Scène X.
Les mêmes, RONDIN.
M. RONDIN.--Me voici.
M. TOUCHARD.--Vous avez la boîte?
M. RONDIN.--Voici la boîte... (Il la donne à Touchard.)
M. TOUCHARD.--Merci, mon ami, merci. Je n'oublierai jamais le service que vous venez de me rendre. (A lui-même.) La voilà donc cette poudre anonyme... la voilà, je la tiens... et la vérité va éclater.
M. RONDIN.--Voyons Touchard... de la circonspection. Vous n'avez plus rien à craindre... agissez froidement, je vous en prie.
M. TOUCHARD.--Soyez tranquille. Les choses vont se passer suivant les règles observées en pareil cas...--Docteur!
LE MÉDECIN.--Monsieur Touchard?
M. TOUCHARD, qui a ouvert le placard.--Prenez cette boîte... et cette tasse de chocolat...
LE MÉDECIN.--Du chocolat? bien obligé; j'ai déjeuné.
M. TOUCHARD.--Malheureux! gardez-vous d'y goûter.
LE MÉDECIN.--Qu'est-ce que vous voulez que je fasse de ça?
M. TOUCHARD.--Que vous fassiez faire l'analyse par les chimistes les plus éclairés.
LE MÉDECIN.--L'analyse du chocolat?
M. TOUCHARD.--Oui, de ce chocolat et de cette poudre anonyme.
LE MÉDECIN.--Ah! voyons donc un peu cette poudre anonyme... (il ouvre la boîte.) une poudre blanche... on dirait de la farine...
M. TOUCHARD, bas à Rondin.--Ou de la mort aux rats, (au Médecin) Sentez un peu... de loin... pas de trop près... ça doit avoir un odeur d'ail.
LE MÉDECIN.--Mais non; un parfum de vanille des plus suaves.
M. TOUCHARD.--De vanille!... (A part). Comme mon chocolat... plus de doutes. (Bas à Rondin.) Quel raffinement! parfumer les poisons... voilà une affaire qui fera du bruit dans la Gazette des Tribunaux.
M. RONDIN.--J'espère bien que non.
LE MÉDECIN.--Quoi? sérieusement... vous voulez que je fasse analyser...
M. TOUCHARD.--Sur-le-champ... sans le moindre retard...
LE MÉDECIN.--Allons, puisque vous le voulez... à tantôt, je viendrai vous apprendre le résultat. (Il sort.)
M. TOUCHARD, à lui-même.--Je ne sais si je dois me fier un docteur... On a vu des médecins... Je l'observerai.