CONCOURS DE POISSY.--ANIMAUX DOMESTIQUES, EN ANGLETERRE.

Le premier concours de bestiaux institué par arrêté de M. le ministre de l'agriculture et du commerce, en date du 31 mars dernier, en faveur des propriétaires des animaux les plus parfaits de conformation et de graisse, parmi ceux qui sont exposés en vente à Poissy, l'avant-dernier jeudi précédant le mardi-gras, a eu lieu jeudi, jour du grand marché, en cette ville.

Cette solennité agricole avait attiré un nombre considérable de propriétaires, d'éleveurs et d'agriculteurs venus des départements voisins et de ceux compris dans un rayon de quarante à cinquante lieues, pour admirer les progrès des races bovine et ovine dans ces derniers temps. Les concurrents étaient nombreux; mais les conditions du concours, mal comprises par plusieurs d'entre eux, ont empêché un certain nombre d'y prendre part.

Après avoir examiné attentivement les animaux admis au concours, le jury a décerné les primes pour la race bovine. Sur quinze bœufs présentés, huit ont été primés.

Le jury a déclaré qu'il n'y avait pas lieu à donner de prime; pour la seconde classe, attendu que le poids des animaux se trouvait au-dessous de celui fixé par le programme.

Indépendamment des primes, des médailles d'or et d'argent ont été également décernées, soit aux propriétaires des animaux, soit aux personnes qui les ont fait naître. Le jury s'est transporte sur le marché immédiatement après ce premier jugement, et a désigné pour le bœuf gras un bœuf de robe blanche, du poids de l,370 kilog., appartenant à M. Cornet, qui a été acheté par MM. Rolland, au prix de 4,000 fr.

Certes, nous avons vu là des animaux magnifiques, d'une taille énorme, parfaitement engraissés et faisant honneur à l'éleveur qui les fournit; mais, et c'est une chose assez pénible à dire, cela ne prouve presque rien en faveur de l'industrie agricole de la France, parce que ces bœufs de choix ne représentent jamais une race, mais un individu isolé, ayant acquis, par des circonstances particulières, de grandes dimensions.

Je ne prétends point, dans cet article, rehausser le mérite de l'agriculture anglaise aux dépens de la notre; je m'abstiens tout à fait de juger une question d'un si haut intérêt, et qui d'ailleurs enchaînerait à des discussions qui ne seraient point ici à leur place. Je me bornerai donc à citer quelques faits relatifs à l'éducation des animaux domestiques, et nos lecteurs en tireront les conséquences qu'ils jugeront à propos. Je ne puis cependant m'empêcher d'ajouter que la France, grâce à la fertilité de son sol, à son climat et à l'industrie de ses habitants, peut devenir le pays agricole le plus riche du monde, à partir du jour où notre législation voudra s'occuper sérieusement de l'agriculture.

Parmi tous les animaux domestiques, le bœuf commun (bos taurus Lin.), est sans contredit le plus utile, puisqu'à lui seul il peut suppléer à tous les autres. Il présente deux variétés très-tranchées, et chaque variété a fourni un certain nombre de races résultant du climat et de l'éducation.

La première variété est celle du zébu, appartenant à l'Asie et à l'Afrique. Elle se distingue de notre bœuf d'Europe à une ou deux loupes graisseuses, en forme de bosse, qu'elle a sur le garrot, et à sa taille généralement plus petite, quoique cependant le zébu de Madagascar, qui n'a qu'une bosse, atteigne souvent de très-grandes dimensions. Du reste, nous n'avons pas à nous en occuper ici.

La seconde variété est celle du bœuf d'Europe, et, quoi qu'on en dise, c'est la plus belle et la plus utile. Son histoire, qui serait fort difficile à faire, offrirait un grand intérêt, parce qu'elle ne serait réellement, si on la faisait bien, qu'un chapitre de l'histoire générale de l'industrie humaine. Après le mouton, il n'est pas un animal qui ait été autant travaillé par l'homme, et qui porte plus ostensiblement le sceau de son antique servitude. Les circonstances de sa domesticité ont également affecté son moral et son physique, en raison du but d'utilité qu'on s'est proposé de tirer de ce précieux animal. Pour que nous puissions juger en connaissance de cause des modifications que les Anglais ont fait éprouver à cette espèce, il faut d'abord que nous sachions ce qui constitue sa beauté, car, quoique l'on ne mette pas la même importance aux belles formes des bœufs qu'à celles des chevaux, elles doivent cependant être prises en considération, puisqu'elles décident des services que l'on peut en attendre.

