Histoire de la Semaine.

La Chambre, comme les administrations, comme les établissements publics, comme les théâtres, comme la presse quotidienne, comme tout enfin, excepté l'Illustration, a pris des vacances. Nous n'avons donc cette semaine qu'un petit nombre d'actes législatifs à enregistrer; les journaux se sont même plus occupés du débat qui a terminé les travaux de la semaine dernière, et dont nous avons donné le résultat au moment même de notre tirage, que de ceux qui ont suivi la reprise des séances. En effet, si la proposition de M. Chapuys de Montlaville n'avait trait qu'à une des questions relatives à la constitution financière de la presse, elle fournissait l'occasion de les traiter toutes. Dans cette polémique il s'est émis peu d'idées nouvelles. Des journaux auxquels les annonces ne viennent point, parce que leur publicité est restreinte, ont demande que l'impôt sur le timbre fût remplacé par un impôt sur les annonces; bien qu'émise dans un intérêt particulier, cette idée devra, comme toutes celles qui se sont produites, être examinée avec soin par la commission que la Chambre va constituer. Comme il est bon qu'elle connaisse toutes les considérations qui, dans le principe, ont fait établir l'impôt du timbre dont on lui demande la suppression, nous croyons devoir mettre sous ses yeux le passage suivant du Dictionnaire des gens du monde (par Slicotti, 1770, t. V, p. 505), où il fut demandé, pour la première fois que nous sachions, et à titre de remède à l'abus du papier blanc: «L'État peut tirer parti des journaux, des journalistes, qui se disputent aujourd'hui l'honneur d'enseigner la France enseignante. Une centaine de pages fondues et étendues dans plusieurs volumes produisent à tels journalistes un revenu de 12,000 livres par année, c'est-à-dire beaucoup plus que ce que trois années du meilleur et du plus fort travail en ce genre aient produit au célèbre Bayle. Or, ces écrivains, qui se disent si bons citoyens, consentiront sans doute avec plaisir à ne tirer de leur ouvrage que 9,000 livres de net (sans compter le tour du bâton), les trois autres mille livres avertissant au profit de l'État. Il est d'équité d'asseoir cette contribution de manière qu'elle soit proportionnée au débit de chaque journal. Or, quelle voie plus proportionnelle que l'établissement d'une formule ou papier timbré pour tous les journaux, formule qui embrasserait de droit les mémoires d'académies, les compositions qui concourent annuellement pour les prix fondés dans la plupart du ces sociétés; et, par extension, les premières éditions des pièces de théâtre, les romans et toutes les productions romanesques? Il résulterait de cet établissement un avantage certain pour les lecteurs et pour les acheteurs, par l'attention qu'auraient les écrivains diffus à ménager le papier. Si quelque caustique opposait à cette partie, de notre projet le mot de Gilles Ménage sur les journaux, nous lui répondrions par celui de Vespasien: Atqui è lotio est

Lundi dernier la Chambre a délibéré en séance publique sur la prise en considération de la proposition de MM. Saint-Marc Girardin, de Sainte-Aulaire, d'Haussonville, de Gasparin, Ribonet et de Sahime, relative aux comblions d'admission et d'avancement à établir pour les fonctions publiques. Quoiqu'une pareille motion soit une critique évidente de certaines nominations et même de l'ensemble des nominations auxquelles le népotisme et la faveur entraînent la haute administration au détriment des services de l'État, la proposition comptait tant de pères, et de pères conservateurs, qu'il soit difficile de la traiter en enfant perdu. Après quelques développements présentés par M. Saint-Marc Girardin, qui n'a pas eu de peine à établir combien cet arbitraire déconsidère le pouvoir, M. le ministre des affaires étrangères est venu déclarer qu'il ne s'opposait point à la prise en considération d'une proposition sérieuse et sincère, qui n'était pas portée par un autre esprit et ne se proposait pas un autre but que le but et l'esprit qu'elle annonçait ouvertement. C'était la critique des propositions que le ministère avait précédemment combattues, quelquefois sans succès, et une grande partie de la chambre n'a pas paru comprendre que la proposition de M. de Saint-Priest, par exemple, relative à la réforme postale et que M. le ministre des finances a si énergiquement et si vainement repoussée, recélât une intention secrète et un but caché. Il a paru plus vraisemblable qu'on combattait pas cette proposition nouvelle, parce qu'on n'avait nulle chance de le faire avec succès, et que, pour lui comme pour celle de MM. Gustave de Beaumont, Leyd et Lacrosse, sur la corruption électorale, on préférait s'en remettre aux difficultés qui pourraient lui être suscitées plus lard. La proposition a donc été prise en considération à la presque unanimité des votants.

