La Frégate à vapeur le Princeton.
L'Illustration a rendu compte, dans son numéro du 23 mars, de l'horrible catastrophe arrivée sur le Potomac, près de la ville de Washington, et qui a coûté la vie à plusieurs des hommes les plus éminents des États-Unis.
Nous donnons aujourd'hui la reproduction d'un plan du Princeton, publié par le Weekly Dispatch, et qui indique la position du canon dont l'explosion a causé de si affreux ravages, celle des spectateurs et celle des victimes de ce terrible accident.
Cet énorme canon en fer qu'on voit à bâbord, sur l'avant du navire, et qui tourne sur lui-même, constitue, au propre et au figuré, une révolution dans l'art de la guerre, une des inventions les plus meurtrières des temps modernes.
On se souvient que, dans la dernière guerre entre les États-Unis et l'Angleterre, les Américains eurent sur la marine britannique un avantage marqué qui étonna l'Europe et dont ils sont encore fiers aujourd'hui. Ils le durent en très-grande partie à l'emploi du canon à pivot, qui, se ployant sur le pont extérieur de toutes sortes de bâtiments et pouvant se pointer avec facilité dans toutes les directions, permet de mettre à profit toute occasion de prendre en long les vaisseaux ennemis et de les désemparer de leur mâture. Cette tactique réussit au delà de toute espérance et assura la victoire à la flotte américaine.
C'est ce procédé que le capitaine Stockton a perfectionné en l'adaptant à un nouveau plan; et il en faisait la première application à un bâtiment à vapeur, lors de l'expérience qui a eu de si funestes résultats.
On voit, par la différence des proportions de ce canon avec celles des autres pièces qui forment l'armement du Princeton, quelle en est l'importance dans ce nouveau système d'artillerie maritime. La ligne brisée qu'on remarque sur la partie postérieure de la pièce indique la portion détachée par l'explosion et qui, en fracassant le bordage du bâtiment, a frappé tant de victimes.
Le journal américain a fait un rapprochement assez singulier: «Presque toutes les inventions extraordinaires et destructives ont été, dit-il, fatales à leurs auteurs ou patrons dès les premières expériences qui en ont été faites. Ainsi Guillotin, qui a inventé l'instrument de supplice qui porte son nom, a fini ses jours par la guillotine. M. Huskinson, membre du ministère anglais, a été tué par accident, lors de l'inauguration du premier chemin de fer de la Grande-Bretagne. Le capitaine Robert, qui, le premier, a traversé l'Atlantique sur un bâtiment à vapeur, se trouvait à bord du steamer le Président lorsque celui-ci fut, selon toute apparence, englouti par le même Océan. Enfin, il s'en est failli de bien peu que le capitaine Stockton ne pérît victime de son canon destructeur.»