Ouverture des cours du Collège de France et de la Sorbonne.

L'ouverture des cours du Collège de France et de la Sorbonne est, chaque année, un événement pour la population studieuse du quartier latin et pour tous les lettrés de Paris, et la rentrée des professeurs aimés du public est impatiemment attendue par la foule de leurs auditeurs. Cette année surtout cette impatience se faisait encore plus vivement sentir que d'ordinaire: d'une part, les débats de l'Université et d'une partie du Clergé ont donné aux noms de MM. Michelet et Quinet une popularité qui leur assure un nombreux auditoire; d'autre part, le livre remarquable récemment publié par M. Saint-Marc-Girardin devait inspirer à chacun de ceux qui l'avaient eu le désir d'entendre le spirituel professeur continuer, dans sa chaire, ce brillant volume, qui n'est encore, pour ainsi dire, que la première pierre de l'édifice.

Collège de France--Salle des Cours.

M. Michelet rentrait dans sa chaire avec un nouveau titre de plus: il venait de publier le septième volume de son Histoire de France, monument encore inachevé, mais qui compte déjà parmi les plus beaux et les plus considérables de notre époque. Une triple salve d'applaudissements a accueilli l'illustre historien. M. Michelet continuera à traiter cette année le magnifique sujet qu'il a choisi, c'est-à-dire qu'il appliquera les principes de la philosophie de l'histoire, exposés dans les deux années précédentes, à l'histoire des trois derniers siècles. Sa première leçon a été une charmante conversation sur la conversation elle-même, une histoire ingénieuse et fine de la causerie française.

M. Michelet.

M. Quinet, retenu en Espagne par une mission officielle, est attendu vers la fin de janvier. Son intention, s'il faut en croire l'affiche des cours, est de suivre encore cette année une marche parallèle à celle de son illustre collègue, M. Michelet: «il fera l'histoire de la littérature et des institutions de l'Europe méridionale au dix-septième et au dix-huitième siècle.» Le titre seul de ces futures leçons en garantit d'avance le succès.

M. Philarète Chasle, laissant cette fois de côté la littérature anglaise, fera l'histoire intellectuelle de l'Allemagne au dix-huitième siècle.--M. Labitte expliquera d'abord le quatrième livre de l'Enéide, puis il fera l'histoire de la poésie comique et satirique chez les Latins, comparée avec la comédie et la satire modernes.--M. Michel Chevalier traitera du crédit.--M. Ampère fera l'histoire de la poésie française au dix-septième siècle.

A la Sorbonne, M. Saint-Marc-Girardin continue en ses leçons, comme nous l'avons dit, le volume qu'il vient de publier sur l'usage des passions au théâtre. Le spirituel professeur, après avoir passé en revue les pères, les mères et les fils du théâtre, en examine maintenant les amants. Les leçons de M. Girardin ont, d'ailleurs, un attrait de plus que ses livres, ce sont les piquantes digressions dont il se plaît à interrompre ou plutôt à enrichir le cours de sa leçon, et qui servent de commentaire ingénieux à son enseignement.--Le grand amphithéâtre de la Sorbonne peut à peine contenir la foule pressée des auditeurs de M. Saint-Marc-Girardin.

M. Ozanam, faisant l'histoire littéraire de l'Italie, gagne davantage chaque année les sympathies du public; la parole vive et chaleureuse, l'imagination riche et brillante, du professeur, touchent en même temps le cœur et l'esprit des auditeurs; nul doute qu'avant peu M. Ozanam ne soit compté parmi les plus brillants professeurs qui ont paru dans les chaires de la Sorbonne.

M. Edgar Quinet.

Nommons encore M. Egger, qui fait l'histoire de l'éloquente politique et judiciaire en Grèce; M. Patin, qui traite de la poésie lyrique chez les Romains et particulièrement des odes d'Horace; M. Gérusez, qui se fait, comme M. Ampère au collège de France, l'historien de la littérature française au dix-septième siècle; enfin M. Simon, qui continue l'étude sérieuse qu'il a commencée de la philosophie alexandrine.

Toutefois, on peut prévoir que la vogue sera encore, comme l'an dernier, au Collège de France; jadis la Sorbonne, au temps des Villemain, des Cousin et des Guizot, effaçait les leçons de MM. les lecteurs royaux; mais, aujourd'hui, soit par défaut de liberté, soit pour toute autre cause, son enseignement n'a plus ni la même autorité, ni le même éclat que celui du Collège de France; et son public se compose presque uniquement de la jeunesse studieuse, qui ne vient point chercher dans les cours publics d'émotions étrangères à l'objet de ses études.