Bulletin bibliographique.

L'Espagne depuis le règne de Philippe II jusqu'à l'avènement des Bourbons; par M. Ch. Weiss, professeur d'histoire au collège royal de Bourbon.--Paris, 1844. Hachette. 2 vol. in-8. 12 fr.

A son avènement au trône, Philippe II était le souverain le plus puissant de la chrétienté. Maître des plus belles contrées des deux mondes, il disait avec raison que le soleil ne se couchait jamais dans ses États. Partout ailleurs régnait la discorde et l'anarchie. Unie et forte pendant que tout se divisait et déclinait autour d'elle, l'Espagne s'éleva rapidement au rang de puissance prépondérante. Si elle dominait au dehors par ses armes, elle était florissante à l'intérieur par son agriculture, son industrie et son commerce; elle l'emportait enfin sur tous les autres peuples par sa supériorité dans les arts et dans la littérature. Aussi, à contempler la puissance, la prospérité et les chefs-d'œuvres artistiques et littéraires de l'Espagne au seizième siècle, on conçoit qu'un seul homme ait pu menacer la liberté du monde, et ce rêve de monarchie universelle, qu'on prête au fils de Charles-Quint, parait autre chose qu'une vaine chimère inventée par la peur et propagée par la crédulité.

Dépendant la monarchie espagnole déclina sous le règne de Philippe II; elle continua de déchoir sous les règnes désastreux de ses successeurs, et à la fin du dix-septième siècle, elle se trouva réduite au rang de puissance secondaire. Après avoir dominé en Europe par la supériorité de la force, de la richesse et de l'intelligence, elle fut dominée à son tour par la France, l'Angleterre et la Hollande, qui n'attendaient plus que la mort un prince débile pour la démembrer et pour se partager ses dépouillés.

Quelles sont les causes de cet abaissement de l'Espagne, et comment peut-elle remonter au rang qu'elle occupait autrefois parmi les nations? Tel est le double problème que M. Weiss a essayé de résoudre. Pour y parvenir, il s'est d'abord proposé d'apprécier le système politique de Philippe II et de ses successeurs, d'en faire ressortir les conséquences fatales, en recherchant les principaux faits qui expliquent la décadence progressive de l'Espagne aux Seizième et dix-septième siècles, d'examiner ensuite le système nouveau suivi par les Bourbons, de constater les réformes qu'ils ont réalisées jusqu'à ce jour, et de montrer ainsi, par des preuves irrécusables, que ce royaume est en voie de progrès et qu'un brillant avenir lui est peut-être encore réservé.

M. Weiss a divisé son ouvrage en trois parties. La première, intitulée des Causes de la Décadence politique de l'Espagne, comprend les règnes de Philippe II, de Philippe III, de Philippe IV et de Charles II. Elle s'arrête à l'avènement de la maison de Bourbon. M. Weiss nous montre l'Espagne tombée si bas qu'elle ne pouvait être sauvée que par une dynastie nouvelle. «Charles-Quint, a dit M. Mignet, avait été général et roi, Philippe II n'avait été que roi, Philippe III et Philippe IV n'avaient pas même été rois. Charles II ne fut pas même homme.»

Les deuxième et troisième parties nous font connaître les causes de la décadence de l'agriculture, de l'industrie, du commerce, de la littérature et des arts.