Les bœufs les plus recherchés sont ceux qui ont la tête courte et ramassée; le front large; les oreilles grandes, bien velues et bien unies; les cornes fortes, luisantes et de moyenne grandeur; les yeux gros et noirs; le mufle gros et camus; les naseaux bien ouverts; les dents blanches et égales; les lèvres noires; le cou charnu, court et gros; les épaules grosses; la poitrine large; le fanon pendant sur les genoux: les reins larges; les flancs grands; les hanches longues; la croupe épaisse; les jambes et les cuisses grosses, courtes, nerveuses; le dos droit et plein; la queue descendant jusqu'à terre, et garnie de poils touffus, luisants et fins; les pieds fermes; le cuir épais et maniai le; les ongles courts et larges. On reconnaît qu'un bœuf est d'une mauvaise constitution à son poil hérissé, rude et terne.

Quant à la vache, il lui faut d'autres qualités: elle doit être, eu égard à sa race, d'un grand corsage. Elle doit avoir le ventre gros; l'espace compris entre la dernière fausse-côte et les os du bassin un peu long; le front large; les yeux noirs, ouverts et vifs; la tête ramassée; le poitrail et les épaules charnus; les jambes grosses et tendineuses; les cornes belles, polies et brunes; les oreilles velues; les mâchoires serrées; le fanon pendant; la queue longue et garnie de poils; la corne du pied petite et d'un bien jaune; les jambes courtes; le pis gros et grand; les mamelons ou trayons gros et longs.

Nous donnons ici les figures d'un taureau et d'une vache du Northumberland, dessinées avec la plus scrupuleuse exactitude par MM. Kirk et T. Bretiami, célèbres peintres d'animaux en Angleterre. Ces figures sont les portraits de deux animaux qui ont remporté un prix en 1843, au grand meeting agricole de la ville de Derby.

Pour peu que le lecteur compare ces deux figures avec la description généralement reçue que nous avons donnée du bœuf et de la vache, ou simplement avec les plus beaux individus de ce genre que nous possédons en France, il s'apercevra facilement que les Anglais n'ont pas les mêmes idées que nous sur ces animaux. En effet, pour nous, le bœuf semble plutôt être choisi pour le travail que pour la boucherie, on désire qu'il ait la jambe forte et le pied sûr, de la force et conséquemment une grosse charpente, etc. Les Anglais, au contraire, spéculent plus sur la chair du bœuf que sur son travail, et ils exigent par conséquent qu'il ait les os petits, les formes élancées mais susceptibles de se remplir à l'engrais. De ce fait, il résulte une haute question en économie, celle de savoir s'il serait plus utile, pour l'agriculture Française, de cultiver les terres avec des chevaux qu'avec des bœufs; et si cette question était résolue en faveur des chevaux, comme elle l'est en Angleterre ainsi que dans quelques parties de la France, il n'y a pas de doute que nous devrions élever les bœufs comme on le fait au delà de la Manche, et perfectionner nos races par les mêmes moyens et pour le même but. Or, ces moyens sont faciles, et nous allons les décrire.

La première chose à laquelle les fermiers anglais mettent une grande importance, c'est le choix du taureau et de la vache pour l'accouplement. Les plus grandes vaches leur paraissent toujours préférables quand elle n'ont pas des défauts essentiels. Il en est de même pour le taureau, mais ils recherchent pour les deux, les individus élancés, dont les jambes sont très-fines, courtes, et les os petits, avec la tête courte et légère, ce qui est le contraire chez nous.

Le taureau n'est dans toute la vigueur de son âge que depuis trois jusqu'à cinq ans, et c'est dans cet intervalle qu'il donne les plus beaux extraits. Mais encore faut-il qu'il n'ait, pas été épuisé par plusieurs montes consécutives, car dans ce cas ses produits sont toujours faibles et souvent d'une mauvaise nature. Ceci doit s'entendre particulièrement de la race dont nous avons donné plus haut les figures, car les Anglais en possèdent une autre à cornes longues, dans le Lancashire, qui est propre à l'accouplement dès l'âge de deux ans, et qui peut durer six ans si on ne l'excède pas. Nous la représentons ici, dessinée par les artistes plus haut cités, et ayant également remporté un prix au grand meeting de la Société d'Agriculture de Derby.

Taureau du Northumberland, race du Holstein,
ou dutch breed des Anglais.

Vache du Northumberland, ou dutch breed.

The long-horned, or Lancashire breed, des Anglais.

