A L'ORANGERIE DE LA CHAMBRE DES PAIRS.
L'impulsion donnée au goût des fleurs par l'exemple de nos voisins les Anglais et les Belges a fait faire à nos horticulteurs de rapides progrès; chaque année, les expositions publiques, offertes aux Parisiens par les deux sociétés spécialement occupées de propager le culte de Fore et de Pomone, sont plus brillantes, plus riches et plus fréquentées de la foule; chaque année, le nombre des récompensés s'accroît dans la même proportion.
L'exposition de 1844 témoigne principalement du zèle des dames pour l'horticulture. Déjà l'année dernière madame la duchesse d'Orléans avait fondé une médaille d'or de la valeur de 200 francs pour celui des exposants qui ne serait jugé le plus digne par le jury; cette année, outre cette médaille justement enviée et vivement disputée par les concurrents, le jury avait à en distribuer trois autres semblable, offertes, l'une par madame la princesse Adélaïde, les autres par les dames patronnesses de l'horticulture.
Les dames les plus haut placées de l'élite du monde parisien ont eu l'heureuse idée de se constituer en société pour patronner l'horticulture; cette réunion, qui doit exercer sur le progrès de l'horticulture une si salutaire influence, est présidée par madame l'amirale baronne de Mackau; elle a pour secrétaire madame la comtesse de Meulan; ces dames, ainsi que madame la duchesse Decazes, ont bien voulu honorer et embellir de leur présence la distribution des médailles faite aux horticulteurs dans une séance solennelle qui a clos l'exposition.
Il faudrait un volume pour énumérer les milliers de plantes réunies dans l'orangerie du Luxembourg pendant les quatre jours de l'exposition. Les roses ont eu les honneurs de cette solennité. La reine des fleurs y était représentée par des collections dont le nombre, d'après le programme, ne pouvait être moindre de 200. Nous avons représenté la disposition du lot de roses exposé par M. Laflay, de Ville-d'Avray; la plus belle de ses roses nouvellement obtenue de semis, a reçu du jury le nom de la princesse Joinville. Une autre rose, non moins jolie, également nouvelle et inédite, a reçu du jury le nom de madame Adélaïde.
L'un des lots les plus remarquables de l'exposition est celui de M. Lemon, formé de nombreuses variétés d'iris, obtenues de semis, couronnées par un bouquet échantillon yucca gloriosa. Toutes ces plantes joignent à leur mérite réel, résultant de leurs formes gracieuses et de leurs riches couleurs, l'avantage de végéter en pleine terre sous notre climat, et de ne pas dépasser, par leur prix modéré, le budget du simple amateur le moins favorisé de la fortune.
Les riches, pour qui les considérations d'argent ne sont point un obstacle, pouvaient admirer à l'exposition les brillantes orchidées de MM. Morel, Cels et Lhomme. Ces végétaux, aux formes bizarres, à l'odeur enivrante analogue à celle de la vanille, ne peuvent fleurir que sous l'empire d'une température élevée, au sein d'une atmosphère à la fois humide et chaude. Ce sont de belles étrangères que tout le monde ne peut pas se permettre d'héberger; elles ne peuvent accepter chez nous l'hospitalité que dans les serres préparées exprès pour les recevoir.
Société royale d'Horticulture.--Prix pour la
plus belle rose obtenue de semis: M. LaTay.
--Paulownia impérialis, floraison de 1844:
Noyer et Grobetty.
La partie utile de l'exposition, celle qui produit de quoi satisfaire à la fois la vue, l'odorat et le goût, n'était pas la moins remarquable. La foule des visiteurs portait envie à M. de Rothschild, dont le jardinier, l'un de nos plus habiles praticiens, M. Grison, avait exposé une corbeille de fruits forcés, prunes, pèches, raisins, capable de faire commettre à un saint le péché d'envie, tant ils étaient appétissants. Et quel anachorète aurait pu voir et sentir, sans être tenté d'y goûter, ces ananas monstres, exposés par M. Bergmann, fruits parfaits dont l'odeur suave embaumait toute la salle?
Les objets d'art relatifs à l'horticulture avaient aussi leur part; rien de plus gracieux et de plus varié que les vases en terre cuite de M. Follet, véritables objets d'art, du dessin le plus correct et du goût le plus délicat.
Société royale d'horticulture.--Yucca à
feuille d'aloès, environne d'iris variés:
M. Loman, jardinier fleuriste.
Les fleurs artificielles luttaient hardiment avec les fleurs naturelles, et les affrontaient côte à côte. A moins d'être prévenu, il était impossible de distinguer, des admirables pivoines naturelles exposées par M. Modeste Guérin, les pivoines artificielles de MM. Royer et Grobetty. Les mêmes artistes, dont le public connaît le bel établissement sur le boulevard Montmartre, avaient exposé la branche de paulownia impérialis représentée par un de nos dessins. Le jury a justement récompensé d'une médaille ces imitations si parfaites de ce que le règne végétal offre de plus difficile à reproduire. On sait que le paulownia impérialis, propagé par les soins de M. Neumann, chef des terres au Jardin des Plantes, est désormais acquis à notre climat. C'est le seul arbre d'ornement de pleine terre qui donne des fleurs franchement bleues, de nuance améthyste; ces fleurs exhalent une odeur suave qui en double le prix. Essayer d'imiter une telle fleur, c'était une témérité; le succès n'en est que plus honorable.
Des discours à la fois intéressants et concis ont terminé la solennité de l'exposition. M. Héricart de Thury, avec cet à-propos que peu de gens possèdent au même degré que lui, a su trouver des paroles à la fois flatteuses et vraies d'encouragement et d'éloges pour chacun des heureux vainqueurs auxquels il remettait des médailles au nom de la société royale d'horticulture, heureuse de l'avoir pour président.
Nous osons prédire à nos lecteurs pour l'année prochaine de nouvelles merveilles; car, si bien des progrès ont été accomplis, beaucoup d'autres restent encore à accomplir, et nos horticulteurs, jaloux de l'honneur national, redoublent chaque année de zèle et d'efforts; les lauriers des horticulteurs anglais et belges les empêchent de dormir.