Histoire de la Semaine.
Nous avons déjà applaudi au sentiment de juste orgueil, de reconnaissance patriotique qui se développe avec plus d'ardeur depuis quelques années dans les départements, et porte les localités qui ont vu naître une de nos gloires, de nos illustrations nationales, à honorer son souvenir. Cet élan de cœur a donné naissance sans doute à plus d'un monument, à plus d'une statue qui ne sont pas irréprochables, mais, comme l'a déjà dit un vers parfaitement honnête;
Une bonne action vaut mieux qu'un bon ouvrage.
Le Havre a ouvert une souscription et provoqué la formation d'une commission pour l'érection, dans ses murs, d'une statue à Casimir Delavigne.--Nos gloires militaires ne sont pas oubliées non plus, malgré nos trente ans de paix. La mémoire si pure de Championnet va recevoir une consécration du même genre, et aujourd'hui nous avons à rendre compte de l'accueil que Reims et Cherbourg ont fait aux dépouilles mortelles de Drouet d'Erlon et du colonel de Briqueville.
De grands préparatifs avaient été faits dans la cathédrale de Reims pour la cérémonie funèbre des obsèques du maréchal qui avait demandé, par son testament, à être enseveli dans sa terre natale. Le portail de la magnifique église métropolitaine était voilé, depuis le sol jusqu'aux ogives des portes, d'une immense draperie noire; à l'intérieur, une pareille tenture s'étendait sur toute la longueur de la nef et s'élevait jusqu'à la galerie. A chaque pilier de la nef étaient appliqués des trophées de drapeaux tricolores et des écussons sur lesquels étaient inscrits les noms des batailles auxquelles le maréchal a pris part: Fleurus, Zurich, Constance, Hohenlinden, Altkirch, Austerlitz, Iéna, Friedland, Dantzick, Toulouse, Waterloo. On avait élevé dans le chœur un immense catafalque surmonté d'un baldaquin haut de vingt-cinq à trente mètres, et entouré d'innombrables candélabres. De forts détachements avaient été appelés des garnisons voisines pour rendre les honneurs militaires aux restes de ce noble, débris de nos glorieuses armées, et toute cette cérémonie a été, pour le pays où il était né et où son nom était justement populaire, un jour d'émotion profondément sentie. Un monument funéraire s'élève. Il sera pour les Rémois un objet de culte et un souvenir d'orgueil.
JOANNES BAPTISTA DROUET D'ERLON,
COMES, FRANCIE MARESCALLUS ET PAR,
SUPREMUS ALGERIE GUBERNATOR,
ACER BELLO
AMPLISSIMA DIGNITATE
IN REGIO HONORIFICE LEGIONIS ORDINE
MULTISQUE ORDINIBUS EXTERNIS
INSIGNITUS,
PRIVATE UTILITATIS IMMEMOR,
VIXIT, OBUTQUE PAUPER
SANCITA LEGE
PATRIA EXSEQUIAS EJUS SOLVIT
FILIAMQUE DOTAVIT.
CIVITAS RHEMORUM
ERE PUBLICO IN PERPETUUM
SEPULTURAM CONCESSIT
H. S. E.
NATUS RHEMIS, AN.: M.DCC.LXV.
OBUT PARISIIS, AN.: M.DCC.XLIV.
Inscription et ornements du sarcophage intérieur.
A Cherbourg, les troupes de terre, la marine, la garde nationale, la population tout entière sont venues au-devant de la voiture chargée du cercueil qu'attendaient de pieux hommages. Le service a présenté, par la solennité, par le recueillement, par les dispositions des ornements et des attributs, le même spectacle funèbre que celui de la cathédrale de Reims. Mais quand le cortège se fut remis en route vers le cimetière, placé sur un des versants qui dominent la ville et la mer, la cérémonie prit alors un caractère que rien ne peut rendre. La majesté de la nature et les émotions de la scène impressionnaient, les assistants jusqu'aux larmes. On porte à vingt mille le nombre des personnes de tout rang qui avaient voulu venir honorer la vie glorieuse et belle de Briqueville, et prouver qu'en France il est bon nombre de cœurs qui mettent encore le culte de la patrie au-dessus de celui des intérêts privés.