La vache peut produire en deux ans, mais si l'on veut en obtenir de beaux extraits il ne faut lui donner le taureau qu'à trois.

Bakewell, Fowler, Pagel et Princeps, ces fameux éleveurs qui ont excité l'admiration de l'Angleterre en donnant naissance à plusieurs races nouvelles et précieuses, n'ont point employé d'autres procédés que ceux que l'on peut déduire de ce que nous venons de dire. Pour obtenir une race de bétail à cornes d'une grande valeur pour la boucherie, et chez laquelle la chair et la graisse fussent en plus forte proportion, relativement aux os, que chez les races ordinaires, ils choisissaient le taureau ou la vache de grande taille, à jambes courtes et fines et à tête petite. Les sujets qui naissaient de cet accouplement étaient accouplés eux-mêmes avec des individus chez lesquels ces caractères se remarquaient d'une manière éminente; dans le cas où ils n'en trouvaient pas de tels, ils accouplaient les génisses et les veaux avec leur père et mère, et par suite les frères avec les sœurs. Si le hasard venait à leur présenter un animal étranger qui se rapprochât davantage du type qu'ils avaient en vue, ils l'accouplaient avec celui de leurs sujets qu'ils regardaient comme le plus parfait. De cette manière, avec le soin d'apporter l'attention la plus scrupuleuse dans le choix des sujets, ils obtenaient, après plusieurs générations, une race que l'on pouvait regarder connue tout à fait nouvelle, puisqu'elle ne ressemblait qu'en partie aux animaux dont elle tirait son origine.

Une variété nouvellement importée, ou produite depuis peu par le croisement ou les moyens indiqués plus haut, se perdrait bientôt si on négligeait la précaution de la maintenir en choisissant toujours, pour la reproduction, les individus les plus parfaits de cette race. Tant qu'on ne possède qu'un petit nombre d'individus, l'accouplement doit avoir lieu, comme le disent les éleveurs anglais, breeding in and in, c'est-à-dire toujours dans le même sang, en alliant les animaux de la plus proche parenté.

On a prétendu que les descendants des animaux produits par un accouplement entre pioches parents dégénéraient, c'est-à-dire perdaient les qualités distinctives de leur race. Je ne discuterai point cette opinion, mais quant à l'espèce du bœuf en particulier, elle ne me paraît qu'une hypothèse basée sur des observations vicieuses et incomplètes; l'expérience ne l'a jamais confirmée, et elle est en opposition avec un grand nombre de faits positifs. Nous pouvons montrer, par un exemple remarquable, la vérité de cette assertion. Au grand meeting de Derby en 1843, M. W. Barnard, Esq., présenta un taureau dont nous donnons ici le portrait scrupuleusement exact.

Ce bel animal, qui est devenu un véritable type de race, provient cependant de celle du Northumberland ou dutch breed des Anglais, sans croisement et par l'alliance de la plus proche parenté.

Aux méthodes que nous venons de décrire pour perfectionner leurs variétés de bestiaux, les Anglais joignent quelques soins particuliers que nous allons rapidement esquisser, et sans lesquels tous les autres moyens seraient superflus.

Taureau à cornes courtes, ou short horned bull.

Pendant la gestation, on ne fait travailler les vaches à aucuns travaux, on les traite doucement, et l'on évite de les laisser courir, sauter des fossés ou des haies; on les préserve du froid et des grandes pluies, et on les nourrit plus abondamment que de coutume. Le sol de l'écurie où elles reposent est horizontal et non incliné du côté de la croupe, ou, s'il l'est un peu pour favoriser l'écoulement des urines, on tient la litière plus haute de ce côté que de celui du train de devant; on donne de l'air à leur étable pour qu'elle ne soit pas trop chaude; elle doit être propre, sèche, bien aérée, au moyen de croisées que l'on tient ouvertes pendant la nuit en été. Quelques éleveurs parquent leurs vaches, portières et laitières, et les laissent dans le parc jour et nuit pendant toute la belle saison; mais il faut qu'il y ait des arbres pour les garantir des rayons du soleil, et de l'eau où elles puissent aller boire. Quelquefois, faute d'arbres, on leur élève un hangar ouvert à tous vents, et qui sert non-seulement à leur donner de l'ombrage, mais encore à les préserver de la pluie. Jamais ces animaux ne sont conduits dans des pâturages trop humides ou marécageux, et, si la nourriture qu'elles y trouvent est trop peu abondante, on y supplée chaque soir au moyen d'une ration de trèfle, de luzerne, de turneps, etc. Pendant l'hiver, on leur donne à l'écurie, outre du foin, du son, de la luzerne sèche ou du sainfoin. Enfin, en les faisant entrer et sortir de l'étable, on a soin qu'elles ne se froissent pas les unes les autres. Par ces moyens on prévient toujours l'avortement, et le fœtus prend un beau développement dans le sein de sa mère. En France, on est dans l'usage de traire une vache jusqu'à ce que son lait soit épuisé, ou on ne cesse de la traire que quinze jours avant qu'elle mette bas; en Angleterre on cesse trois mois avant, et on le fait peu à peu pour ne pas lui occasionner des engorgements.

