Bulletin bibliographique.
Lettres sur la Russie, la Finlande et la Pologne: par M. X. Marmier, auteurs des Lettres sur le Nord et sur la Hollande. 2 vol. in-18.--Paris, 1843. Delloye. 3 fr. 50 c. le vol.
M. X. Marmier s'est épris d'une véritable passion pour le nord de l'Europe. Depuis plusieurs années il a beaucoup écrit sur l'Islande, sur le Nord, sur la Hollande, et il continue encore ses études littéraires et historiques, «si douces à poursuivre, dit-il, qu'il oublie de les achever.» la Russie, la Finlande et la Pologne sont les huis contrées septentrionales qui lui ont, cette année, fourni l'occasion d'entretenir une active et intéressante correspondance avec des hommes d'État, des ministres, des poètes, des littérateurs. Qu'on ne cherche pas dans ces nouvelles lettres des impressions de voyages imaginaires, des anecdotes vulgaires racontées avec un esprit commun, des catalogues d'objets matériels, une érudition factice et ridicule, des descriptions trop vivement colorées, des observations plus piquantes que vraies. M. X. Marmier a évité avec bon sens et avec goût les défauts que la critique reproche si justement à MM. A. Dumas, Victor Hugo, Th. Gautier, de Custine, etc. Son talent, calme et pur, est en harmonie avec le caractère des contrées vers lesquelles il se sent toujours attiré. Qui ne deviendrait dans certains moments un peu rêveur «sur ces plages mélancoliques, au bord de ces lacs limpides voilés par l'ombre des pâles bouleaux, au milieu de ces simples et honnêtes tribus, si fidèles encore à leur nature primitive et à leurs moeurs patriarcales?»
Parti de Stockholm au mois de mai 1842, M. X. Marinier relâche d'abord aux Iles d'Alant; puis, ayant débarqué à Abo, il se rendit par terre à Helsingfors. Quatre de ses lettres sont consacrées à la Finlande. Après avoir raconté longuement la fondation de l'université d'Abo, transportée depuis à Helsingfors, après être entré dans des détails minutieux sur l'organisation intérieure et les progrès de cette université, M. X. Marmier s'attache à faire connaître à ses lecteurs la littérature finlandaise ancienne et moderne. Il analyse ou traduit tour à tour les vieilles épopées nationales, le Kalevala et le Kanteletar, on les chefs-d'oeuvre des poètes contemporains dont les noms étaient demeurés presque complètement inconnus en France, Choraens, Franzen et Runeberg,--Le 3 juin il s'embarque à Helsingfors sur un navire à vapeur, longe les côtes du golfe de Finlande et va débarquer à Vibord, d'où il gagne Saint-Pétersbourg en poste.
M. X. Marmier ne fit qu'un court séjour à Saint-Pétersbourg et à Moscou; aussi deux lettres lui suffisent-elles pour décrire leur aspect général et leurs principales curiosités; mais il avait su mettre à profit le temps qu'il venait de passer dans les deux capitales de la Russie. Non content de décrire ce qu'il a vu, il raconte ce qu'il a lu, ce qu'il a entendu. Le couvent de Troitza et le clergé; noblesse, administration et servage; chants populaires, littérature moderne; tels sont les titres de quatre autres lettres consacrées à la Russie et adressées à M. de Lamartine, à M. Michelet, à M. Edilestand du Meril et à M. Amédée Pichot.
En quittant la Russie, M. X. Marmier se rendit en Pologne, dont il visita aussi les deux anciennes capitales, Varsovie et Cracovie. Il nous donne sur l'état actuel de ce malheureux pays du si tristes détails, que nous ne nous sentons pas même le courage d'en faire l'analyse. «Heureusement, s'écrie-t-il en terminant, au fond des souffrances humaines, le ciel, dans sa commisération, a laissé l'espérance. C'est là le dernier sentiment de consolation qui reste aux Polonais, à ceux qui gémissent sur les ruines de leur patrie, et à ceux qui la regrettent sur les rives étrangères.»
«Ce livre, avait dit M. X. Marmier dans sa préface, est le résumé de ce que j'ai pu apprendre, recueillir dans une contrée où il y a tant de choses à apprendre et à recueillir. L'impartialité que j'apportais dans mes observations, j'ai taché de la conserver dans mon récit. Entre les flatteurs officiels de la Russie qui pour elle, épuisent les formules de la louange, et les hommes indépendants, mais parfois trompés, qui ne considèrent que ses vices grossiers, ses vestiges de barbarie et son outrecuidance, il reste encore une assez large place pour ceux qui ne cherchent qu'à voir cet empire tel qu'il est, dans son luxe désordonné et sa misère profonde, dans l'audacieux élan de sa pensée et les lourdes entraves de son état politique et social. C'est cette place que j'ambitionnais; car sur les places du golfe de Finlande comme sur les rives de la Neva, à Moscou comme à Varsovie, je ne voulais obéir qu'à un sentiment de coeur et de conscience, je ne voulais faire qu'un livre loyal et sincère.»