Dans son introduction, M. Weiss avait tracé un tableau animé de la grandeur de l'Espagne à l'avènement de Philippe II, et de sa décadence sous le règne de Charles II. Sa conclusion a pour but d'énumérer les réformes réalisées par les Bourbons d'Espagne jusqu'au règne de Marie-Christine, M. Weiss pense que l'Espagne n'a pas eu lieu de se repentir d'avoir confié ses destinées aux Bourbons. Un coup d'œil rapide jeté sur l'administration des princes de cette race suffit, selon lui, pour prouver que les descendants de Louis XIV n'ont pas failli à leur mission, qu'ils ont détruit le plus grand nombre des abus qui s'étaient introduits sous le gouvernement autrichien, et qu'ils n'ont pas souffert que l'Espagne restât stationnaire au milieu des autres nations. M. Weiss conclut en ces termes son dernier chapitre: «Un esprit plus libéral, une politique plus sage et plus conforme aux véritables intérêts de la nation, la réorganisation des armées de terre et de mer, de puissants encouragements donnes à l'agriculture, à l'industrie, au commerce, la renaissance de la littérature et de l'art, voilà ce que l'Espagne doit aux Bourbons. Toutefois les changements dus à leur influence ne furent pas complets. Bien des améliorations, bien des réformes se sont arrêtées à la surface du pays et n'ont pus poindre dans ses entrailles. La dynastie française a rencontré des obstacles trop puissants et des préjugés trop enracines. Il fallait les affaiblir, avant de les attaquer de front, pour les vaincre et pour les détruire. Une œuvre si difficile ne pouvait être accomplie dans l'espace d'un siècle; mais ce sera toujours un titre de gloire pour la France de l'avoir entreprise; il appartient au peuple espagnol de la poursuivre.

Cet ouvrage remarquable devrait un succès assuré à la nature de son sujet et au talent de son auteur, alors même qu'il ne se recommanderait pas à d'autres titres à l'attention du monde savant. Mais il contient une foule de renseignements curieux puisés à des sources inédites. Ainsi M. Weiss a consulté le premier, et avec profit, les dépêchés des ambassadeurs de France en Espagne pendant la seconde moitié du dix-septième siècle, les rapports adressés à Richelieu par le consul du France à Dantzick, et qui jettent un jour tout nouveau sur les relations de Philippe II avec le Danemark, la Suède et la Pologne, une partie de la correspondance du comte de la Vauguyon; enfin, des manuscrits de Denys Godefroi, conservés à la bibliothèque de l'Institut, et des papiers de Simancas transporté à Paris sous l'empire, et dont une partie a été déposée aux archives du royaume.

Prosodie de l'École moderne; par M. Wilhem Tenint; précédée d'une lettre à l'auteur, par M. Victor Hugo, et d'une préface d'Émile Deschamps.--Paris, 1844. Didier. 1 vol. in-18. 3 fr. 50.

«Jamais les idées n'ont été en meilleur état qu'aujourd'hui. Tous les esprits élevés, honnêtes et droits marchent au même but. La pensée, assurée à l'avenir, conquiert de plus en plus le présent. La grande révolution des idées s'accomplit, aussi irrésistible que la révolution des faits et des mœurs, mais plus pacifique. Les petits esprits seulement criaient de retourner en arrière, c'est la loi; ils la suivent, laissons-les faire. Tout va bien. Continuez, vous, monsieur, de marcher en avant, avec tout ce qui est noble et généreux, avec tout ce qui est jeune et vivant. Nous serons tous avec vous du cœur et de l'esprit.»

Ainsi donc, M. Victor Hugo nous l'annonce solennellement, ne voulons-nous pas être des esprits vils, bas, malhonnêtes, faux, petits, mesquins, vieux et mort, nous devons courir au même but que lui et que M. Wilhem Tenint. «Tout ce qui est noble et généreux, tout ce qui est jeune et vivant; tout ce qui est élevé, grand, honnête et droit, marche avec eux.» Tant pis pour nous si nous nous fourvoyons, nous sommes avertis. Nous hésitons d'autant moins à nous rendre dignes aujourd'hui de toutes ces glorieuses épithètes, qu'en suivant M. Wilhem Tenint dans sa Prosodie, nous sommes sûrs de n'y rencontrer que d'utiles vérités, dont nous ne contestons pas la valeur. «Grand service et grand progrès,» comme dit encore M. Victor Hugo.

Que nous apprend en effet M. Wilhem Tenint? D'abord il passe en revue les différentes espèces de vers, depuis celui de un pied:

Fort

Belle

Elle

Dort.

jusqu'à celui de treize pieds:

Jetons nos chapeaux et coiffons-nous de nos serviettes,

Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes

Que je sois perclus alors que je ne boirai plus!

