Histoire de la Semaine.
A Paris, la politique en ce moment est toute parisienne. Dans trois jours, le 27, les électeurs des neuvième, dixième, onzième et douzième arrondissements, procéderont à l'élection de douze membres du conseil-général du département, chargés en même temps des fonctions de conseillers municipaux de la ville. Cette double mission est si importante, le budget de Paris, dont le vote et l'emploi sont remis à ces élus, est un si puissant moyen d'assainir et d'embellir la ville, d'améliorer la situation matérielle et morale de son énorme population toujours croissante, il serait si déplorable de ne pas voir faire de ces 50 millions annuels l'emploi le mieux entendu, qu'on s'explique facilement et l'empressement des candidats à venir solliciter les suffrages des électeurs et la sérieuse attention que ceux-ci semblent vouloir apporter à leurs choix. L'organisation du conseil municipal de Paris telle que la loi l'a constituée n'est pas bonne. Le fractionnement de l'élection par arrondissements n'est guère propre qu'à faire naître dans les délibérations des luttes de rues et des rivalités de quartiers. Les questions n'y sont pas toujours, par suite de ce morcellement électoral, vues d'assez haut et envisagées dans un intérêt assez général; plus d'un membre du conseil ne se regarde pas assez comme le représentant de la ville entière, et, pour mieux assurer sa réélection, se montre trop disposé à soutenir les prétentions souvent insoutenables du quartier qui l'a élu. Si l'on voulait absolument que chaque arrondissement nommât isolément et directement un ou plusieurs mandataires, il fallait du moins, pour combattre et détruire, s'il était possible, le fâcheux et étroit antagonisme qui en devait inévitablement résulter, faire entrer complémentairement dans le conseil un certain nombre de membres qui auraient été choisis par la liste générale des électeurs parisiens, et qui, par conséquent, en entrant à l'Hôtel-de-Ville, n'auraient pas cru avoir pour unique mandat l'établissement d'une borne-fontaine sollicitée par un électeur influent de leur quartier, ou le déplacement d'une station de fiacres demandé par un attire. Le législateur ne l'a pas fait: c'est aux électeurs parisiens d'y remédier en n'écoutant point l'esprit de coterie et les influences étroites, et en ayant en vue, avant tout, les grands intérêts de la population tout entière de la capitale.--Les dépêches extérieures nous apportent bien souvent, depuis quelque temps, la nouvelle d'insultes faites à nos agents ou à notre pavillon sur des points différents. Naguère c'était à Jérusalem, peu après c'était à Taïti, hier au Sénégal, aujourd'hui c'est à Tunis. Nous ne doutons pas que le ministère français n'en exige et n'en obtienne la réparation. Mais nous avouons que, malgré toutes les satisfactions, plus ou moins satisfaisantes, qui ont pu ou qui pourront nous être accordées, nous regarderions comme bien
Isabelle II, reine d'Espagne. préférable une attitude qui préviendrait de pareils jeux de la part des nations grandes ou petites qui se les permettent. La France doit être vengée, est sans doute un principe qu'on est quelquefois forcé d'appliquer; mais aussi exigeant que César à l'égard de sa femme, nous voudrions que la France ne fût pas même dans la nécessité de le faire, et nous croyons qu'il n'y a qu'à le vouloir fermement.--Les nouvelles d'Algérie ont été cette semaine peu concordantes. On a répandu encore le bruit, périodiquement répété, de la prise d'Abd-el-Kader, que des tribus nous auraient livré. Cette nouvelle ne s'est pas confirmée; mais ce qui est certain, c'est la défaite et la mort de son principal lieutenant, Sidi-Embarak-ben-Allah, dont la bande, atteinte, au sud-ouest de Tlemcen, par le général Tempoure, a eu 400 hommes tués et 500 faits prisonniers. Trois drapeaux ont été apportés à Alger.--En Espagne, après le premier effet produit par la tentative criminelle dirigée contre le général Narvaez, la lutte entre les progressistes et le parti qui se dit modéré, et que ses adversaires nomment contre-révolutionnaire, est redevenir plus vive et plus animée que jamais. Le ministère Lopez, qui s'était montré longtemps si complaisant pour ce dernier, lui est devenu suspect. Il avait bien consenti, sur la demande de Narvaez, à faire arrêter les rédacteurs des feuilles opposantes, comme devant ne pas être, étrangers à l'attentat de la rue de la Lune; mais il s'est refusé à faire emprisonner aussi un certain nombre de députés, comme soupçonnés également d'une pareille complicité morale et indirecte; de la grande colère du général, qui a répondu à la démission de MM. Lopez, Caballero, Serrano et de leurs collègues, par la remise de sa propre démission de capitaine-général à la reine, dans cette même main qu'il lui avait fait la veille donner à baiser à 1,700 officiers de la garnison de Madrid, après des banquets dans les casernes. Cette enfant est donc censée avoir à se prononcer entre les scrupules
Espagne.--M. Lopez, président du
conseil des ministres.
