Monument élevé par les Écossais à la mémoire des Prisonniers Français.
Il y a trente ans environ, quatre ou cinq mille prisonniers français furent parqués au fond d'une petite vallée des environs d'Edimbourg, nommée Valleyfield. Ils y restèrent du 2 mars 1811 au 2 juin 1814, et trois cents y moururent. Le bassin de Valleyfield, entouré de collines boisées, et arrosé par la rivière Esk, avait été transformé en une prison provisoire. Une forte grille en bois en faisait le tour; à l'extérieur s'élevaient, en face l'un de l'autre, deux vastes et solides corps de garde défendus par une nombreuse garnison; et des sentinelles, les armes chargées, veillaient nuit et jour de distance en distance.
L'intérieur se divisait en trois parties, comprenant deux casernes et un hôpital. Ce fut dans cet étroit espace que nos malheureux compatriotes passèrent trois ans et trois mois, sans pouvoir en sortir, n'ayant d'autres délassements que le jeu; aussi quelques-uns d'entre eux s'abandonnèrent à leur passion pour le jeu avec une sorte de frénésie, et vendirent pour la satisfaire tout ce qu'ils possédaient, même leur dernière chemise. Leur ration se composait, quatre jours par semaine, de poisson et de pommes de terre, les trois autres jours on leur donnait du bœuf et du mouton. L'uniforme de la prison était jaune, mais la plupart des prisonniers conservaient leurs uniformes avec le plus grand soin, et ils s'en paraient les jours de fêtes. Deux fois par semaine on leur permettait de tenir une sorte de marché dans l'intérieur de la prison; les plus industrieux fabriquaient des tabatières avec des os sculptés, ou des boîtes avec des brins de paille tressés, et ils réalisaient souvent avec le produit de cette vente des bénéfices considérables. Lorsqu'ils obtinrent leur mise en liberté, trois cents manquèrent à l'appel, qui étaient morts de privations et de chagrin sur la terre d'exil. Les habitants
de Valleyfield et des environs ont élevé dernièrement, à mémoire de ces prisonniers de guerre français, le petit monument que représente la gravure ci-jointe. La noble et touchante inscription gravée, sur ce monument, et dont nous donnons la traduction littérale, nous dispense de tout commentaire:
THE MORTAL REMAINS
OF 300 PRISONERS OF WAR
WHO DIED
IN THIS NEIGHBOURHOOD
BETWEEN THE 2ND OF MARCH 1811 AND THE 20TH JUNE 1814
ARE INTERRED NEAR THIS SPOT.
CERTAINS INHABITANTS OF THIS PARISH
DESIRING TO REMEMBER
THAT ALL MEN ARE BRETHERN
CAUSED
THIS MONUMENT TO BE ERECTED
AT VALLEYFIELD NEAR EDINBURG.
«Les restes mortels de 300 prisonniers de guerre, qui sont morts dans ce voisinage, entre le 2 mars 1811 et le 2 juin 1814, sont ensevelis près de ce lieu.
«Quelques habitants de cette paroisse, désirant rappeler que tous les domines sont frères, ont fait élever ce monument à Valleyfield, près d'Edimbourg.»