Le calme parlementaire que nous avions signalé n'était-il donc qu'un calme trompeur? Samedi dernier, à l'une et à l'autre. Chambre, on a préludé à des débats différents mais qui semblent présager une animation égale. A la chambre des Députés, on a demandé le dépôt de documents sur l'affaire de Taïti, que l'arrivée de l'aide de camp de l'amiral Dupetit-Thouars a dû mettre à la disposition du gouvernement, s'il ne les avait pas reçus précédemment; et un demi aveu de M. le ministre de la marine, qui ne sait pas toujours taire tout ce qu'il dit ne pas savoir, ainsi qu'une justification essayée par M. le ministre des affaires étrangères, des déclarations faites antérieurement par le cabinet que tout détail lui manquait, ont paru à l'opposition pouvoir l'autoriser à accuser le ministère non plus d'avoir tu la vérité, mais de l'avoir altérée. Dans la séance de mardi dernier, après dépôt sur le bureau de la Chambre d'un seul document, on est convenu de rentrer complètement dans ce débat à la séance du vendredi, et, à l'heure où nous écrivons, la lutte est plus vivement engagée que jamais.
A la chambre des pairs, M. le duc de Broglie est venu donner lecture d'un rapport fort étendu et soigneusement travaillé de la commission chargée de l'examen du projet de loi sur la liberté de l'enseignement. La commission, par l'organe de son rapporteur, a proposé des amendements dont deux surtout ont une importance véritable. Par le projet, M. le ministre de l'instruction publique demandait que le corps enseignant fût en majorité dans le jury chargé de faire subir les examens et de délivrer les brevets de capacité aux citoyens qui se présentent pour ouvrir un établissement d'éducation. Cette précaution a paru excessive; il a semblé, avec raison, à la commission qu'il suffisait que ce corps y fût largement représenté, que la direction de l'examen lui fût assurée par la présidence du recteur de l'Académie, et qu'il n'y avait point avantage pour le ministre à demeurer responsable, en intervenant dans le choix de presque tous les membres du jury, des décisions sur lesquelles il ne peut et ne doit, en réalité, exercer aucun contrôle. En conséquence, elle a limité à quatre, le recteur compris, le nombre des membres du jury dont la désignation appartiendra au ministre; elle en a exclu les proviseurs, les censeurs et professeurs des collèges, rivaux présumés des candidats qui se proposent; elle y fait ensuite entrer deux conseillers de la cour royale, désignés par leur cour elle-même, au lieu du procureur général proposé par le projet; le maire de la ville, un délégué de l'autorité diocésaine ou consistoriale, et enfin le plus ancien instituteur privé, établi au chef-lieu de l'Académie. «Dans un pareil jury, dit le rapport, la direction appartiendra au corps enseignant; la décision à des hommes contre lesquels aucun soupçon de partialité ne peut s'élever.» L'autre amendement, non moins important, tranche nettement et justement, à notre avis, une partie de la question que M. Villemain avait mal résolue, ou plutôt avait négligée. Selon sa proposition, les écoles secondaires ecclésiastiques, auxquelles il n'aurait pas convenu de remplir les concluions des établissements de plein exercice, c'est-à-dire d'avoir, pour les classes supérieures, des professeurs gradués, auraient néanmoins été admises, en présentant leurs élèves aux épreuves du baccalauréat ès-lettres, à obtenir, pour la moitié de ceux qui sortent chaque année, le diplôme ordinaire. Cette proposition a été déclarée singulière; la commission s'est refusée il donner son assentiment à une combinaison semblable; sur ce point donc, elle propose que les écoles secondaires ecclésiastiques, auxquelles sont conservées leurs autres immunités, soient assujetties à la règle commune, et que ceux de leurs élèves qui renoncent à se vouer au ministère du culte et veulent poursuivre une autre carrière, ne puissent être reçus bacheliers ès-lettres qu'en justifiant, comme tous les autres jeunes gens en sont tenus, qu'ils ont fait leurs cours de rhétorique et de philosophie dans un établissement de plein exercice public ou privé.