un peu tardifs de ses ministres et l'ambition toujours croissante du général. Le but de celui-ci est, dit-on, d'être appelé à composer lui-même un cabinet dans lequel il prendrait le portefeuille de la guerre, et de dissoudre les cortès, où la reine Christine ne compte pas assez d'adhérents. Voilà les complications nouvelles de la situation espagnole, plus incertaine par les intrigues dont Madrid est le théâtre, que par les luttes sanglantes qui, malgré la capitulation de Barcelone, affligent encore les provinces.--Beaucoup du bruits
vagues ont couru sur des événements qui seraient venus troubler le calme de la Sicile. On a dit dans quelques journaux que les troupes faisant l'exercice à feu sur la place de Palerme (le lieu était assez singulièrement choisi), un certain nombre de soldats se trouvaient, par mégarde, avoir des cartouches à balle, et que cette distraction, que d'autres expliqueront, aurait causé la mort d'un certain nombre d'hommes du peuple. On ne sait à ce sujet rien de bien précis, rien de bien officiel; toujours est-il que la Sicile paraît s'agiter, et que ces troubles, rapprochés de la prétention menaçante que l'Angleterre met en avant contre le roi de Naples à raison de la prise de possession de l'île de Lampeduse, font naître dans la position du ce monarque des complications dont la coïncidence peut être due au hasard, mais donnera, à coup sûr, lieu à bien des conjectures. L'une d'elles est que
Espagne.--M. Serrano, ministre
de la guerre. l'Angleterre veut et qu'elle obtiendra des concessions commerciales.--Dans les États romains, le calme n'est pas rétabli, et le gouvernement papal ne paraît pas disposé à le ramener par des concessions que les gouvernements les moins libéraux regardent néanmoins comme légitimes et indispensables. Il envoie dans les légations les agents dont le nom est le plus propre à inspirer la terreur, et sollicite de notre cabinet des mesures de rigueur contre onze réfugiés qui ont échappé à ses poursuites. Ceux-ci viennent d'adresser à M. Duchâtel une noble et respectueuse supplique, et il est difficile de croire que, pour complaire à ces exigences, on ne les laissera pas poursuivre en Corse une exploitation agricole qu'ils ont entreprise pour n'avoir à demander à la France que son hospitalité.
Espagne.--M. Caballero, ministre
de l'intérieur.
La cour d'Angleterre continue à rendre à M. le duc et à madame la duchesse de Nemours les gracieusetés qui avaient été faites au château d'Eu à la reine Victoria, et dont on vient de consacrer le souvenir en faisant frapper une médaille dont nous donnons aujourd'hui la gravure.--En Irlande, comme nous l'avions bien prévu et annoncé, le temps se passe en débats de procédure. La légalité de celle qui a été suivie est aujourd'hui en question, et avec elle le procès lui-même. Au point où en sont arrivés les embarras du ministère anglais, nous croyons qu'il se trouverait fort heureux de voir O'Connell mis hors de cause pour un vice de forme. Cela le délivrerait de la crainte de le voir plus tard acquitté par une déclaration de jury, qui rendrait bien difficile et bien peu probable le maintien du adouci.