Philosophie sociale de la Bible; par l'abbé F.-B. Clément. 2 vol. in-8.--Paris, 1843. Paul Mellier. 15 fr..
La Philosophie sociale de la Bible, que vient de publier l'abbé F.-B. Clément, se divise en deux grandes parties: La première, sous le titre de Mosaïsme, traite des principes de stabilité avant le Christ, et plus spécialement de la législation juive; la seconde, sous le nom de Christianisme, comprend l'analyse et l'application raisonnée des principes sociaux dérivés de la pensée chrétienne. Cette division ainsi expliquée, M. F.-B. Clément expose lui-même, dans les termes suivants, le but et les résultats de son ouvrage.
L'auteur, dit-il, s'est demandé d'abord s'il n'v aurait pas dans le monde moral, aussi bien que dans le monde physique, une loi universelle établie pour coordonner et diriger les êtres moraux, comme il y a dans le monde des corps une grande et unique loi qui préside à la reproduction et à l'arrangement harmonique des êtres matériels. Cette première idée est jetée en avant dans une courte introduction destinée surtout à rappeler le besoin des croyances en général.
Pour découvrir une loi, il faut étudier le phénomène ou l'être, car la loi en relation suppose l'être préexistant. Puisqu'il s'agit de trouver la loi de l'homme, c'est lui d'abord qu'on doit examiner attentivement. Ici, l'auteur se sépare de tous les systèmes philosophiques et prend son point de départ dans la Bible. Il pense avec raison (c'est M. l'abbé Clément qui parle) que le livre qui donne de la nature divine les notion les plus saines et les plus pures, peut fournir aussi la meilleure definition de l'homme. Il interroge donc la bible, et à la question: Qu'est-ce que l'homme? la Bible répond que c'est une créature faite à l'image et à la ressemblance de Dieu.
Un voit par cette définition que la raison de l'homme, c'est-à-dire ce qui fait qu'il est tel et pas autre chose, consiste dans sa ressemblance avec la divinité; donc il y a trois dans l'homme comme en Dieu: la puissance ou force, correspondant au père; le verbe ou l'entendement, au fils, et le sens, à l'esprit. Le moi humain n'est pas l'unité simple, mais une société indivisible, car l'homme converse avec lui-même; il s'interroge et se répond. Deux de ces trois termes ou éléments du moi, la puissance et le sens, produisent la variété, taudis que le troisième, le verbe, donne l'unité, l'union, la fusion. En d'autres mots, deux termes fournissent la différence, et un seul la ressemblance. Or, la loi la plus générale des êtres ne peut consister dans leurs caractères différentiels, mais dans celui de ressemblance qu'ils ont entre eux. Le verbe sera donc appelé à donner la loi générale du genre humain.
Le désordre originel survenu dans le développement des éléments constitutifs du moi fournit l'explication de la société ancienne. La perturbation de la petite société individuelle grandissant avec l'humanité, amène les gouvernements par la force brutale et l'anarchie après leur chute. L'union est impossible, parce que l'élément de fusion n'a pas reçu son développement légitime.
Un seul peuple sort de la loi commune; il démêle parmi les ruines du monde moral quelques restes précieux des traditions primitives, se construit un symbole invariable, et parvient ainsi à traverser, sans se perdre, les temps obscurs de la sensualité et de l'ignorance. On reconnaît ici la race d'Abraham. L'auteur, mettant de côté pour le moment le merveilleux de l'histoire juive, s'attache à l'examen analytique de l'ancienne loi, montre la sagesse des principales dispositions du culte mosaïque, et conclut que l'union seule donne et assure lu vie nationale et la liberté.