--Ces dispositions, et celles que la commission a également introduite dans le projet, ont paru généralement dictées par un sage désir de conserver à l'État une juste et naturelle influence sur l'enseignement public, et, néanmoins, de réaliser la promesse écrite dans la Charte de 1830. Nul doute que ces modifications que nous nous permettrons de regarder comme incomplètes encore, ne conjureront pas, que quelques-unes même pourront rendre plus vive la levée de boucliers dont le projet primitif avait déjà été le signal. Mais la parfaite mesure du rapport, l'autorité des noms du rapporteur et des membres de la commission, l'unanimité de leurs avis, tout cela, sans doute, sans apaiser l'irritation, la rendra vaine. Déjà, et sans attendre au lundi 22, jour fixé pour l'ouverture de cette discussion publique, nous avons entendu un jeune pair, à l'occasion de la loi des fonds secrets, anticiper sur ce débat, changer la tribune du Luxembourg en chaire du moyen âge, se disant fils des croisés, appeler au combat les enfants de Voltaire. Il a abrogé, par ses mépris et la déclaration de 1682 et le concordat de 1802; il a fait un tableau à sa façon de prétendues persécutions prêtées à Napoléon envers les prélats, a cité des contes qu'une gouvernante bigote a pu seule débiter à des enfants, et quand un sourire d'étonnement lui a répondu, «C'est de l'histoire, messieurs!» s'est-il écrié. Il aurait dû ajouter de l'histoire ad majorem Dei gloriam! car ce n'est que dans les livres qui portent cette devise que de telles puérilités peuvent se produire. Mais, ce qui est plus triste, c'est que l'orateur a pu dire: «Les archevêques, les évêques, qui élèvent la voix sont, dites-vous, des factieux! mais c'est vous qui les avez nommés!» M. le ministre de l'instruction publique, improvisant une réponse à ce discours écrit et longuement préparé, n'a pas, sur tous les points, rencontré la meilleure réplique et les meilleurs arguments. Le lendemain, M. le garde des sceaux et M. Rossi ont cherché à compléter la réponse de la veille. «M. Dupin a aussi essayé de répondre, mais malheureusement c'était le baron, ce n'était pas l'aîné.--Un peut pressentir la vivacité du combat que cet engagement d'avant-garde annonce pour la discussion qui s'ouvrira lundi; on comprend également combien toutes les autres questions qui se pouvaient traiter, à l'occasion du vote de confiance des fonds secrets, devaient paraître secondaires après celle de Taïti, par laquelle MM. le prince de la Muskowa, de la Redoute et Pelet (de la Lozère), avaient ouvert le débat, et celle de la ligue des prélats, qui avait passionné ensuite l'assemblée. Aussi M. le vicomte Dubouchage qui, même en temps ordinaire, n'a pas l'oreille de la Chambre, a-t-il vainement cherché à fixer son attention au sujet de l'affaire déplorable de Rive-de-Gier. Aussi M. le marquis de Boissy n'a-t-il pu, malgré ses tentatives réitérées, amener le débat sur la question du droit de visite et faire que quelques éclaircissements fussent, donnés à l'occasion du bruit généralement répandu dernièrement, qu'un projet de conspiration avait été découvert dans le sein de plusieurs régiments de la garnison de Paris.
La chambre des députés a voté une loi sur les brevets d'invention qui modifie sur plusieurs points, dans l'intérêt des inventeurs et de l'industrie, la législation existante. Tout en maintenant la redevance de 500 fr. pour le brevet de cinq ans, de 1,000 fr. pour le brevet de dix, et de 1,500 fr., pour celui de quinze ans, elle a décidé, contre l'avis de la commission et du gouvernement que le paiement de cette redevance, acquitté d'avance jusqu'ici, ne serait plus effectué que par annuités de 100 fr. chacune. Les auteurs de cet amendement, dont l'adoption a entraîné le changement de l'économie entière du projet de loi, ont très-bien établi que la loi sur les brevets d'invention ne doit pas être une loi fiscale; que les taxes qu'elle impose ne doivent avoir d'autre but que d'écarter les rêveurs qui, sans ce frein, viendraient chaque jour déposer des projets inapplicables; mais qu'il ne faut pas que, par leur exigences, elles mettent des hommes laborieux dans l'impossibilité de s'assurer la propriété de leurs idées et dans l'obligation d'avoir recours à des usuriers qui les dépouillent. MM. Belmont et Taillandier, en faisant adopter leur amendement, appuyé par MM. Odilon Barrot et Arago, ont donné à la loi le caractère qu'elle doit avoir. M. Bouillaud a fait repousser la proposition de breveter certaines préparations pharmaceutiques; le règne des pâtes pectorales est donc à son déclin. Enfin, M. Vivien a fait imposer aux brevetés l'obligation de bien faire connaître au public que le gouvernement ne garantit pas leur invention. Cette disposition prévient l'exploitation abusive d'un droit concédé sans contrôle, et contribue à donner un caractère de moralité à la loi. Elle a été votée, comme il serait à désirer que toutes les lois le fussent, à la presque unanimité.