Puis, cet examen achevé, il consacre à la rime, à l'enjambement et à l'inversion, les deux chapitres les plus remarquables des de sa Prosodie. M. Wilhem Tenint pose en principe que la rime pour être bonne doit être riche. «La rime riche consiste, dit-il, dans la parfaite conformité de la dernière syllabe pour le vers masculin, et des deux dernières, en comptant la syllabe sourde, pour le vers féminin: et comme la rime est pour nous une beauté toute musicale, nous n'entendons pas parler de la simple conformité des lettres; l'école nouvelle exige avant tout la conformité, la concordance exacte de son.» Sur ce point, nous partageons entièrement l'opinion de M Wilhem Tenint. Fréquent rime mieux avec camp qu'avec prudent; beau rime mieux avec sabot qu'avec bateau. En outre, plus la rime est sonore, meilleure elle est. Certains poètes on trop souvent employé des rimes sourdes, de sorte que tout ce qu'il y a de musical dans la rime se trouvait perdu. Ainsi ces vers de Corneille:

Combien pour le répandre a-t-il formé de brigues,

Combien de fois changé de parti et de ligues!

Le dieu de Polyeucte et celui de Néarque,

De la terre et du ciel est l'absolu monarque.

sont bien supérieurs, sous le rapport de la rime, à ces vers de Racine:

A mes nobles projets je vois tout conspirer,

Il ne me reste plus qu'à vous les déclarer.

Il ne faut point douter, vous aimez, vous brûlez!

Vous périssez d'un mal que vous dissimulez.

M. Victor Hugo analyse ainsi le chapitre suivant, qui a pour titre de l'inversion et de l'enjambement: «Vous expliquez à tous ce que c'est que le vers moderne, ce fameux vers brisé, qu'on a pris pour la négation de l'art, et qui en est, au contraire, le complément. Le vers brisé a mille ressources, aussi a-t-il mille secrets. Vous indiquez les ressources au public, qui vous en saura gré, et vous trahissez les secrets des poètes, qui ne s'en fâcheront pas. Le vers brisé est un peu plus difficile à faire que l'autre vers; vous démontrez qu'il y a une foule de règles dans cette prétendue violation de la règle. Ce sont là, monsieur, les mystères de l'art; mais vous les connaissiez comme poète, avant de les expliquer comme prosodiste. Vous avez fait de beaux vers, et beaucoup, et souvent, et vous comprenez mieux que personne combien ce savant mécanisme du vers moderne peut contenir de pensée et d'inspiration. Le vers brisé est en particulier un besoin du drame; du moment où le naturel s'est fait jour dans le langage théâtral, il lui a fallu un vers qui pût se parler. Le vers brisé est admirablement fait pour recevoir la dose de prose que la poésie dramatique doit admettre. De là l'introduction de l'enjambement et la suppression de l'inversion, partout où elle n'est pas une grâce et une beauté. Ce sont là, monsieur, les vérités que vous avez comprises, celles-là et bien d'autres.»

Après quelques considérations brèves et sensées sur l'harmonie imitative et l'harmonie figurative, l'hiatus, les diphtongues, et le choix des mots. M. Wilhem Tenint explique et apprécié successivement les divers rythmes employés par les poètes tant anciens que modernes, l'ode, la ballade, le rondeau, le sonnet, le madrigal, etc. Il expose ensuite, ses idées personnelles sur les poèmes et les romans en vers, et il termine son livre par un chapitre intitulé Inspiration et prosodie. Selon lui, l'inspiration ne doit pas raisonner, mais il faut qu'elle sache. Or, il ne suffit pas aux jeunes poètes d'admirer pour savoir, il est nécessaire qu'on leur démontre. C'est pourquoi il a fait cette prosodie. Médité consciencieusement par les poètes présents et futurs, son livre aura certainement pour résultat d'écraser dans leur œuf, où ils sont tout prêts à célébrer, une foule innombrable de ces mauvais vers qui pullulent avec tant d'audace depuis quelques années. Que l'école moderne soit dans la pratique ce que M. Wilhem Tenint nous la représente et lui conseille d'être en théorie, et elle aura bientôt rallié à elle tout ce qui est noble, généreux, jeune, vivant, grand, honnête et droit.

