PAR M. RAGGI.

Depuis quelques années, nos principales villes ont à l'envi consacré des monuments à la mémoire de leurs grands hommes. Nous avons vu successivement s'élever les statues de P. Corneille et de Boïeldieu à Rouen, de Kléber et de Gutenberg à Strasbourg, de Jean Bart à Dunkerque, de Hoche à Versailles, d'Ambroise Paré à Laval, de Nicolas Poussin aux Andelys, de Racine à la Ferté-Milon, de Lannes à Lectoure, etc. Albi vient de rendre la même justice à l'un de ses plus illustres enfants, Jean-François Galaup de Lapérouse. Sa statue, exécutée par M. Raggi, fondue en bronze dans les ateliers de M. Saint-Denis, est exposée au centre de la cour du Louvre, d'où elle partira dans un mois pour être solennellement inaugurée.

Statue de Lapérouse, par M. Raggi,
exposée dans la cour du Louvre.

Lapérouse, par ses talents et par son malheur, méritait l'hommage de ses concitoyens, et la France entière s'y associera. C'est le plus populaire de tous nos navigateurs; sa mystérieuse destinée a consolidé la gloire que lui avaient acquise ses observations nautiques, et la mort qu'il trouva sur les écueils de la Polynésie lui fut une garantie d'immortalité. Né en 1741, garde de la marine à quinze ans, Lapérouse avait prouvé autant de capacité que de courage en diverses expéditions contre les Anglais. Louis XVI, en 1785, lui confia les frégates la Boussole et l'Astrolabe pour un voyage de découvertes. Il partit le 1er août 1785, et donna de ses nouvelles jusqu'au 7 février 1788. Pendant trois ans, on put suivre ses traces, frémir de ses dangers, applaudir à ses explorations; puis il disparut tout à coup; son sort demeura longtemps un problème, et ce ne fut qu'en 1828, après bien des indices vagues, bien des recherches infructueuses, que les débris de son naufrage furent recueillis par M. Dumont d'Urville dans les îles Malicolo.

Il est à regretter que la plastique n'ait pu grouper autour de la statue de Lapérouse assez de symboles, d'emblèmes caractéristiques pour raconter aux yeux sa vie et sa mort. Son image est conçue comme celle de tant d'autres marins; il tient de la main droite une longue-vue, et la main gauche est posée sur une carte géographique que supporte le fût d'un mat brisé; la tête a de la noblesse en dépit des ailes de pigeon; les plis du manteau sont sévèrement agencés; les mains, surtout la gauche, sont modelées avec soin.

Cette statue est la sixième du même genre qu'exécute M. Raggi, auteur du Montesquieu, de Bordeaux; du Bayard, de Grenoble; du Henri IV, de Neyrac, de celui de Pau, et d'une statue équestre de Louis XIV, destinée à la ville de Rennes. Ce sera un nouveau titre pour ce sculpteur émérite, qui, déjà six fois candidat à l'institut, se présente pour recueillir l'héritage de M. Cortot.