Dans notre dernier numéro, nous avions eu à rapporter les affreux désastres que la fonte de neiges prématurée avait occasionnés dans les départements des Alpes et du Dauphiné. Aujourd'hui les journaux de Toulouse renferment les détails des épouvantables ravages qu'une trombe d'eau, qui a tout à coup rempli les torrents et qui en a créé de nouveaux, est venue exercer dans plusieurs communes des Hautes-Pyrénées. Nous ne les décrirons pas, parce que tous ces sinistres cruels se ressemblent, et que tous se résument en deux mots: la ruine et la mort.--Des avis du Cap-de-Bonne-Espérance, reçus à Londres, apprennent que ces parages ont éprouvé une violente tempête dans la nuit du 26 août et que l'on avait déjà constaté la perte, dans la baie d'Algoa, de quatre navires anglais d'une valeur de 8 à 10 millions de francs. Plusieurs personnes avaient péri dans ces sinistres, et l'on craignait bien d'apprendre que la violence de la bourrasque avait encore jeté d'autres navires à la côte.
En attendant que notre mission en Chine se détermine enfin à s'embarquer, les journaux anglais nous apprennent que les importations du la Grande-Bretagne dans le Céleste-Empire progressent tous les jours. Une des plus récentes, c'est celle de la pendaison. Un soldat cipaye, faisant partie du corps de l'armée anglaise; qui occupe l'île de Chusan, avait été condamné à mort par une cour martiale, pour avoir tiré un coup de fusil sur un sous-officier. Le jour fixé pour l'exécution, un gibet a été dressé, les troupes ont été réunies en carré; trois Chinois faisaient les fonctions d'exécuteurs. Un d'eux a décoiffé de son turban le soldat, qui professait la religion musulmane; un autre lui a couvert le front et les yeux avec un bonnet blanc, le troisième lui a passé la corde au cou, et tout trois l'ont ensuite lancé dans l'éternité. Une multitude de Chinois assistaient à ce spectacle, tout nouveau pour eux; ils ont été fort effrayés en voyant le patient suspendu et inanimé; la plupart ont pris la finie. Nous ne savons si l'amour-propre anglais aura la satisfaction de voir abandonner la strangulation et la décapitation pour ce nouveau mode de supplice.--Quant à nous, nous serions plus fiers de voir une association, qui compte déjà de nombreux souscripteurs, l'Oeuvre de la sainte Enfance, arriver à y détruire un usage exécrable que sa barbarie a fait longtemps révoquer en doute. Investis par leurs lois du droit de vie et de mort sur leurs enfants, les Chinois l'exercent dans toute son horrible étendue. Des rapports trop fidèles établissent qu'en trois ans la seule ville de Pékin a jeté 9,702 enfants à la voirie, sans compter ceux que des sages-femmes payées étouffent dans les bains d'eau chaude au sortir du sein maternel; sans compter ceux qui, exposée la nuit sur le pavé des rues, servent de pâture aux chiens et aux animaux immondes; sans compter ceux que l'avidité des marchands ramasse ou nourrit pour l'esclavage ou pour la débauche; sans compter, enfin, ceux qu'on jette dans les eaux: masse d'infanticides évaluée chaque année à 10,000 au moins par quelques voyageurs, à 30,000, au dire de Dumont-d'Urville. Une association vient, comme nous l'avons dit, de se former pour arracher à la mort cette coupe réglée de victimes. Elle s'est assurée de la faiblesse des moyens qui suffiraient pour conduire à un résultat si grand; tel est en Chine l'excès de la misère, qu'un enfant se vend 50 à 60 centimes. L'œuvre ne demande à chaque associé que 5 centimes par mois, et, moyennant cette faible offrande faite par un nombre d'associés tel qu'en peut fournir la France, elle se charge de recueillir les milliers d'orphelins abandonnés sur ces tristes plages. Plusieurs prélats viennent de publier en sa faveur des lettres pastorales.
