DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES.
Lundi 29, à une heure, ceux de MM. les exposants qui avaient été désignés par les différentes commissions du jury s'étaient réunis, au nombre de plus de huit cents, dans la salle des maréchaux. Les membres du jury, conduits par M. le baron Thénard, pair de France, leur président, les avaient précédés, et s'étaient placés à droite et à gauche de l'espace réservé pour le roi et sa famille.
Quelques instants après, Sa Majesté est arrivée. Elle portait l'uniforme de la garde nationale. La reine, madame Adélaïde, M. le duc de Nemours et M. le duc de Montpensier, accompagnaient Sa Majesté, qui était suivie de M le ministre du commerce et de l'agriculture, du préfet de la Seine et du commandant des gardes nationales du département.
Le roi, dont l'entrée avait été saluée par des acclamations, a pris place à quelques pas du grand balcon qui donne sur le jardin, ayant à sa droite M. le ministre du commerce.
M. le baron Thénard s'est alors avancé et a lu un discours dans lequel il a énuméré les résultats obtenus par l'industrie française depuis cinq ans, ainsi que les progrès signalés par l'exposition de 1844 dans les efforts et les produits du travail national. Le roi a répondu par quelques paroles qui ont été fort applaudies.
M. le ministre du commerce a ensuite fait l'appel de tous les exposants qui avaient été jugés dignes de récompenses. Le roi remettait lui-même les décorations ou les médailles en adressant à chaque lauréat des éloges et des encouragements. Cette distribution a duré quatre heures et demie.
On avait eu le bon esprit cette année de commencer par l'appel et la remise des récompenses les moins éclatantes et de terminer par les décorations. Aussi, tandis qu'aux distributions précédentes les rangs s'éclaircissaient, la salle devenait déserte et le roi demeurait presque seul, l'intérêt, cette fois, a été soutenu, a été croissant, et Leurs Majestés, en se retirant, se sont entendu saluer par des acclamations aussi nombreuses que celles qui les avaient accueillies à leur arrivée. Il est même résulté de cette persévérance de la foule un peu de confusion, une chaleur extrême et quelques évanouissements. Peut-être plusieurs de ces syncopes doivent-elles toutefois être portées au compte de l'émotion et de l'attendrissement; c'est ce qu'on pourrait établir en comparant la liste des évanouis et celle des récompensés; mais nous ne ferons aujourd'hui d'emprunts qu'à cette dernière.
L'Illustration a eu, toute la première, le droit d'être émue. Son fondateur, M. Dubochet, ses imprimeurs, MM. Lacrampe et compagnie, ont obtenu le rappel de la médaille d'argent qu'ils avaient méritée en 1839; et ses graveurs, MM. Best, Leloir et compagnie, ont été jugés dignes de la médaille d'or. Nous nous bornerons à donner aujourd'hui la liste des exposants qui ont obtenu la décoration de la Légion d'honneur. Ce sont:
MM.
Camu fils, filateur de laine, à Reims (Marne).
Bacot (Frédéric), fabricant de drap, à Sedan (Ardennes).
Chennevière (Théodore), fabricant de drap, à Elbeuf (Seine-Inférieure).
Grillet aîné, fabricant de châles, à Lyon (Rhône).
Bonner (Claude-Joseph), fabricant de soieries, à Lyon (Rhône).
Faure (Étienne) fabricant de rubans, à Saint-Étienne (Loire).
Debuchy (François), fabricant de tissus de lin, de laine et de coton, à Lille (Nord).
Gros (Jacques), fabricant de tissus de coton à Wesserling (Haut-Rhin).
Girard, imprimeur sur tissus, à Rouen (Seine-Inférieure).
Frèrejean, maître de forges, à Vienne (Isère).
Massenet, fabricant d'acier et de faux, à Saint-Étienne (Loire).
André, fondeur au Val-d'Oise (Haute-Marne).
Roswag (Augustin), fabricant de toiles métalliques, à Schelestadt (Bas-Rhin).
Charrière, fabricant d'instruments de chirurgie, à Paris.
Pecqueur, constructeur de machines, à Paris,
Bourdon, directeur des forges et fonderies du Creusot (Saône-et-Loire).
Rourkardt (J.-J.), constructeur de machines, à Guebwiller (Haut-Rhin).
Thénard, ingénieur en chef des ponts et chaussées, à Cubzac (Gironde).
Buron, fabricant d'instruments d'optique, à Paris.
Roller, fabricant de pianos, à Paris.
Winnerl, fabricant d'horlogerie, à Paris.
Lemire, fabricant de produits chimiques à Choisy-le-Roi (Seine).
Lefebvre (Théodore), fabricant de céruse, aux Moulins-lès-Lille (Nord).
Schattenmann, directeur de la compagnie des mines de Bouwiller (Bas-Rhin).
Bontemps, fabricant de verrerie, à Choisy-le-Roi (Seine).
Godard fils, fabricant de cristallerie, à Baccarat (Meurthe).
Millier, fabricant de porcelaine, à Montereau (Seine-et-Marne).
Faucer aîné, fabricant de maroquins, à Choisy-le-Roi (Seine).
Ogerau, tanneur, à Paris.
Cail (J.-F.), constructeur de machines, à Paris.
Lacroix (Jean Justin), fabricant de papiers, à Angoulême (Charente).
A six heures, le roi et la famille royale se sont rendus dans la grande galerie du Musée, où avait été dressée une table de deux cents couverts. MM. les ministres du commerce, de l'inférieur et des finances, des généraux, de hauts fonctionnaires, des officiers de la maison du roi, les membres du jury et ceux des exposants qui avaient reçu la décoration de la Légion-d'Honneur ou la médaille d'or, avaient été invités à dîner avec Leurs Majestés.
Pendant le dîner, une musique militaire, placée au milieu de la galerie, a exécuté de brillantes symphonies.--Au dessert, le roi s'est levé, a pris son verre et a porté le toste suivant: Honneur à l'exposition 1844! Prospérité à l'industrie française! Les exposants y ont répondu par des cris de Vive le roi! vive la famille royale! Ensuite deux santés ont été portées au roi et à la reine par M. le ministre du commerce et par M. le ministre des finances.
A sept heures et demie la famille Royale, suivie de tous les conviés, a quitté la galerie du Louvre et est rentrée dans les appartements du château. Le roi a pris place au grand balcon de la salle des Maréchaux; les convives aux autres balcons de la même salle et sur la terrasse qui règne à gauche du pavillon de l'horloge. De là ils ont assisté au concert exécuté à grand orchestre sous ces fenêtres; puis, des balcons des étages supérieurs, ils ont pu contempler le feu d'artifice tiré sur le quai d'Orçay et les illuminations féeriques qui unissaient, par une suite d'arcades éclatantes et diaprées, l'obélisque à l'arc de l'Étoile.
Ainsi s'est terminée cette journée qui a imposé des obligations aux vainqueurs, qui a fait naître le besoin d'une revanche pour les vaincus. A l'exposition de 1849!!!