La Chambre a eu ensuite à nommer des commissaires pour l'examen des projets de loi de chemin de fer dont nous avons précédemment mentionné la présentation. Un député, l'honorable M. Havin, dans le désir honnête que l'intérêt général prévalût dans la formation des commissions pour les intérêts de localité, et dans l'espoir naturel qu'un scrutin de rassemblée entière amènerait plus sûrement ce résultat que des scrutins fractionnés de bureaux, a demandé que la Chambre usât de la faculté que lui donne son règlement, et qu'elle n'avait jamais exercée jusque-là, de nommer les commissaires directement et par un scrutin de liste. Havin, dans sa probité, n'a pas prévu qu'un résultat tout avisé à son but sortirait du mode de procéder qu'il avait entamé. C'est cependant ce qui est arrivé. Des organes de la masse, dans toutes les nuances de l'opinion, s'accordent à ce que des coalitions d'intérêts particuliers sont parvenues, au préjudice de l'intérêt général, à faire triompher, au scrutin, leurs candidats.

La France vient encore d'avoir à exiger en Syrie une réclamation nouvelle pour des traitements odieux commis envers des chrétiens, et pour une attaque armée dirigée contre l'habitation de notre agent consulaire à Latakié. Voici le résumé des faits rapportés par l'Écho d'Orient: Un prêtre grec ayant été excommunié par son évêque pour avoir béni un mariage sans autorisation, avait embrassé l'islamisme par vengeance. Cette action transporta de joie la populace musulmane, qui promena en triomphe le renégat dans les rues de Latakié. Cela se passait le dimanche 25 février, au moment où les Européens, qui s'étaient rendus à la chapelle, y assistaient à la célébration de la messe. La populace, passant près du monument, fit entendre des hurlements et assaillit à coups de pierres les fidèles qui s'y trouvaient. Ceux-ci, s'avançaient à la porte, dispersèrent une troupe d'enfants qui les injuriaient et continuaient à lancer des pierres, dont furent blessées quelques femmes. Ces enfants ne tardèrent pas à retourner devant l'église; mais cette fois ils étaient suivis d'une foule compacte au milieu de laquelle on remarquait des Albanais et des musulmans les plus fanatiques de la ville. A la vue de cet attroupement menaçant, les Européens fermèrent la porte du couvent, contre laquelle les furieux tirèrent des coups de pistolet et de fusil. Après avoir vainement tenté de la briser, ceux-ci pénétrèrent par escalade dans l'enceinte du jardin; Européens, hommes et femmes, épouvantés de l'audace et de la rage de la populace, s'étaient déjà réfugiés dans autre jardin contigu à celui du couvent, et appartenant à la maison consulaire de France, croyant ainsi, sous notre drapeau, se mettre à l'abri de l'insulte et de l'assassinat. Mais la maison du vice-consul ne fut pas respectée, et l'un des siens, qui se mit en devoir de la défendre, reçut une balle dans la poitrine. Le consul de France à Beyrouth a demandé la punition des coupables à notre ministre à Constantinople, M. de Bourqueney. Le divan n'a point opposé difficultés; seulement il voulait que, comme dans une circonstance récente, la réparation eût lieu à Beyrouth et non au lieu où l'insulte avait eté commise, bien que, lors de l'affaire de Jérusalem, il ait été dit à la tribune et dans les journaux, par certains organes du gouvernement, que procéder autrement eût été contraire à toutes les règles diplomatiques, comme cette affirmation avait entraîné peu de convictions, cette fois-ci on a préféré, dussent les précédents diplomatiques en souffrir, donner satisfaction à l'opinion publique et aussi, disons-le, à la logique. C'est à Latakié que M. de Bourqueney a voulu que fût donnée la satisfaction et c'est à Latakié que la réparation aura lieu.--Notre paquebot du Levant a apporté également la note officielle suivante remise pour le reiss-effendi, Rafaat-Pacha, entre les mains des premiers interprètes des ministres de France et d'Angleterre: «Sa Hautesse le sultan est dans l'irrévocable résolution de maintenir les relations amicales, et de resserrer les liens de parfaite sympathie qui l'unissent aux grandes puissances. La Sublime Porte s'engage à empêcher, par des moyens effectifs, qu'à l'avenir aucun chrétien abjurant l'islamisme ne soit mis à mort.» C'est la réponse aux pressantes et énergiques protestations que les ambassadeurs français et anglais ont fait entendre contre de récentes et atroces exécution. Ils tendront la main, nous n'en doutons pas, à ce que la peine de mort ne soit pas remplacée par une détention perpétuelle, substitution qui est, dit-on, dans la pensée de la Porte, pensée que les termes de sa note ne contrediraient pas.