Un usage que les Anglais auront encore à introduire en Chine, c'est celui des clubs. Les feuilles de Londres viennent de nous donner le catalogue des établissements de ce genre qui prospèrent dans cette ville. On n'en compte pas moins de vingt-cinq, non compris le fameux club du Beef-Steak, fondé en 1736, présidé par un des plus illustres ducs du royaume, où l'on ne mange d'autre viande que des tranches de bœuf grillé, arrosées seulement de punch et de vin de Porto. Cette énumération des richesses clubistiques de Londres a suggéré à un journal anglais les réflexions suivantes: «Les clubs ne sont pas aussi dangereux qu'on le craint ou qu'on se plaît à le répandre: 1° parce que ceux qui les fréquentent ont déjà fait leur fortune ou sont en voie de la faire; 2º parce qu'au lieu de vider, comme chez soi ou à la taverne, deux ou trois bouteilles d'un vin douteux, on est forcé par le décorum de n'en boire, au club, qu'un simple carafon qui est excellent; 3º parce que, si l'on y laisse parfois un peu de son argent, on n'y court pas du moins le risque d'être impitoyablement rançonné par des fripons; 4º parce qu'on n'y trouve que des gens d'un âge mur, dont toute la journée s'écoule au club, et que pour un jeune mari, si gourmand que vous le supposiez, un humble repas près de sa jeune femme est bien préférable à l'étiquette inséparable d'un dîner d'apparat; 5º parce qu'en Angleterre, l'esprit de dicision marche de pair avec l'esprit d'association; que les partis y sont tranchés, les opinions arrêtées d'avance, et qu'on n'y souffrirait qu'assez impatiemment, dans un salon, qu'un interlocuteur, si éloquent qu'il pût être, se permit de vouloir vous inculquer la sienne.»--La bonne intelligence paraît moins facile à maintenir dans une autre espèce de réunion que possède également en ce moment l'Angleterre: c'est la ménagerie de M. Wombwell, à Leeds. Dans une des cages se trouvaient deux beaux lions et deux léopards très-dociles. Ces quatre animaux avaient été habitués à vivre ensemble, et le propriétaire de la ménagerie se montrait au milieu d'eux à la manière de Van Amburgh ou de Carter. Pendant les repas, les lions et les léopards étaient séparés; la semaine dernière, ou a voulu essayer de leur faire prendre leur repas en commun. On jeta quatre lambeaux de viande dans la cage. A peine un léopard avait-il mis la patte sur un de ces lambeaux, qu'un des lions se rua sur lui et l'étendit mort d'un coup de griffe. Sans l'intervention du gardien, l'autre léopard eut été tué.
Il est aujourd'hui une question administrative dont chacun presse la solution et l'application à Paris; c'est l'organisation pour cette ville, devenue notre plus grand centre manufacturier, d'un conseil de prud'hommes. On n'est pas d'accord sur les éléments qui devront concourir à la formation de ce conseil; mais la nécessité de sa création est trop généralement reconnue pour qu'on ne finisse pas par trouver un terme moyen qui donne dans une certaine mesure satisfaction à tous les droits. Paris ne peut pas demeurer plus longtemps privé d'une institution dont les bons effets sont ressentis de tous les côtés. Nous avons en France soixante-quatre villes de fabrique qui possèdent des conseils de prud'hommes, ayant, comme on sait, pour mission de régler les contestations qui s'élèvent entre les fabricants, les chefs d'atelier, les ouvriers, compagnons et apprentis. Ces conseils ont, comme les juges de paix, le double caractère de conciliateurs et de juges. Ils sont institués en vertu du décret du 18 mars 1806, et régis par le même décret et par la loi du 3 août 1810. On trouve, dans le compte général de l'administration de la justice civile et commerciale pendant l'année 1841, que les conseils de prud'hommes de quarante-six villes manufacturières ont été saisis comme conciliateurs en bureau particulier, de 11,635 affaires; ils en ont concilié près des quatre cinquièmes. 2,029 ont été arrangées avant que le bureau particulier eût statué, et les autres renvoyées devant le bureau général pour être jugées. 238 de ces dernières ont été retirées avant le jugement, et 304 seulement ont été jugées. 230 des décisions intervenues étaient en dernier ressort, et 74 en premier ressort. Il a été interjeté sept appels. On sait que toutes ces affaires se traitent sommairement, sans frais et sans retard. Dans les chiffres que nous avons donnés ne sont point comprises les affaires jugées dans plusieurs grandes villes manufacturières, telles que Marseille, Amiens, Alençon, Strasbourg, Lyon, Tarare, Nîmes, Tours, etc. Il n'a pas été possible d'obtenir le relevé officiel pour ces différentes cités; mais il est probable que les dix-huit villes qui ne figurent pas dans le compte de l'administration offrent une masse d'affaires presque aussi considérable que celle des quarante-six villes dont on connaît les chiffres. Les quatre cinquièmes des conflits soumis aux prud'hommes se terminent par conciliation. Sur près de douze mille affaires, il n'y a eu que sept appels aux tribunaux de commerce. L'utilité de cette juridiction ressort de ces deux seuls faits. Aussi l'institution tend-t-elle à pénétrer partout où l'industrie manufacturière prend quelque développement. C'est sans doute une des premières questions dont le conseil municipal s'occupera après les réélections auxquelles il va être procédé.
