Académie des Sciences.

COMPTE RENDU DES TRAVAUX PENDANT LE DERNIER TRIMESTRE DE 1843 ET LE PREMIER TRIMESTRE DE 1844. (SUITE. ET FIN.) (Voir t. I, p. 217, 234, 258; t. II, p. 182, 198, 346 et 394; t. III, p. 26, 58 et 134.)

V. Technologie et mécanique appliquée.

Machines à vapeur.--La théorie de la machine à vapeur a été le sujet de communications nombreuses et d'une polémique où les adversaires ont su rester dans les bornes d'une parfaite convenance, entre MM. Poncelet, Morin, de Pambour, etc.

Il y a déjà quelques années que M. Combes, ingénieur en chef des mines, a rapporté et décrit l'indicateur dynamométrique de Macnaught, instrument destiné à accuser la tension de la vapeur et le degré de vide en chaque point de la course du piston d'une machine à vapeur. Des recherches entreprises sur l'influence des enveloppes dans ces machines, ont conduit M. Combes à apporter quelques modifications à l'indicateur dont nous donnons ici les dessins d'après cet ingénieur.

La figure 1 représente la disposition générale de l'indicateur fonctionnant. Cet appareil D est vissé à la partie supérieure du cylindre C de la machine, et communique avec la tige du piston par le levier coudé Q P, dont la branche P est une corde.

La figure 2 donne le détail du mécanisme de l'indicateur. La partie inférieure F est la tubulure que l'on visse sur le cylindre. A est un petit corps de pompe dans lequel se meut un piston dont la tige B sort à la partie supérieure. Un crayon Z est fixé à un certain point de la tige. Entre l'embase à laquelle est fixé le porte-crayon et le couvercle B du petit corps de pompe, est un ressort à boudin qui est comprimé lorsque la tige s'élève au-dessus du zéro de l'échelle; et allongé lorsqu'elle s'abaisse au-dessous. Le zéro de cette échelle, que l'un voit sur la gauche de la figure, correspond à une tension nulle du ressort.

Le manchon N sert à maintenir le support L d'un autre cylindre K, en un point fixe du corps de pompe. A ce support est aussi fixée une poulie verticale O; c'est autour de cette poulie que s'enroule le cordon P, qui est attaché à la tige du piston de la machine; après cet enroulement la corde vient s'attacher à un barillet à ressort en spirale, fixé sur un axe placé dans l'intérieur du cylindre K. Ce ressort tend à faire tourer le cylindre K autour de son axe en sens inverse de la rotation que tend à lui imprimer le mouvement de va-et-vient du piston, communiqué par la corde P à l'aide de la poulie de renvoi O. Si donc on vient à ouvrir le robinet S, qui établit communication entre le cylindre de la machine à vapeur et le cylindre de l'indicateur, le crayon Z sera animé d'un mouvement de va-et-vient vertical, et comme le cylindre K est enveloppé extérieurement d'un papier, qui prend avec ce cylindre un mouvement de rotation alternatif, le crayon Z laissera sur le papier une trace qui indiquera les variations que la tension de la vapeur a subies pendant la durée du la course du piston.

Lorsque l'on fait usage de cet instrument, on commence par laisser donner à la machine quelques coups de piston sans ouvrir le robinet de l'indicateur, pour que le crayon trace la ligne qui correspond au zéro de l'échelle. On relève le crayon et on ouvre le robinet. Le piston suit alors les tensions de la vapeur. Au bout de quelque temps, sans rien déranger d'ailleurs à l'instrument, on amène le crayon au contact de la feuille de papier, et le crayon trace une figure représentant exactement la tension de la vapeur et le degré de vide pour chaque position du piston.

L'échelle de l'instrument est graduée de telle sorte que chaque division correspond à un effort d'un kilogramme par centimètre carré exercé par la vapeur.

La figure 3 représente une des courbes tracées par le crayon pendant les expériences faites par M. Combes sur une machine établie au Pecq.

C'est à l'aide de relevés de ce genre que cet ingénieur a pu évaluer numériquement l'influence avantageuse d'une enveloppe extérieure au cylindre d'une machine. Sans cette enveloppe, il se produit une liquéfaction considérable de vapeur au moment de l'introduction dans le cylindre.

M. Lamé a lu un rapport favorable sur un mémoire de M. Clapeyron, relatif au règlement des tiroirs dans les machines locomotives et à l'emploi de la détente.

Hydraulique.M. Bayer, colonel d'état-major au service de Prusse, est l'auteur d'un aperçu général d'une théorie de la contraction de la veine fluide pour l'écoulement par des orifices en mince paroi.

M. Fourneyron a fait connaître le résultat de ses expériences pour déterminer la pression exercée par l'eau en mouvement contre différentes surfaces perpendiculaires et obliques, immobiles et entièrement plongées dans un courant considéré comme indéfini.

On doit au même auteur une nouvelle table très-commode pour la résolution numérique des questions qui se présentent lorsqu'il s'agit de calculer le mouvement de l'eau dans les tuyaux de conduite.

M. Lefort, ingénieur des ponts et chaussées attaché aux eaux de Paris, a fait connaître des circonstances curieuses relativement au volume des eaux fournies par le puits artésien de Grenelle.

Arts mécaniques.--Le mémoire de MM. de Saint-Venant et Yantzel sur l'écoulement de l'air, est la suite de nouvelles expériences faites par ces ingénieurs, en complément de celles dont ils avaient publié les résultats dans le Journal de l'École Polytechnique en 1840.

Sur le rapport de M. Séguier, l'Académie a donné son approbation à des voitures articulées, que M. Dufour destine à la circulation sur les routes ordinaires.

L'industrie française s'est acquis le privilège exclusif de la fabrication des appareils catadioptriques imaginés par l'illustre Fresnel pour son système de phares. M. François jeune vient d'exécuter pour le phare écossais de Sherivore la partie dioptrique d'un phare de premier ordre, en remplacement du tambour catoptrique qui était adopté pour les appareils de grande dimension. Il a aussi résolu, avec une habileté remarquable, un problème qui présentait de graves difficultés. C'est un pas de plus dans un art où la France l'emporte, sans conteste, sur tous les peuples rivaux.

Arts chimiques.--M. de Muolz, l'auteur d'un procédé remarquable pour la dorure électro-chimique des métaux, a communiqué des recherches du plus haut intérêt sur les moyens d'obtenir une substance ne contenant pas de plomb, et remplaçant la céruse dans ses usages industriels. M. Mousseau a complété les résultats auxquels M. de Muolz était parvenu, en indiquant pour l'oxyde blanc d'antimoine, auquel celui-ci s'est arrêté, un mode de préparation simple et économique. On comprendra le service rendu à l'humanité par cette simple substitution d'une substance à une autre, quand on saura que le nombre des individus atteints de maladies saturnines admis pendant huit années à l'hospice de la Charité a été de 1163.

La verrerie de Choisy a fait de nouveaux progrès dans l'art de la fabrication des verres destinés à la construction des instruments d'optique et d'astronomie. Son directeur, M. Bontemps, a mis sous les yeux de l'Académie des disques de flint de 38.11 et 50 centimètres de diamètre, et trois disques de crown de 38 centimètres.