Les derniers chapitres de cette première partie sont consacrés à traiter du merveilleux et de la parole. Afin de conserver au raisonnement l'unité et la suite nécessaires, l'auteur a renvoyé à la fin du volume ces deux questions importantes, qu'il envisage particulièrement sous le point de vue social. Le merveilleux ou miracle est destiné plutôt à l'homme multiple qu'à l'individu; il complète ce que l'homme ne peut faire par lui-même; c'est le moyen extra-naturel tenu en réserve pour les circonstances extraordinaires. La parole est avant tout le véhicule de la vérité; elle se développe avec la vérité; mais l'erreur se mêle aussi à ce développement. Fidèle au principe qu'il s'est pose lui-même en parlant des croyances traditionnelles contenues dans la Bible, l'auteur ne pouvait faire du langage une institution purement humaine, comme il plaît à quelques-uns. C'est au ciel qu'il remonte pour trouver la première parole et en même temps la première vérité.
Le rétablissement de l'ordre, trouble au commencement, ne peut être la continuation des systèmes sociaux anciens. A l'exception du mosaïsme, tous se résumaient dans l'usage de la force. Quand la force fait la loi, il n'y a point de liberté. Or, le christianisme, c'est la réparation, la rédemption, la délivrance. Il est donc appelé à renouveler non-seulement l'homme individuel, mais encore l'homme social. C'est ici qu'il faut pénétrer dans la pensée chrétienne pour en extraire les vrais éléments de sociabilité, et montrer que le christianisme est éminemment l'union, la fusion de tous les êtres moraux; que c'est la variété au sein de l'unité, mais non l'unité dans la variété. L'union produit la véritable force; elle consacre la liberté, car un être vraiment fort est toujours libre. De la, il suit que la tyrannie n'est jamais au pouvoir d'un seul homme, que les peuples eux-mêmes fondent le despotisme en se divisant; il suffit, pour s'en convaincre, de voir l'autocratie levant la tête au-dessus des peuples hostiles à l'unité chrétienne, tandis que la liberté grandit et se développe au sein des nations assez heureuses pour avoir conservé cette unité.
La liberté n'est donc pas le résultat logique de telle ou telle forme de gouvernement; elle est fille de la vérite qui réunit; lu tyrannie est enfantée par l'erreur qui divise. Cependant tous les esprits étant unis par la vérité, l'union une fois solidement établie, la meilleure forme gouvernementale sera toujours celle qui représentera le mieux l'unité. En somme, l'auteur s'attache à prouver non-seulement que le christianisme complet n'est pas contraire à la liberté des peuples, mais que cette liberté n'est possible qu'au sein du christianisme; que le règne de la liberté lui retarde en proportion des obstacles opposés au développement légitime et naturel du christianisme.
Enfin, après avoir puisé dans la doctrine du Christ les vraies notions de la foi et du droit, l'auteur conclut que Dieu et l'humanité ne fournissant que deux relations, celle de supériorité de Dieu sur les hommes, celle d'égalité entre les homme, il n'y a point de forme gouvernementale meilleure que celle qui consacre cette double relation de supériorité et d'égalité. Or, le christianisme complet se résume dans l'égalité des hommes sous la loi ou supériorité divine, dès que cette supériorité se pose comme base fondamentale d'un système législatif, il se dessine une double forme de gouvernement: la monarchie et l'aristocratie, également chrétiennes, parce qu'elles découlent l'une et l'autre de l'unité du principe.
Comme on le voit par cette analyse que nous lui avons fidèlement empruntée, M l'abbé Clément croit que le dix-neuvième siècle doit chercher dans la Bible seule «un véritable système de philosophie, c'est-à-dire un corps de doctrines intimement liées, logiquement déduites, et toutes en rapport avec la nature de l'homme consideré sous le triple point vue de l'être moral, politique et religieux» Ce n'est pas ici le lieu de combattre celles des assertions de M. l'abbé Clément qui nous paraissent contestables; nous devons nous borner, dans ce bulletin, à faire connaître à nos lecteurs le but principal que se propose l'auteur de la Philosophie de la Bible, et les moyens à l'aide desquels il espère l'atteindre. Quel que soit l'avenir réservé à ses théories, il n'en aura pas moins publié un ouvrage aussi remarquable par la forme que par le fond, et digne de l'attention et de l'estime particulières de tous les esprits sérieux.
Éléments de Géographie générale, ou Description abrégée de la terre, d'après ses divisions politiques, coordonnée avec ses grandes divisions naturelles, selon les dernières transactions et les découvertes les plus récentes; par Adrien Balbi. 1 vol. in-18 de 600 pages, avec 8 cartes.--Paris, 1843, Jules Renouard. 15 francs.
Un traite de Géographie moderne, quelque élémentaire qu'il soit, doit offrir, selon M. Balbi, trois divisions principales, correspondantes aux trois points de vue principaux sous lesquels la géographie considère la terre; savoir; comme corps céleste, faisant partie du système solaire; dans sa structure, et comme séjour des êtres organises et de l'homme en général; enfin, comme habitation des différents peuples formant les États qui se partagent sa surface.