Des dépêches de Haïti sont parvenues au gouvernement; elles ont été apportées par le lieutenant de vaisseau Heine, aide de camp de l'amiral Dupetit-Thouars. On s'attend à voir la chambre des députés, comme vient de le faire la chambre des pairs, demander la production de ces documents, qui doivent être de nature à éclairer complètement une question que le ministère a cru pouvoir trancher, on sait comment, tout en se déclarant sans renseignements.

Le peuple haïtien, chez lequel l'amour du travail n'égale pas une passion inquiète pour la liberté, après avoir installé son nouveau gouvernement, et avoir reçu, le 4 du mois de janvier dernier, le serment de son nouveau président, le général Hérard, est déjà en proie à des divisions sanglantes. Pour les uns, l'adhésion du gouvernement aux principes de la constitution n'est pas franche; pour les autres, la constitution est mauvaise, et le gouvernement en poursuit trop énergiquement l'exécution. Enfin, l'irritation des noirs contre les mulâtres est venue s'ajouter encore à ces causes de division, et une collision meurtrière a eu lieu à Lleveia, ville située à quelque distance de Saint-Marc, entre les autorités civiles et les autorités militaires. Un général et six fonctionnaires publics ont été tués. A Saint-Marc également, la ville a été, pendant les journées des 25, 26 et 27 février, mise au pillage par l'armée, qui était en pleine insurrection. Une grande partie des habitants, les mulâtres surtout, suivant en cela le conseil du président, s'étaient réfugiés au Port-au-Prince.

En Espagne, où les bruits d'amnistie ne se sont pas confirmés, où le règne du régime exceptionnel n'a pas cessé, le gouvernement paraît attendre beaucoup de force et de sécurité de la formation d'un corps de gendarmerie à pied et à cheval divisé, comme chez nous, en légions, en compagnies et en brigades. Si les mulerès, qui ont montré comment ils entendaient la liberté, arrivaient à prouver qu'ils entendent mieux l'administration, ce serait du moins quelque chose. Mais nous craignons bien que tout leur savoir-faire se borne à créer des gendarmes, des marquis et des grands d'Espagne. Nous avons déjà dit que M. Munoz avait été l'objet de cette dernière faveur; depuis lors, le ministre des finances, M. Carasco; le ministre de la guerre, M. Mazaredo, dont on se rappelle la dépêche sur le bon effet d'un peu de sang versé à propos; le président du conseil, M. Gonzalès Bravo, qui naguère a donné à la reine Christine, dans le Guirigay, qu'il rédigeait, des épithètes peu politiques; enfin, M. de Pena Florida, auteur de l'idée d'une gendarmerie, ont été nommés, le premier, comte; le second, lieutenant-général; les deux derniers, grande-croix de l'ordre de Charles III. Que l'Espagne soit donc enfin satisfaite!--Le Maroc aggrave chaque jour ses torts envers cette puissance. Une felouque sortie du port d'Algésiras, et que les trois hommes qui la montaient avaient dirigée vers la côte barbaresque pour y pécher, s'étant approchée du rivage très-inoffensivement, ainsi que doit porter à le penser le peu d'importance de ce petit bâtiment, essuya un coup de feu, tiré du cap de Negret, qui tua un des marins. C'est un nouveau grief à ajouter à tous ceux que le gouvernement de Madrid a déjà contre l'empereur.