Bélier de Leicester. Bélier de Leicester, portant sa toison.

Cochon nain du comté d'Essex.

Le terme moyen de la gestation est de 288 jours; le plus court pour les vieilles vaches est de 270 jours; et, pour les génisses qui portent pour la première fois, il est de 309; pour toutes, jamais il ne dépasse le 321. Les approches du vêlage se manifestent par l'abaissement des flancs et de la croupe, par la grosseur du pis, par l'agitation de l'animal, et par un écoulement rougeâtre. Dans ce cas, il faut se tenir constamment prêt à donner des secours à l'animal, si cela devient nécessaire; mais il faut bien s'en garder, si l'accouchement est naturel; et, dans ce cas, on doit rester tranquille spectateur. La plus grande propreté doit régner autour de la vache. Non-seulement on renouvelle la litière, mais encore on en augmente la masse, et on en met beaucoup plus sous les jambes de derrière, afin que cette partie du corps soit plus haute que celle de devant. Si l'on est en hiver, l'étable est tenue fermée; si c'est, au contraire, en été, l'on donnera beaucoup d'air; dans l'un et l'autre cas, les Anglais se gardent bien de couvrir la vache, comme cela se pratique dans quelques parties de la France, en Flandre et ailleurs.

Il arrive parfois que la vache fait deux veaux. On ne lui en laisse qu'un à l'instant même, si on tient à avoir une belle bête de race. Dans le cas contraire, on les lui laisse tous deux pendant trois semaines seulement. Dès les premiers moments de sa naissance on évite de toucher le veau, s'il n'y a pas une nécessité absolue, car le moindre effort qu'il ferait pour échapper aux attouchements pourrait compromettre sa croissance, et les Anglais insistent beaucoup sur ce point. Du reste, on lui donne les soins ordinaires, comme chez nous.

Le Cochon croisé. Truie croisée anglaise.

Un abus qui existe chez beaucoup de nos fermiers, et qui a même été préconisé par la plupart de nos auteurs, consiste à séparer le veau de sa mère. Les éleveurs, de l'autre côté de la Manche, ont renoncé à se procurer ainsi un peu de lait et de beurre aux dépens du jeune animal; ils le laissent libre de prendre le pis aussi souvent et aussi longtemps que la nature le demande. Ils savent très bien que plus le veau tète plus il acquiert de force et de taille; aussi ne le sèvrent-ils que beaucoup plus lard que nous, surtout si c'est un taureau qu'ils veulent élever, ou une génisse de race. Ils le placent dans une étable sèche et chaude, avec beaucoup de litière en hiver, parce que le veau craint également le froid et l'humidité.

Quand il s'agit de le sevrer, ils commencent à l'habituer à boire du lait écrémé, tiède, dans lequel ils délaient un peu de farine et du son; puis ils remplacent cette boisson par une nourriture un peu moins liquide, dont la pomme de terre, cuite fait la base; viennent ensuite les turneps coupés en tranches bien minces; et, enfin, l'herbe; mais on a soin alors de lui donner, soir et matin, un peu de paille fraîche d'orge ou d'avoine, légèrement battue ou hachée, et aiguisée avec du sel. L'animal ne tarde pas à se nourrir comme les autres bœufs, seulement on ne lui épargne pas la nourriture, parce que, plus elle est abondante et de bonne qualité, plus le veau prend d'accroissement.

Voici des remarques qui ont été faites; la farine de fèves, de pois ou d'avoine, délayée dans l'eau, fait contracter au veau un ventre pendant, l'animal devient court, mal bâti, et ne tarde pas à mourir.. Les pois gris lui donnent une chair blanche; le blé crevé dans du lait rend sa chair rouge; l'orge lui donne le dévoiement.