Les Éléments de Géographie généraux que vient de publier M. Balbi se divisent donc en deux parties distinctes: la partie des principes généraux, qui embrasse les deux premières divisions de la science, et la partie descriptive, qui comprend la troisième.
Dans la première, qui est de beaucoup la moins étendue, M. A. Balbi expose en dix chapitres toutes les notions les plus indispensables que la géographie emprunte à l'astronomie, aux mathématiques, à la physique, à l'histoire naturelle, à l'anthropologie et à la statistique, Un de ces chapitres est entièrement consacré aux définitions qui, en géographie, comme dans toutes les autres sciences, doivent toujours précéder l'exposition des théorèmes ou des faits.
La partie descriptive est partagée en cinq grandes sections, correspondant aux cinq parties du monde. Chaque section se subdivise en géographie générale et en géographie particulière. La géographie générale offre, pour chaque partie du monde, la géographie physique et la géographie politique, en donnant leur, éléments principaux dans les articles: position astronomique, dimensions, confins, mers et golfes, détroits, caps, presqu'îles, fleuves, caspiennes, lacs et lagunes, îles, montagnes, plateaux et hautes vallées, volcans, plaines et vallées basses, déserts, steppes et landes, canaux, routes, chemins de fer, industrie, commerce, superficie, population absolue et relative, ethnographie, religions, gouvernements, divisions. La géographie particulière comprend autant de chapitres qu'il y a de grands États ou de grandes régions géographiques à décrire. Leur description se compose des articles suivants; position astronomique, confins, fleuves, topographie, et, pour les États qui ont des possessions hors d'Europe, possessions. Un tableau statistique complète la description de chaque partie du monde, en offrant dans ses colonnes le titre de chaque État, sa superficie, sa population absolue et sa population relative.
Cette courte analyse suffit pour prouver que les Éléments de Géographie, «miniature de son Abrégé,» comme les appelle M. A. Balbi, ne sont que l'Abrégé lui-même, considérablement diminué, corrigé et augmenté dans certaines parties, et mis à la portée de toutes les intelligences et de toutes les fortunes. M. A. Balbi n'a pas la prétention d'offrir au lecteur un ouvrage parfait; mais, par le soin qu'il lui a donné, il se flatte que, malgré son cadre resserré, il a évité l'omission de tout point général d'une véritable importance, comme aussi il croit avoir renfermé dans le plus petit espace possible le plus grand nombre de faits géographiques dont l'ensemble constitue la science dans son état actuel.
Mémoires de madame de Staël (Dix Années d'Exil), suivis d'autres ouvrages posthumes du même auteur. Nouvelle édition, précédée d'une Notice sur la vie et les ouvrages de madame de Staël; par madame Necker de Saussure. 1 vol. in-18 de 600 pages.--Paris, 1843. Charpentier. 3 fr. 50 c.
L'ouvrage posthume de madame de Staël, publié sous le titre de Dix années d'Exil se compose de fragments de mémoires que l'illustre auteur de Corinne se proposait d'achever dans ses loisirs, et n'embrasse qu'une période de sept années, séparées en deux parties par un intervalle de près de six années. En effet, le récit, commencé en 1800, s'arrête en 1804 recommence en 1810 et s'arrête brusquement en 181 2.--si incomplet, si passionné, si injuste qu'il soit, cet ouvrage excitera toujours un vif intérêt. La première partie est un pamphlet politique contre Napoléon, «destiné à accroître l'horreur des gouvernements arbitraires.» comme l'espère M. de Staël fils dans sa préface; la seconde, une relation détaillée des voyages de madame de Staël en Suisse, en Autriche, en Pologne, en Russie et en Finlande. Outre Dix années d'Exil, le nouveau volume que vient de publier M. Charpentier renferme notice d'environ 200 pages sur la vie et les ouvrages de madame de Staël par madame Necker de Saussure; l'éloge de M. Guibert; neuf pièces de vers et des essais dramatiques, ***** dans le désert, scène lyrique; Geneviève de Brabant, drame en 3 actes et en prose; la Nanumate drame en trois actes et en prose; le Capitaine Kersadec, ou Sept Années en un Jour, comédie en deux actes; ******** et le Mannequin, proverbes dramatiques, et S*****, drame en cinq actes et en prose.
[Note du transcripteur: les astérisques indiquent des caractères complètement délavés dans le document électronique qui nous a été fourni.]