Chaque ministère a, depuis peu de temps, publié ou communiqué ses documents statistiques. M. Villemain nous a dit que le nombre des candidats qui se sont présentés à l'examen du baccalauréat ès-lettres, à la fin de la dernière année classique, s'était élevé à 3,282; à 3,131 en 1842, et à 2,892 en 1841. Le Moniteur a fait observer que la difficulté des épreuves et la juste sévérité des examinateurs n'avaient pas, comme on le voit, écarté les aspirants, ainsi qu'on semblait le craindre d'abord. Le diplôme a été conféré à 1,568 aspirants; 1,711 ont été ajournés. La proportion des réceptions est donc de 48 sur 100 candidats examinés; l'année dernière elle n'était que de 40, ce qui constate une amélioration dans l'état des études.--M. le ministre du commerce nous a fait connaître les progrès de notre commerce extérieur. Il y a, dans les tableaux qu'il a publiés et dans les conclusions qu'il en faut tirer, matière à un examen développé, qui ne pourrait trouver place dans ce Bulletin de la Semaine.--Enfin, nous ayons été frappés de voir dans le tableau publié par M. le ministre des finances sur le produit des recettes pendant les trois premiers trimestres de 1843, qu'alors que tous les impôts avaient été plus productifs qu'en 1842, il y avait eu une diminution de 1,800,000 francs environ sur les droits du sel acquittés pendant le même laps de temps. La consommation n'a pu cependant diminuer, car elle avait été constamment progressive d'année en année depuis un long temps. A quoi donc attribuer ce déficit considérable? Les journaux de l'Est qui ont à annoncer presque tous les mois l'adjudication d'une des salines de l'État à un même acquéreur, agent, dit-on, de la reine Marie-Christine, et qui a déjà pris envers le trésor pour dix millions environ d'engagements, les journaux de l'Est veulent voir dans ce déficit, dans toutes ces ventes où il ne se présente qu'un acquéreur, dans ces cahiers de charges dont ils prétendent que les conditions ne sont pas remplies, dans toute cette mutation, qui ne fait du reste que substituer le monopole d'un particulier au monopole de l'État, au détriment de celui-ci et sans aucun allègement pour le consommateur pauvre, un ensemble de faits et d'actes administratifs qui doit appeler la très-attentive investigation des Chambres.
Les établissements de bienfaisance prospèrent et se multiplient, la colonie agricole de Mettray vient d'inaugurer une chapelle qui complète l'ensemble de constructions que les fondateurs ont eu à faire élever pour l'œuvre qu'ils ont si noblement entreprise, et dans laquelle l'humanité et la générosité publiques les ont si efficacement soutenues. Au Petit-Quevilly, près de Rouen, un philanthrope éclairé, M. Guillaume Lecointe, a fondé, il y a peu de temps, un établissement du même genre. Il a eu également le bon esprit d'y annexer une société de patronage pour le placement de ces malheureux enfants à l'expiration de leur temps de détention. Ces excellents exemples trouveront des imitateurs, et l'on ne peut tarder davantage à faire pour les orphelins et les enfants indigents, ce qu'il est fort bien sans doute de faire pour les jeunes détenus, mais ce qu'il serait dangereux et en quelque sorte immoral de ne faire que pour eux.