Nous ne parlerons pas dans cet article de la manière dont les Anglais engraissent leur bétail, parce que, sur ce point, nous ne leur cédons en rien, notre but étant simplement de montrer comment ils parviennent à créer des races à petits os et plus avantageuses que les nôtres, nous terminerons là ce que nous avons à dire sur ce sujet.

Les principes que nous venons d'exposer pour l'amélioration des races de bœufs, les Anglais les ont appliqués à tous les animaux domestiques, et surtout à ceux destinés à la boucherie. Il n'est pas un agronome français un peu instruit qui n'ait vu avec admiration comment ils sont parvenus à créer des moutons qui n'ont pas d'os pour ainsi dire, et dont l'augmentation prodigieuse du chair et de graisse n'a porté aucun préjudice ni à la finesse ni à l'abondance de la laine. Plusieurs de ces animaux, ont été présentés à la société royale d'agriculture de Derby, et ont été dessinés par les peintres que nous avons cités, il ne faut pas chercher dans ces figures les caractères ordinaires que les naturalistes emploient pour déterminer les races de moutons, car tout a disparu, contours, grâces, légèreté, sous des masses informes de laine et de graisse; et les êtres dont ces peintres ont rendu fidèlement le portrait sont presque devenus purement artificiels: ils doivent tout à l'industrie humaine, et ont entièrement perdu les caractères de leur nature primitive.

L'individu ici représenté a remporté le premier prix de la société, et a été présenté par M. Pawlett. Il appartient évidemment à la race perfectionnée que Dewick (a general History of Quadrupeds, p. 63.) a décrite sous le nom de the Leicestershire improved breed. Nos lecteurs, en voyant cette masse presque sans formes anatomiques, auront de la peine à croire, ce qui est cependant vrai, que l'animal est représenté nouvellement dépouillé de sa laine.

En Angleterre, on élève comme en France plusieurs variétés du cochon domestique, et il n'est pas rare de trouver des individus de la grande race à oreilles pendantes (the common boar) qui pèsent jusqu'à 300 et 350 kilogrammes. Sous le rapport de l'engraissement de ces animaux, plusieurs de nos départements peuvent, jusqu'à un certain point, rivaliser avec les Anglais; mais, sous celui de l'amélioration des races, nous devons le dire, nous sommes restés bien loin derrière eux. Ces insulaires ont parfaitement compris que, dans ces animaux, ce n'était pas la grande taille qu'ils devaient rechercher, mais la ténuité des os, la fécondité et la délicatesse de la chair et du lard. Par des calculs positifs, ils ont démontré que deux cochons de 100 kilogrammes chacun ne coûtent pas plus en soins et en nourriture qu'un seul animal de 200 kilogrammes. Partant de là, ils ont d'abord tenté des expériences sur le cochon de Siam ou du cap de Bonne-Espérance, qu'ils confondent avec celui de la Chine, et dont ils ont obtenu une très petite variété. Nous donnons ici le portrait de celui qui a remporté le prix au concours de Derby.

Cette variété est fort estimée par la délicatesse de sa chair; mais ses dimensions étant tout à fait trop petites, ils ont reprit le cochon de Siam pour le croiser avec leur cochon commun, et ils ont ainsi créé une nouvelle race de taille moyenne, que nous représentons ici.

Cette race offre des qualités précieuses: elle atteint ordinairement la grandeur d'un cochon commun de moyenne taille; les os sont extrêmement petits; le jambes grêles et courtes; le ventre touchant presque à terre; les oreilles sont assez longues, presque droites ou fort peu pendantes; le museau est court et concave en dessus; le front bombé, et le cou d'une épaisseur énorme. Robuste comme le cochon commun, cet animal a sur lui l'avantage de s'engraisser plus vite et beaucoup mieux. Sa femelle, que nous représentons ici, a des qualités précieuses, sous le rapport de sa fécondité.

Bewick dit avoir vu dans le comté de Durham, chez le chevalier Arthur Mowbray, une truie de cette race suivie de dix-neuf petits de la même portée, et faisant chaque année trois portées presque aussi nombreuses. Il y aurait de l'exagération dans ce que raconte l'auteur, que cette race perfectionnée, inconnue de nos cultivateurs, serait encore une des plus fécondes et des meilleures sous le rapport économique.

Je le répète, nos éleveurs n'ont rien ou n'ont que fort peu à envier aux Anglais quant à l'art d'engraisser le bétail et les autres animaux domestiques; mais ils ont beaucoup à faire et à apprendre pour remplacer les chétives races encore si communes en France, par des variétés aussi précieuses et aussi belles que celles qui couvrent le sol de l'Angleterre.