Histoire des villes de France, avec une introduction générale pour chaque province, chroniques, traditions, légendes, institutions, coutumes, mœurs, statistiques locales; par M. Aristide Guilbert, et une société de membres de l'Institut, de savants, de magistrats, d'administrateurs et d'officiers généraux des armées de terre et de mer, 3 vol. grand in-8, ornés de 60 magnifiques gravures sur acier, des armes coloriées de villes et de provinces, et d'une carte générale de la France par provinces, 200 livraisons à 25 c.--Paris, 1844. Fume, Perrotin et Fournier, éditeurs.--(30 livraisons sont en vente.)

L' Histoire des villes de France que publié M. Aristide Guilbert n'est point une de ces spéculations plus ou moins honnêtes à laquelle quelque auteur connu du vulgaire cousent, moyennant une certaine somme, à prêter le secours de son nom, et qui doivent peut-être un demi succès d'argent aux annonces et aux réclames payées des éditeurs et à l'ingénuité trompée des souscripteurs. C'est un livre sérieux, consciencieusement rédigé par des écrivains du premier ordre, médité et préparé depuis plusieurs années. Les livraisons que nous avons sous les yeux justifient toute les espérances qu'avait fait concevoir l'idée mère et le titre de cette importante publication. Le premier volume comprendra la Bretagne, la Touraine, la Picardie, les trois évêchés, la Champagne, le Limousin et l'Auvergne. Les trente livraisons publiées contiennent déjà les histoires particulières de Saint-Malo, Saint-Servan, Dinan, Ploërmel, Josselin, Montfort, la Caune, Dol, Saint Brieuc, Trégnier, Morlaix, Lannion, Guingamp, Saint-Pol-de-Leon, Brest, Kemper, Châteaulin, Kemperle, Carhaix Vannes, Pontivy, Lorient. Nantes, etc. La découverte récente de documents du plus grand intérêt détermine M. Aristide Guilbert à ajourner la publication de l'introduction générale de la Bretagne et celle de l'histoire de la ville de Rennes.

Dès que le premier volume sera terminé, nous reparlerons de cet ouvrage, si digne sous tous les rapports de nos éloges et de nos encouragements. Les éditeurs tiendront, nous en sommes sûr, les promesses de leur prospectus.

C'est, disent-ils, la biographie universelle des villes de France, c'est un ouvrage entièrement nouveau, et ne ressemblant à rien de ce qui s'est fait ni de ce qui se fait aujourd'hui que nous entreprenons de publier. Jusqu'à présent, on a tout sacrifié au besoin de faire ressortir les annales générales du pays; nous voulons, au contraire, nous, décentraliser et décomposer l'histoire, pour rendre à chaque ville sa part de travail dans l'action commune, son individualité propre et ses titres personnels d'illustration.

«Pour point de départ nous prendrons la municipalité, parce qu'elle a donné à nos villes cette force d'association et d'unité qui les soutient depuis son établissement; pour cadre littéraire l'ancienne division territoriale de la France, parce que nous voulons joindre à nos biographies locales une introduction historique sur les diverses provinces auxquelles elles se rapportent. La galerie biographique des villes de France, telle que nous la comprenons, sera un livre aux mille faces, aux mille reflets, aux mille échos. Là, à chaque page, la gravité et la sévérité de l'histoire seront tempérées par la causerie familière et intime de la chronique; là, la vie publique des hommes célèbres, considérée dans ses rapports avec chaque localité, prêtera aux annales de la cité le charme et l'intérêt d'une influence et d'une intervention morale, qui ont presque toujours échappé à l'investigation des historiens; là, la tradition et la légende, ces deux grandes sources de la poésie nationale, répandront tout le charme, tout le piquant de la fiction et du roman; là, enfin, la description locale déroulera ses innombrables et pittoresques tableaux, c'est-à-dire tout un monde du sites enchantés, de monuments, de palais, de donjons fameux, de citadelles, de châteaux féodaux, d'églises, de cathédrales gothiques, d'abbayes, de couvents et de ruines. Devant nous se dévoileront successivement toutes les scènes, tout les faits, tous les événements, tous les actes qui, pendant des siècles, ont rempli, étonné, ému, passionné nos villes, nos églises, nos camps, nos châteaux, nos assemblées nationales, nos parlements, nos cours de justice: entreprises héroïques, sièges, batailles, faits d'armes, tournois, combats singuliers, troubles civils, conspirations, luttes des pouvoirs, révolutions, belles actions, crimes, causes célèbres, jugements de Dieu, catastrophe et expiations sanglantes.»