En Portugal, l'insurrection occupe toujours la place d'Almeida. La reine en fait pousser très mollement le siège, soit qu'elle ait peu de confiance dans ses troupes, soit qu'elle voie dans cet état de choses un prétexte pour prolonger la position exceptionnelle où le pays est placé. Un nouvel ajournement des cortès vient encore d'être prononcé.

Presque aucun des journaux de Paris ne reçoit de feuilles étrangères. Les nouvelles du dehors sont transmises à la plupart d'entre eux, et de quelque couleur qu'ils soient, par un seul et même bureau de correspondance établi à Paris, qui alimente la presse ministérielle comme la presse de l'opposition. On comprend que quand le bureau de correspondance fait une nouvelle, aucun journal n'est à même de rompre le silence; comme aussi quand il commet une erreur, elle est aussitôt reproduite à des milliers d'exemplaires. On a vu, il y a quelques jours, les journaux annoncer la nomination du président des États-Unis de l'Amérique du Nord, et proclamer M. Van Buren. C'était évidemment une de ces mystifications que fait admettre le premier jour de ce mois. Mais il n'y a qu'un 1er avril dans l'année, et ces facéties, ces erreurs, ou des erreurs et des facéties semblables, se reproduisent souvent à des dates qui n'ont pas le même privilège. Peut-être cela ne demande-t-il pas moins l'attention des journaux que celle des lecteurs.--Du reste, une nouvelle moins controuvée nous est venue de New-York. Lors de la discussion de l'adresse, M. Guizot déclarait qu'il n'y avait pas à espérer que le tarif américain pût être révisé cette année. Cette conjecture a été démentie. La chambre des représentants vient d'être saisie d'un projet de tarif par lequel, pour nous occuper seulement de ce qui intéresse, le plus la France, les vins et les soieries seraient mieux traités qu'ils ne le sont aujourd'hui. Cette proposition, qui réunira une grande majorité à la chambre des représentants, rencontrera beaucoup plus d'opposition au sénat. Mais quand on voit M. Clay, auteur principal du tarif adopté en 1812, pousser activement aujoud'hi à sa modification, on peut espérer que le calcul qui porte ce candidat de la présidence à changer de rôle, indique une conversion semblable chez plusieurs autres hommes politiques.

Le parlement d'Angleterre s'est ajourné au 15. Jusque là le ministère doit rassembler ses forces contre l'amendement de lord Ashley et la motion de lord Palmerston.--On a publié le tableau du revenu de la Grande-Bretagne pendant l'année financière commençant le 5 avril 1843 et finissant le 5 avril 1844. Ce total est de 1,250,924,425 francs. Il s'est manifesté une légère amélioration sur les douanes et sur l'accise, c'est-à-dire l'impôt de consommation; mais c'est l'income tax, cette ressources temps de guerre, qui a comblé le déficit. Elle a produit 133,922,165 francs; c'est un impôt de 3 centimes par franc seulement qui ne porte que sur les revenus de 3,750 francs et au-dessus. La somme des revenus dépassant ce minimum fort honnête est donc de 1 milliards et demi. C'est une richesse énorme, mais une richesse aux mains d'un trop petit nombre de personnes, et qui cause la détresse d'une masse de peuple considérable.

O'Connell a repris son œuvre en Irlande en modifiant son rôle comme nous l'avons indiqué. Dans une dernière séance de l'association qu'il a présidée, il a dit, en parlant avec chaleur de l'accueil qu'il a reçu en Angleterre: «Je croyais l'oligarchie toute-puissante, et j'ai trouvé un peuple parfaitement disposé pour l'Irlande et imbu des plus saines idées de justice; aussi prend-je, dès à présent, l'engagement de ne jamais prononcer une parole qui puisse blesser le peuple anglais. C'est un grand, c'est un beau peuple, et, si je ne suis pas mis en prison, j'irai visiter les districts les plus populeux de l'Angleterre, et vous rapporterai des nouvelles aussi bonnes que celles d'aujourd'hui.» Ce voyage projeté pourrait bien n'être pas exécuté, car il s'accrédite que la sentence, malgré l'appel, sera immédiatement exécutée.

