Simulacre d'un Combat Naval dans la Rade de Brest.
Simulacre d'un combat naval dans la rade de Brest, en
présence du duc et de la duchesse de Nemours, le 30 août 1843.
La nature a créé à Brest une admirable position maritime, l'art en a fait un des premiers ports de la terre. Les anciens habitants de l'Armorique, Kimris on Celtes, appelaient ce lieu Occismor; les Romains lui donnèrent le nom de Brivatis-Portus. Ce n'était alors qu'une pauvre bourgade de pêcheurs. Les ducs de Bretagne y construisirent un château-fort au neuvième siècle, et dès lors elle prit de l'importance. Le cardinal de Richelieu comprit toute la valeur militaire de ce point avancé et s'empressa d'y élever des magasins, des fortifications et d'y faire creuser un porté Louis XIV termina, en les développant encore, tous les plans de Richelieu. Depuis, de nombreux travaux sont venus s'ajouter aux travaux précédents, et qui fait de Brest la métropole de la marine française.
La magnifique rade de Brest a quinze lieues carrées; elle offre d'excellents mouillages et pourrait contenir tous les navires de guerre du globe; des collines granitiques l'entourent et l'abritent complètement; son entrée, nommée le Goulet, n'a que 1,650 mètres de largeur; le port est formé par une baie qui s'enfonce entre deux collines et qui a près de 4 kilomètres de longueur sur une largeur moyenne de 60 mètres. C'est autour de ce port qu'ont été creusés les bassins, les cales de construction et de radoub, et que sont situés les magasins de la marine, l'arsenal et enfin la ville. De formidables batteries défendent la rade, le port et la ville.
Le 29 août, à quatre heures de l'après-midi, le duc et la duchesse de Nemours arrivèrent à Brest. Depuis leur entrée en Bretagne ils avaient été escortés, de ville en ville et de village en village, par un grand nombre d'habitants, dans leurs costumes nationaux si caractéristiques, si bizarres, les uns à pied, d'autres montés sur les petits chevaux vifs et ardents du pays.
Le 30, à dix heures du matin, le duc de Nemours s'embarqua sur le bateau à vapeur le Fulton et sortit du port. Les batteries de terre saluèrent le prince, tous les navires de la rade se pavoisèrent aussitôt; les vergues et les haubans se chargèrent de matelots; le Fulton passa au milieu d'eux, recevant les saluts de l'artillerie, les vivat des équipages, et se dirigea vers le Goulet. Après une bordée de plusieurs heures en dehors de la rade, vers l'île d'Ouessant, le Fulton rentra et le prince monta sur le Suffren, où la duchesse de Nemours venait d'arriver. Le contre-amiral Casy avait son pavillon à bord de ce vaisseau; son escadre était composée du Friedland, vaisseau à trois ponts; du Scipion, de 80; du brick de guerre le Voltigeur et de plusieurs bateaux à vapeur; il y avait de plus, en rade, le vaisseau-école et plusieurs corvettes destinées à l'instruction des élèves de marine et des mousses.
Peu après l'arrivée du prince, à un signal fait à bord du Suffren, les embarcations des trois vaisseaux de ligne se détachent et se dirigent sur le brick le Voltigeur, à l'ancre sur un autre point de la rade. Ces onze chaloupes se divisent en deux flottilles; l'une d'elles, conduite par la grande chaloupe du Friedland, armée d'une caronade et montée par quarante-cinq hommes, se porte sur l'arrière du brick pour éviter le feu de sa batterie; l'autre flottille, guidée par la chaloupe du Scipion, s'avance vers l'avant du Voltigeur. A l'approche de ces embarcations, le brick fait branle-bas de combat, hisse ses filets d'abordage et ouvre le feu avec ses pièces de l'avant et de l'arriére. Les chaloupes approchent toujours et répondent au feu du brick. A une portée de fusil, le feu de la mousqueterie se mêle à celui du canon; les gabiers des hunes lancent du brick des grenades sur les assaillants; le combat redouble de vivacité, la fumée cache le Voltigeur aux autres navires de la rade. On devait aller jusqu'à l'abordage, mais l'animation des hommes, qui commençaient à prendre ce jeu au sérieux, fit juger prudent de s'abstenir du combat corps à corps; les chaloupes reçurent l'ordre de virer de bord et de regagner leurs vaisseaux.
Après quelques instants de repos, la fumée s'étant dissipée et les chaloupes ayant rejoint leurs navires respectifs, l'équipage du Suffren exécuta rapidement le branle-bas de combat. Ce mouvement terminé, tous les officiers et marins étant à leur poste, dans les batteries et dans les hunes, le porte-voix du commandant fit entendre l'ordre du combat; le sifflet aigu du maître d'équipage répéta le signal, et les batteries de tribord et de bâbord commencèrent leur feu. Après plusieurs décharges, la cloche se fit entendre et l'équipage se prépara à repousser l'abordage d'un vaisseau ennemi; les marins s'élancèrent dans les haubans, sur les bastingages, sur la dunette, et exécutèrent un feu nourri de mousqueterie; la corvette des élèves de deuxième année passait alors sous toutes voiles à portée de pistolet du Suffren.
Après ces divers exercices, à trois heures de l'après-midi, le duc et la duchesse de Nemours débarquèrent, visitèrent le château et sa salle d'armes si riche et si belle; ils se rendirent ensuite au cours d'Ajot, d'où ils eurent la vue d'une joute entre les chaloupes des navires de guerre. La beauté du temps, le calme de la mer ajoutèrent encore à l'intérêt qu'offrait cette scène.
Le 31, le duc de Nemours visita le port et les établissements de la marine, il visita le Valmy, vaisseau de trois ponts en construction. Le soir, un bal de 3,000 personnes eut lieu dans une salle immense. Les villages voisins y avaient envoyé des danseurs et des danseuses en costumes du pays, avec leurs bannières et leurs musiciens; cette variété d'habillements et l'exécution de danses nationales donnèrent à cette réunion une physionomie particulière.
Le 1er septembre, après la visite des fortifications et la revue des troupes, le prince assista, du cours d'Ajot à un simulacre de débarquement; le soir, il eut, du même lieu, le spectacle curieux d'un combat naval de nuit. Cette scène termina la série de ces exercices militaires, qui ont donné à tous les spectateurs une haute idée de ce qui pourrait faire notre marine en cas de guerre.