fini, par s'embrasser. Ce sera une économie toute claire.
Ce beau duel à la pointe de la plume, qui a fait diversion aux grandes chaleurs du mois d'août, aura eu du moins l'avantage de mettre au jour le dévouement du valet de chambre de M. Jules Janin; cet estimable domestique est digne maintenant de figurer dans l'histoire des chiens de Terre-Neuve et des caniches à l'épreuve. Voici un trait de sa façon, qui justifie la colonne que nous dressons ici à sa fidélité.
C'était le jour où M. Alexandre Dumas voulait, à toute force, avaler M. Jules Janin tout cru; il le cherchait malheureusement partout où il n'était pas; de leur côté, ses témoins s'étaient mis en campagne; l'un d'eux, M. le duc de Guiche, arrive enfin rue de Vaugirard, et sonne à la porte de l'auteur de l'Ane mort; quelqu'un ouvre; c'était l'excellent Frontin en question.
M. le duc de Guiche.--M. Jules Janin?
Frontin, flairant l'odeur de témoins.--Monsieur n'y est pas.
Le duc.--Où est-il?
Frontin.--Il est sorti.
Le duc.--Pour longtemps?
Frontin.--Pour très-longtemps.
Le duc.--Quand rentrera-t-il?
Frontin.--Jamais!
Certes, voila un jamais qui l'emporte de beaucoup sur tous les qu'il mourût! du monde. C'est du sublime pur.
Un matin, il était décidé qu'on irait sur le terrain. Restait le point en litige, le choix des armes. «Nous nous battrons à l'épée,» dit M. Alexandre Dumas à son adversaire.--«Vraiment non, réplique M. Jules Janin; j'ai deux ans de salle, et je sais un coup d'abattage auquel vous n'échapperiez pas. Battons-nous au pistolet.--Ah bien oui! à trente-cinq pas je vous tuerais net comme une mouche!»
Ils ne se sont tués, Dieu merci, ni l'un ni l'autre, et ils ont eu raison. Ce qui convient à M. Jules Janin, c'est d'abattre autant qu'il pourra de bons feuilletons et non des poitrines d'homme; et M. Alexandre Dumas a bien mieux à faire que de tuer des mouches à trente-cinq pas; qu'il mette au monde de beaux drames et d'excellentes comédies, pour faire bien vite oublier les Demoiselles de Saint-Cyr et tout ce bruit inutile, irréfléchi, malheureux, qui leur a servi de cortège!
--Tout à l'heure nous racontions les mésaventures de Don Pasquale en Autriche. Vienne, on l'a vu, n'a goûté que médiocrement les charmes de sa mélodie. Est-ce la faute de Vienne ou la faute de la mélodie? Nous ne discuterons pas ici ce point important, de peur que le gouvernement de S. M. l'empereur d'Autriche n'y trouve à redire, et que M. de Metternich n'envoie une déclaration de guerre à la France, si mieux elle n'aime trouver Don Pasquale une oeuvre excellente, admirable, parfaite. Je connais trop la témérité et l'ardeur belliqueuse de nos ministres pour les engager dans un tel conflit.
Mais si Don Pasquale a rencontré des adversaires sur les bords du Danube, Maria di Rohan n'y a trouvé que des amis et des bravos. Maria a pris la revanche de Don Pasquale et consolé M. Donizetti. Le Théâtre-Italien nous promet pour la prochaine saison cet opéra si fêté. Paris n'est pas toujours de l'avis de tout le monde, c'est un sultan fantasque qui aime à briser les statues élevées ailleurs au milieu des acclamations unanimes. Plus d'une fois il a pris des couronnes tout fraîchement cueillies à l'étranger, et les a brisées, en riant, de sa main capricieuse. Nous verrons ce qu'il fera de la touchante Maria.
M. Donizetti se dispose à un hiver prodigue; outre Maria pour la scène italienne, nous aurons un grand opéra en cinq actes de sa façon, Don Sébastien de Portugal, que l'Académie Royale de Musique prépare à grands frais. Cinq actes ici et deux là, ce serait quelque chose pour un autre; mais pour M. Donizetti ce n'est rien; le maestro ne s'inquiète pas de si peu. Les notes coulent de sa veine avec une inépuisable abondance. Voulez-vous un opéra de Donizetti en deux, en trois, en cinq actes, ou voulez-vous un, deux, trois, quatre, dix? tournez le robinet; et tout est dit.
Les lauriers de M. Donizetti empêcheraient-ils M. Castil-Blaze de dormir? Voici ce terrible critique musical qui passe tout à coup de la théorie à la pratique; il tient fabrique d'opéras et menace d'en inonder Paris et la banlieue. M. Castil-Blaze ne lésine pas sur la marchandise: l'intrépide fait tout lui-même, musique et paroles. Après une lutte à outrance contre les théâtres et les directeurs, M. Castil-Blaze est enfin parvenu à mettre au jour un enfant de sa double fécondité, oint par lui et baptisé du nom original de Pigeon vole. Hélas! l'enfant n'a pas eu longue vie, il est mort au berceau, dès son premier pas, et jamais mort n'a excité une hilarité plus générale;--ce n'est pas Pigeon vole qu'il fallait dire, murmurait le public en sortant, mais le vol au pigeon.
--Cette disgrâce n'a pas abattu la résolution de M. Castil-Blaze: il nous promet encore quelque oiseau rare. M. Castil-Blaze a plus d'un pigeon en cage.
--On annonce le retour de M. Scribe, qui était allé refaire sa santé aux Pyrénées, et qui en revient avec une comédie en cinq actes. Mademoiselle Rachel, de son côté, arrivera bientôt de Chamouny et du Montauvert; Phèdre s'est abritée sous le chalet: elle a bu du lait pur et marché sur la mer de glace; c'est un régime bien tiède pour la brûlante fille de Minos et de Pasiphaé!
Mais si nous recouvrons mademoiselle Rachel, mademoiselle Esther nous quitte; dans son genre, mademoiselle Esther n'est pas moins célèbre que mademoiselle Rachel.--Qui ne connaît mademoiselle Esther du théâtre des Variétés, ou n'a eu envie de la connaître? L'École de Droit en raffolait, l'École de Médecine en perdait la tête; de quoi rêvait l'École Polytechnique? de mademoiselle Esther. Le commis-marchand lui tressait des couronnes, et le jockey-club a vidé en son honneur plus de bouteilles de vin d'Aï qu'il n'y a de pavés sur le boulevard Montmartre.
D'où venait la grande popularité de mademoiselle Esther?
--Et pourquoi ne le dirais-je pas? Messieurs les sergents de ville ne sont pas là pour m'en empêcher. Mademoiselle Esther a introduit au théâtre le style débardeur et..... le cancan.
Voilà ce qui l'a fait adorer de ses contemporains.
Au moment où j'écris ces lignes, mademoiselle Esther a quitté Paris et la France; elle a compris qu'il était temps d'exporter ses doctrines en Europe et de faire de la propagande; mademoiselle Esther part pour la Russie, pays encore sauvage, comme chacun sait. L'influence de mademoiselle Esther ne tardera pas à se faire sentir dans l'empire des czars et à le civiliser. Bientôt la Russie s'habillera en débardeur et dansera... ce que vous savez.