La chambre du palais Bourbon a vu lui revenir le projet sur la chasse, dans lequel la chambre des pairs avait réintroduit l'article du projet primitif du gouvernement, qui exceptait des dispositions de la loi les propriétés de la couronne. Sur la proposition de M. Luneau, cette exception avait été effacée. Ayant à se prononcer de nouveau, la commission de la chambre des députés, qui avait admis cet article la première fois, en a proposé le rétablissement voté par la pairie, la majorité a adopté ces conclusions.
La Chambre va être appelée encore à maintenir une de ses précédentes décisions ou à se déjuger. M. Charles Laffitte a été élu pour la troisième fois à Louviers. Deux fois la Chambre a vu dans la soumission déposée par lui, à la veille du scrutin, pour l'embranchement du chemin de fer de cette ville, une véritable clause d'un contrat qu'elle n'a pas voulu ratifier. Lui fera-t-on voir tout autre chose aujourd'hui?--Deux autres élections ont également donné des candidats ministériels pour successeurs à des députés de l'opposition constitutionnelle. M. Galis et M. Sauhal ont été remplacés, au neuvième arrondissement de Paris par M. Loquet, et à Villefranche (Haute-Garonne) par M. Martin (de Toulouse). Les derniers scrutins de la Chambre ont été assez exactement partagés pour qu'un déplacement de deux voix ne soit pas indifférent au cabinet.
Dans notre précédent numéro nous annoncions de combien de titres et de décorations la reine Isabelle et sa mère venaient de récompenser le zèle de leurs ministres. Les bourreaux non plus n'ont point été oubliés, et Roncali devient grand-croix de Saint-Ferdinand. Mais ce qui est plus triste, ce qui nous est plus pénible à annoncer, c'est que les insignes du grade le plus élevé de cette Légion d'Honneur, que Napoléon avait instituée pour un tout autre usage, viennent d'être expédiés par notre gouvernement à ces mêmes hommes, pour reconnaître l'envoi qui a été fait à M. Guizot de la Toison d'Or. Gonzalès Bravo, Narvaez et ce duc de Baïlen, dont le titre rappelle une des plus honteuses, des plus détestables trahisons envers les Français, sont faits grands-croix de la Légion d'honneur. En vérité, c'est bien étrangement placer ses faveurs, c'est bien légèrement témoigner sa sympathie pour des actes qui ont révolté tous les hommes faisant passer les intérêts de l'humanité avant les calculs de la passion politique--Quand le nom de la France doit être prononcé en Espagne, combien nous sommes plus fiers que ce soit dans des circonstances pareilles à celles qui viennent de s'offrir à Carthagène. Ce sont les consuls de France et d'Angleterre ont, en quelque sorte, arbitré les conditions de la reddition de cette place, et qui ont fait prendre envers eux-mêmes, à Roncali, l'engagement qu'il n'y aurait pas une goutte de sang répandue. 195 réfugiés politiques ont été reçus à bord du brick français le Cassard, par le capitaine de corvette de Roquemaurel, et conduits à Oran, d'où ils ont été dirigés sur Alger, pour être mis à la disposition du gouverneur général.--A quoi bon annoncer que l'on vient de régler, ou, pour mieux dire, de supprimer, par ordonnance, la liberté de la presse en Espagne? Quand les cortès sont exilées, quand on détient une partie de leurs membres dans les prisons, le gouvernement par ordonnance devient fort logique.--Le dimanche des Rameaux, une horrible catastrophe est arrivée à Felanix, dans l'île Mayorque. Une procession y a lieu tous les ans à l'occasion de cette solennité; une grande affluence de peuple s'était placée dans l'enceinte appelée le vieux cimetière, en face de l'église de Sainte-Rose, pour entendre des sermons qu'il est d'usage de prêcher près de cette enceinte. Au moment où commençait une de ces prédications, un mur, séparant le vieux cimetière de la Grande-Rue, s'est écroulé, et la foule qui s'y trouvait adossée a été écrasée sous les décombres de cette ruine. 615 personnes ont été victimes de cet accident, et dans le nombre on a compte 414 morts et 191 blessés.--Le Morning Chronicle annonce que le gouvernement espagnol a consenti, sur la demande du gouvernement français, à reporter à l'Ebre la ligne de douanes établie aujourd'hui à la frontière des deux pays. Le journal anglais dit qu'il en résultera que les productions de la France entreront dans les provinces basques sans payer de droit, et que l'on ne manquera pas de profiter de cet état de choses pour introduire beaucoup de marchandises de contrebande dans l'intérieur de l'Espagne. Il voit dans cet avenir un grand préjudice pour le commerce d'exportation de la Grande-Bretagne avec la Péninsule. Que le Morning Chronicle se rassure, il sait bien que notre commerce ne vit pas de contrebande, et que personne ne songe à lutter dans ce genre d'industrie avec les grands faiseurs anglais de Gibraltar, de Bilbao et du littoral espagnol de la Méditerranée.