Enseignement élémentaire universel ou Encyclopédie de la Jeunesse, ouvrage également utile aux jeunes gens, aux mères de famille, à toutes les personnes qui s'occupent d'éducation et aux gens du monde; par MM. Andrieux de Brioude, docteur en médecine; Louis Baudet, ancien professeur au collège Stanislas, et une société savants et de littérateurs. Un seul volume format du Million de Faits, imprimé en caractères très lisibles, contenant la matière de six volumes ordinaires, et, enrichi de 400 petites gravures servant d'explication au texte. Prix, broché 10 fr.; élégamment cartonné à l'anglaise, 11 fr. 50 c. Paris, J. J. Dubochet et comp., rue de Seine, 33.

De toutes les tentatives faites jusqu'à ce jour pour réunir en un seul volume d'un format commode et d'un prix aussi bas que possible une encyclopédie élémentaire, celle que nous annonçons aujourd'hui est sans contredit la plus complète et la plus heureuse. L'Enseignement élémentaire et universel, mis en vente cette semaine par la librairie Dubochet, l'emporte de beaucoup, sous le double rapport de la conception et de l'exécution, sur les autres ouvrages de ce genre. Il contient une série raisonnée de traités distinct sur chacune des branches des connaissances humaines, rédigés avec autant de conscience que de talent par des écrivains éprouvé dans la science et dans l'enseignement. Quoique le propre d'un bon livre soit de convenir sans exception à toutes sortes de lecteurs, les auteurs ont eu particulièrement en vue, dans l'Enseignement élémentaire et universel, l'instruction de la jeunesse. Sans amoindrir la sphère de la science et sans en rapetisser le langage, ils ont pris à tâche d'être encore plus simples et plus clairs que pour d'autres. C'est ainsi seulement qu'ils conçoivent la possibilité d'être à la fois précis et instructifs dans les choses sérieuses. Définir d'abord chaque science, la circonscrire dans ses véritable limites et en marquer les divisions générales, de façon qu'on en aperçoive du premier regard l'ensemble et les différentes ramifications; puis en développer la matière ou la théorie dans ce qu'elle a d'essentiel et de fondamental; enfin, donner des indications ou des conseils sur le meilleurs procédés scientifiques, sur les sources, sur les principaux ouvrages à lire ou consulter, telle est la méthode qu'ils ont suivie uniformément dans chaque traité.

Un ouvrage de ce genre ne s'analyse pas, il s'annonce, il donne son programme; il interroge ceux auxquels il a pensé en le composant, et leur dit: Avez-vous quelque chose à apprendre ou à faire apprendre à ceux qui dépendent de vous sur les matières suivantes?

1º Grammaire, langue française, littérature, rhétorique, poésie, éloquence, philologie;

2º Arithmétique, algèbre, géométrie et arpentage, mécanique, physique, chimie, récréations scientifiques, astronomie, météorologie;

3º Histoire naturelle ou générale, géologie et minéralogie, botanique, zoologie, anatomie et physiologie, hygiène; médecine et chirurgie;

4º Géographie, histoire, biographie, archéologie, numismatique, blason;

5º Religion, philosophie, mythologie, sciences occultes;

6º Législation, du gouvernement et de ses formes, industrie et économie politique, agriculture et horticulture, art militaire, marine, imprimerie;

7º Musique, dessin, peinture, sculpture, gravure et lithographie, architecture;

8° Éducation, réflexions sur le choix d'un état.

Allégorie du mois de Juin.--L'Écrevisse.