L'École de Droit a vu son doyen, M. Blondeau, donner sa démission; et M. Rossi, dans les habitudes duquel un pareil coup de tête n'entrera jamais, a été nommé à sa place. Cette élévation au décanat d'un homme qui compte déjà un très-grand nombre d'autres places, et qui doit la qualité de Français et le titre de professeur, non pas à sa naissance et à un concours, mais à une double ordonnance, a causé quelque émoi dans les chaires et sur les bancs de l'École de Droit. --A l'École de Médecine, à la séance de rentrée de la Faculté, a été prononcé un des plus remarquables discours qui aient jamais été entendus dans cette enceinte. Le professeur désigné pour cette tâche était M. Hippolyte Royer-Collard, qui, dans un langage vif et noble, pur et élevé, a parfaitement déterminé quels étaient les liens qui devaient unir les sciences physiques et chimiques à la science médicale. C'est un travail qui demeurera.--L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a procédé à l'élection du successeur de M. le marquis de Fortia d'Urban. Nous avions précédemment émis le vœu que la liste des candidats vît s'inscrire quelque nom fait pour attirer à lui une majorité. Notre désir a été satisfait, M. Mérimée, qui a publié plusieurs bons ouvrages d'archéologie, et qui, comme inspecteur-général des monuments historiques, a conjuré tant d'actes de vandalisme, s'est présente et a été élu dès le premier tour de scrutin par 25 voix sur 38 votants. Les 13 autres suffrages ont été partagés entre MM. Ternaux-Compans, le marquis de La Grange et Onésime Leroy. Le résultat de cette élection sera sanctionné par le suffrage public--L'Académie des Sciences; a procédé le 20 à la nomination d'un membre de la section d'astronomie en remplacement de M. Bouvard. M. Mauvais a été élu.
Les arts et l'industrie se préparaient déjà à satisfaire la curiosité publique qui trouvera largement à se repaître dans l'année 1811. Les constructions pour l'exposition de l'industrie sont déjà commencées aux Champs-Elysées, et sont menées avec activité. D'un autre coté, un avis du directeur des musées royaux vient de rappeler aux artistes que les tableaux qu'ils destinent à l'exposition du 15 mars prochain devront être envoyés au Louvre du Ier au 20 février. Le Musée royal sera fermé, sans aucune exception, le Ier février 1844, pour les travaux préparatoires.. Ne serait-il donc pas possible de fair élever, aux Champs-Elysées ou ailleurs, une construction définitive qui servirait successivement aux expositions de nos manufacturiers et de nos artistes, et qui permettrait aux nombreux étrangers que ces solennités attirent à Paris, d'aller en même temps admirer les chefs-d'œuvre des anciennes écoles? Est-ce pour ménager l'amour-propre de Raphaël et du Poussin, de Rubens et de Lesueur, qu'on s'arrange pour ne pas laisser voir leurs tableaux en même temps que l'exposition annuelle?
Un jeune Hanovrien, avocat et écrivain fort distingué, M. Gans, vient de mourir à Celle, à l'âge de trente-deux ans. Quelques journaux ont annoncé qu'il était mort en prison. C'est un anachronisme. M. Gans avait en, en effet, à se ressentir des bontés de S. M. le roi de Hanovre, mais il n'était plus logé par les soins de ce monarque quand la mort est venue le frapper. Il avait publié plusieurs ouvrages fort estimés, entre autres: de l'Infanticide, Projet d'un nouveau Code Pénal, Histoire du Droit d'Hérédité, etc.--Un de nos lieutenants-généraux, qui avait marqué dès nos premières guerres d'Italie, le comte Ricard, vient de terminer une carrière bien remplie.--Enfin, l'ingénieur auquel Bordeaux doit son admirable pont, M. Deschamps, inspecteur-général des Ponts-et-Chaussées, est mort dans cette ville.