Dans la dernière réunion pour le rappel, O'Connell a donné les détails suivants sur la marche probable de son procès: «Lundi (c'était lundi dernier) on nous citera pour le jugement, qui ne sera peut-être prononcé que jeudi; le même jour nous pourrons prendre l'initiative d'un writ d'erreur. Après avoir été soumise aux douze juges d'Irlande, cette procédure passera au parlement. Je m'y rendrai; il y aura discussion, et le jugement sera cassé, je n'en doute pas; l'opinion que j'avance ici n'est pas mon opinion personnelle, c'est celle des légistes les plus renommés d'Angleterre et d'Irlande. Cette procédure nous donnera six semaines, et je profiterai de mon temps pour combattre au parlement le bill d'enregistrement pour l'Irlande.»--Le parlement d'Angleterre a repris ses séances le 15.
Le 27 février, la ville de Santo-Domingo s'est insurgée contre les Haïtiens. Après un combat, ces derniers se sont retranchés dans l'arsenal, où ils ont été assiégés par la population espagnole. Le consul français étant intervenu a fait cesser le combat. Une capitulation a eu lieu, et les Haïtiens ont déposé les armes dans la maison du consul. Un bâtiment devait être frété, et les Haïtiens transportés, soit à Jacimel, soit au Port-au-Prince. Le mouvement a été imité par toute la partie espagnole de Haïti. Les insurgés se sont emparés de toutes les autorités haïtiennes, et ils se sont mis en république sous le nom de République Dominicaine. Ils ont arboré un pavillon et formé un gouvernement provisoire. Un grand mouvement se manifestait au départ des dernières dépêches dans l'ancienne partie française.--Les nouvelles, en se confirmant, feraient momentanément perdre de son intérêt à la mesure prise, dit-on, par le gouvernement haïtien, qui aurait déclaré que le droit d'acquérir et de posséder dans cette île n'appartiendrait désormais qu'aux étrangers sujets des gouvernements qui ont émancipé leurs esclaves. Nous voulons l'émancipation, mais nous ne saurions accepter qu'elle fût imposée à notre gouvernement par un gouvernement étranger, et que Haïti qui, par sa convention avec nous, doit nous traiter comme la nation la plus avantagée vint aujourd'hui y déroger aussi gravement.
L'assemblée nationale de la Grèce a terminé ses travaux. Elle a voté une loi électorale pour compléter la constitution.
L'esprit étroit de localité qui s'était déjà manifesté dans d'autres délibérations est venu particulièrement entacher cette loi. Tout député devra être né ou avoir sa résidence dans la province qu'il représentera. Cette restriction à la liberté des électeurs a été votée par 90 voix contre 88.--Il paraît que M. Coletti, qui jouit toujours d'une grande popularité, a été chargé par le roi de composer le nouveau cabinet.
Une correspondance de Bucharest annonçait ces jours derniers que la situation intérieure de la Valachie se compliquait de plus en plus. Le prince Bicesco rencontrerait autant de difficultés pour gouverner que son prédécesseur le prince Ghika, déposé il y a un an par la Russie. L'assemblée générale des représentants de la nation, ayant opposé à ses vues une très-vive résistance, aurait été subitement dissoute par le prince.
L'armée de mer vient de perdre M. l'amiral des Rotours, qui comptait de longs et beaux services.--Un ancien député à rassemblée législative, M. Pomiès, qui avait quitté la représentation nationale pour les modestes fonctions de maire de sa commune, qu'il exerçait depuis cinquante ans, vient également de terminer sa carrière, à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans, à Saint-Antonin (Tarn et Garonne).
P. S. M. Billaut, dans un discours très-incisif et très-attentivement écoulé, a fait ressortir les passages du dernier rapport de M. l'amiral Dupetit-Thouars, et lui a fait connaître des renseignements particuliers qui lui ont été fournis, desquels il résulterait, selon lui, que les communications jusqu'ici faites à la Chambre par le ministère sont, malgré ses déclarations, fort incomplètes. M. le ministe des affaires étrangères l'a remplacé à la tribune, et a annoncé le dépôt de pièces nouvelles. Après un débat personnel entre M. Ledru-Rollin et M. le ministre de la marine, la Chambre a ajourné cette discussion, dont la reprise sera fixée, après qu'il aura été pris communication de ces documents complémentaires.