Modes de Longchamp

De cette semaine seulement datent les nouveautés du printemps: le beau temps avait, il est vrai, favorisé la promenade de Longchamp: quelques toilettes s'y étaient montrées; mais que pouvait-on voir au milieu de ce pêle-mêle d'équipages, de fiacres, de milords perdus dans la poussière? Ce n'est vraiment que lorsque les Champs-Elysées sont restés en possession de leurs promeneurs ordinaires, et que les jolies Parisiennes se sont reconnues dans leur vrai monde, qu'enfin nous avons pu admirer toutes les fraîches créations de la semaine de Longchamp.

Voici quelques-unes de ces jolies parures:

Cette dame est coiffée d'un chapeau de gros de Naples blanc, sur lequel sont des raies en agréments de paille, et une plume couchée; sa robe est en soie caméléon garnie d'effilés. Le petit garçon a une veste turque à manches demi-longues et un petit loquet grec. Ce costume est charmant pour un enfant de quatre à huit ans. Il est l'œuvre de M. Cior fils, qui sait très-bien babiller les enfants selon leur âge.

Cette robe est encore de soie glacée. Les robes changeantes sont si coquettes! Celle-ci vous paraît bleue; elle vous plaît, vous la suivez des yeux. Sa couleur bleue disparaît au soleil: c'est une robe lilas, puis grise, rose, etc.

L'autre, la robe ci-dessus, est faite à revers, elle est demi-décolletée, elle laisse voir un fichu à très-petit col et à devant couvert de broderies; son grand volant est bordé et surmonté d'un plissé de ruban en ruche; le chapeau de paille est garni de rubans cerise et blanc. Les chapeaux sont d'Alexandrine, les robes de mademoiselle Duguet.

Le costume de la petite fille se compose, comme toujours, d'une robe courte et d'un pantalon: la robe est à corsage ouvert en pointe, le chapeau de paille garni de deux choux de rubans.

On fait de très-jolies capotes de paille à fond d'étoffe: elles sont ornées de rubans nuancés; on y ajoute souvent une grosse fleur comme à celle-ci.

Mais ce qui sied bien, ce qui est élégant, c'est ce chapeau de crêpe, recouvert en dentelles, dans lesquelles viennent se cacher à moitié de charmantes et fines fleurs.

Les promenades à la campagne rendront la vogue à la douairière; pour la ville, on préfère dans ce moment une ombrelle un peu plus grande que les marquises, mais dans la même forme. Elles se font en blanc doublé de rose ou en soie glacée, lilas rose; presque toutes sont bordées d'un effilé.

Nous le répétons, pour robes, pour chapeaux, pour ombrelles, les nuances claires sont seules adoptées, par harmonie sans doute avec la verdure et le beau soleil du printemps.

Les toilettes de ville se distinguent de jour en jour davantage des toilettes pour la campagne: on s'est lassé d'une trop longue et trop uniforme simplicité, Paris, la ville de la riche élégance, ne s'exposera pas plus longtemps à perdre le sceptre de la mode. Ces toilettes mesquines, ces pauvres chapeaux de paille garnis d'un triste velours noir, ces trop modestes robes de guingan et de jaconas sont proscrites aujourd'hui.

Alexandrine, Beaudrant, Maurice Beauvais, sont chargés de combiner les effets des fleurs, des dentelles, des plumes et des rubans. Le temps de l'élégance est revenu. La soie nuancée, rayée, brochée, fait presque toutes nos robes; les plus légers barèges varient seuls ce grand luxe d'étoffes riches.

Toutes ces toilines écossaises, ces nankins et ces frais coutils, qui font de gracieuses robes, soit lacées du corsage, soit très-montantes ou amazone, sont réservés pour toilette de campagne; c'est à peine si le matin on ose les porter à la ville. A la campagne, c'est tout différent, cette simplicité est charmante.--La dentelle craint les buissons et les ronces.--Pourquoi porterait-on des fleurs à côté de celles des parterres et des jardins?