Un jury arbitral avait été constitué d'accord entre M. Grandin, député d'Elbeuf, et M. Charles Laffitte, deux fois élu par le Collège de Louviers, et qui deux fois a vu son élection annulée par la Chambre, pour prononcer sur les dires contradictoires de ces deux messieurs. Ce jury vient de rendre et de publier son opinion, de laquelle il nous paraît difficile en la pressant bien, d'extraire autre chose sinon que M. Grandin n'a pas tout à fait tort, et que M Laffitte n'a pas tout à fait raison.

Nous voudrions pouvoir détourner les yeux d'un événement affreux dont le département de la Loire vient d'être le théâtre, et qui a jeté la désolation et le désespoir dans ces laborieuses contrées. A la suite d'une agitation d'ouvriers mineurs, dans laquelle l'autorité judiciaire avait reconnu tous les caractères d'une coalition, dix-sept d'entre eux avaient été mis état d'arrestation. Le vendredi 5, ces prisonniers partirent de Rive-de-Gier pour être dirigés sur la maison d'arrêt de Saint-Étienne. Nous ignorons par quel motif leur translation ne fut point opérée par la voie du chemin de fer, si rapide et si sûre, et pourquoi le préfet du département et le procureur général de Lyon préférèrent la voie de terre, malgré toutes ses lenteurs et tous ses dangers. Une escorte de 80 fantassins, commandés par un capitaine, de 25 chasseurs à cheval et de 11 gendarmes fut formée pour accompagner le convoi. Une compagnie d'infanterie l'accompagna à distance. A quatre kilomètres de Rive-de-Gier, au hameau de la Grand-Croix, un rassemblement lança des pierres contre l'escorte, et des enfants se précipitèrent à la tête des chevaux. Quelles furent alors les nécessités de situation de la troupe; nous l'ignorons; l'enquête nous le fera connaître, elle nous dira si l'extrémité bien cruelle à laquelle on a cru devoir recourir était absolument inévitable. En attendant, nous avons la douleur d'avoir à dire que cinq hommes du peuple sont restés sur le terrain, atteints de coups de feu à la gravité desquels un d'entre eux, qui se trouvait là en curieux, a déjà succombé. Le convoi a poursuivi sa route, et les prisonniers ont été écroués à leur destination.

A Commentry, dans l'Allier, un éboulement considérable, produit par une violente explosion qui se manifesta dans les galeries des mines, laissa pénétrer le gaz dans une des galeries occupées et bientôt la flamme se répandit avec une rapidité prodigieuse. Cinq ouvriers furent ensevelis; et l'on n'a retiré que des cadavres. Par suite de l'explosion, le feu s'est communiqué au charbon, qui brûle sur une vaste étendue et projeté des flammes qui s'élevaient à une grande hauteur. On s'est rendu en foule de Montluçon et des environs pour contempler ce spectacle de désolation. L'ingénieur des mines est arrivé en toute hâte sur les lieux du sinistre, et n'a trouvé d'autre moyeu que de noyer la mine. Il faudra bien du temps et du travail pour réparer le dommage, qui est évalué à une somme considérable.

On écrit de la Nouvelle-Orléans, le 2 mars, que l'on venait d'y recevoir la nouvelle que la veille au matin, entre deux et trois heures, deux steamers s'étaient rencontrés et entre-choqués sur le Old-River, au-dessous d'Atchafalaya, et que l'un d'eux, le Buckeye, a été englouti en moins de cinq minutes. Tous les passagers, au nombre de plus de 300, noirs et blancs, étaient couchés au moment du choc; 60 à 80 ont péri.

La chambre des députés et l'armée ont rendus les derniers devoirs à M. le général de la Bourdonnaye. La chambre des pairs a perdu M. le marquis de Lusignan;--la chambre des lords, en Angleterre, lord Abinger, premier baron de l'échiquier, qui s'était fait une grandi réputation au barreau avant son élévation aux dignités, et alors qu'il portait le nom de Scarlett. Enfin le prince Démétrius Galuzin, général de cavalerie russe, gouverneur général de Moscou, auquel l'empereur avait permis depuis un an, pour le rétablissement de sa santé, de résider à Paris, vient d'y mourir.