Le Songe d'une Nuit d'Été.--Exercices exécutés par M.
Risley et ses jeunes fils, John et Henry.

Le théâtre de la Porte-Saint-Martin nous convie à des prodiges; or, pour faire des prodiges, il faut des sorciers, et, ces sorciers, le théâtre Saint-Martin les a trouvés dans MM. Risley père et fils.

M. Risley est Américain; il nous arrive de New-York. C'est un homme de haute taille, aux membres d'Hercule, le tout accompagné de la physionomie la plus simple et la plus tranquille du monde; outre sa personne, M. Risley nous offre ses deux fils: l'un âgé de six à sept ans, l'autre de dix. M. Risley et ses deux fils sont des jongleurs, des sauteurs, des équilibristes, des faiseurs de tours et de cabrioles comme on n'en a jamais vu.

MM. Risley père et fils travaillent ensemble. Le père se couche sur le dos, et les deux fils viennent exécuter intrépidement avec le père, sur la paume de ses mains, sur la plante de ses pieds paternels, des merveilles de force, de grâce, d'audace et d'équilibre. Vous savez ce que c'est qu'un jongleur; il n'est pas que votre mère ou votre nourrice ne vous en ait donné l'étonnante récréation; le jongleur donc joue avec des balles, avec des assiettes, avec des couteaux, avec des sabres; il les prend, il les jette, il les lance en l'air, les mêle et les démêle, au bout de ses doigts, à la pointe de ses pieds. Eh bien! ce que le jongleur a fait jusqu'ici avec des choses en bois, en fer, en écaille, en porcelaine, en coton, M. Risley le fait avec ses deux fils, qui sont de chair, de sang et d'os; il les reçoit et il les renvoie comme deux balles élastiques; et ceux-ci de cabrioler, de faire sur eux-mêmes de doubles et triples culbutes, et de revenir à l'assaut plus lestes et plus pimpants, et de continuer avec le plus charmant aplomb du monde une série de tours de force aussi variés que prestes et audacieux.

On ne sait ce qu'on doit admirer le plus ou de la force musculaire et du sang-froid du père ou du sang-froid et de la grâce des enfants. Figurez-vous deux petits bonshommes blonds, souriants, allègres, intrépides, lestes comme des cabris, hardis et souples comme des lions, ravissants, étonnants, adorables des pieds à la tête.

A monsieur le rédacteur de l'Illustration.

Vous avez publié dans le nº 64 de votre journal un article relatif à la cession de la propriété pour l'Allemagne de l'Histoire du Consulat et de l'Empire, par M. Thiers. Ce qui est dit dans cet article des combinaisons légales au moyen desquelles la propriété littéraire d'un ouvrage publié à l'étranger peut être reconnue en Prusse, et, par suite, dans toute l'Allemagne, a un peu étonné les éditeurs, les libraires et même les jurisconsultes de ce pays. Il n'existe en Prusse aucune loi qui puisse littéralement venir au secours de votre théorie, et, quant à la jurisprudence, il n'y aurait aucune sûreté à l'interroger sur cette question, qui est encore toute neuve dans nos tribunaux. La seule loi qui implique véritablement le droit de propriété, en Allemagne, d'un ouvrage étranger, est la loi saxonne; elle l'implique à certaines conditions telles, par exemple, que 1º la cession directe faite par l'auteur étranger à l'éditeur établi en Saxe; 2° l'obligation d'imprimer l'ouvrage dans ce royaume.

C'est en vue de profiter du bénéfice de cette loi que je viens de me rendre acquéreur pour l'Allemagne du droit exclusif de publier l'Histoire du Consulat et de l'Empire, par M. Thiers. Cet ouvrage sera publié par ma librairie à Leipsig en même temps que l'édition de Paris. La maison de Berlin dont vous avez parlé aura probablement douté de son droit et rompu le projet de traité convenu entre elle et les éditeurs français, puisqu'il m'a été possible de me rendre acquéreur de la propriété que vous aviez annoncé lui avoir été transférée.

Agréez, etc.

J.-P. MELINE,

Éditeur-libraire à Leipsig.