Courrier de Paris.

Le carnaval n'a pas encore secoué ses grelots, et pourtant nous voilà dans la tempête des polkas et des scottish. L'autre soir, à l'Opéra, on a dansé par bienfaisance. Les autorités s'y trouvaient; les nôtres sont infatigables; le beau sexe leur plaît et elles plaisent au beau sexe, si bien que dès le premier tour de polka on pouvait retourner le mot de Beaumarchais en contemplant les groupes: «Il fallait un danseur, et c'est un administrateur qui l'obtint,» Des toilettes, les unes étaient jolies et les autres riches. Les observateurs chagrins auront beau établir des points d'analogie entre notre jeune république et l'ancienne au moment du Directoire, cette comparaison cloche, au point de vue surtout du costume féminin. L'échancrure des robes au-dessous du cou ne fait pas de progrès; elle est ramenée au niveau pudique réglé par la fameuse Isabeau de Bavière, qui introduisit cette mode en France. La robe de bal moderne, d'une étoffe solide et forte, n'a plus rien de mythologique; sous leur diadème de tresses d'or ou d'ébène, ces dames ressemblent plutôt à des Junon qu'à des Hébé ou des Iphigénie, et le sacrificateur, comme disait un contemporain de madame Récamier, n'inspecte plus, en les contemplant, les entrailles de la victime. La pudeur moderne donnerait plutôt dans l'excès contraire, et, sous certain rapport, la plaisanterie d'Addison pourrait être encore de circonstance: «Je compare ce bizarre ajustement (le panier) à ces palissades sacrées des temples égyptiens, où l'on finit par découvrir, au fond de l'enceinte circulaire, l'image de la divinité, qui n'est parfois qu'un petit singe.»

On danse à l'Elysée, en attendant le grand jour des réceptions, qui sera celui des déceptions, à ce que disent les boudeurs. L'Elysée a plus de monde que ses salons n'en peuvent contenir, mais ce n'est pas précisément le monde qu'il voudrait avoir. Sauf l'armée et le représentatif, dont les dignitaires les plus essentiels entourent l'élu de la France, le reste du cortège se compose d'un menu fretin de fonctionnaires. Les costumes sont brillants et les noms obscurs; il y a des ingénieurs pimpants comme des marquis et des auditeurs dorés comme la pairie de Charles X; tout cela saute au feu des lustres et des croix d'honneur. La tribu des artistes, réduite à la simplicité du frac noir, s'en dédommage par le luxe des décorations qu'elle affiche; on y trouve des peintres dont la boutonnière est une palette irisée de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, des statuaires à la poitrine diamantée, et des écrivains inconnus blasonnés comme des ambassadeurs. Assurément, l'antique monarchie, même au plus beau temps de l'Oeil-de-boeuf, ne fit pas autant de chevaliers que notre République. Le simple ruban si envié sous l'Empire est abandonné au vulgaire des amateurs; la rosette elle-même reste sans prestige; tout le monde veut être commandeur ou grand-croix. Brantôme écrivait, il y a tantôt trois cents ans: «Le feu roi (Henri III) imagina son nouvel ordre (le Saint-Esprit) par aversion de l'ordre de Saint-Michel, dont les gens du mérite ne voulaient plus, parce qu'on l'avait donné à trop de monde, si bien qu'on a compté jusqu'à trois mille de ces chevaliers.»--Aujourd'hui la Légion d'honneur compte cinquante mille dignitaires, et tout le monde en veut encore. Le progrès est évident.

Où nous arrêter? Au Jardin-d'Hiver, qui vient de s'ouvrir à d'autres divertissements. Le bal fera aussi son entrée demain dans ces beaux lieux, sous les auspices du printemps qui s'y trouve perpétuellement en cage. Les jeunes mères y conduiront leurs jolies fillettes pomponnées à la Watteau, et leurs charmants bonshommes attifé à la Vandick; on circulera sans révérence, on dansera sans morgue, on se bourrera de friandises au bénéfice des pauvres, et il n'y aura point d'autre autorité que celle du plaisir Grande nouveauté, sans compter celle de la salle; elle est vaste, fleurie, odorante, touffue comme une forêt vierge, rayonnante comme un palais de cristal, véritable atelier des fées, sans voûte et sans ombre, sous sa cuirasse de verre.

Cette semaine a vu bien d'autres affaires. Le commerce de boucherie est affranchi de la taxe des monopoleurs. Ce que la philanthropie patentée cherchait en vain depuis nombre d'années, le conseil municipal vient de le trouver, c'est-à-dire que désormais l'ouvrier qui travaille pourra manger de la viande. Le pauvre lui-même en aura sa part, et il n'a plus besoin d'attendre les miracles de la gélatine. En vain le préjugé prêchait pour le statu quo, et la politique disait: Prenez garde et laissez faire la science qui sait nourrir son monde philanthropiquement; un beau jour est venu où le bon sens s'est trouvé plus fort que le charlatanisme, la routine et le préjugé. C'est vraiment une très-grande et très-remarquable nouveauté.

Puisqu'il s'agit toujours du conseil municipal, qui fait si honorablement parler de ses pompes et de ses oeuvres, c'est le cas de réparer l'erreur où nous sommes tombés au sujet de la statuette de Voltaire. On nous certifie qu'elle occupe sa niche dans la façade de l'hôtel de ville; à la distance du sol ou elle est placée, il vaut mieux y croire que d'y aller voir, ainsi que notre obligeant correspondant nous y invite. Puisque le conseil municipal de la ville de Paris se décidait au bout de quarante ans à suivre les indications fournies par Voltaire pour la décoration du monument, nous n'aurions pas dû penser qu'il en effacerait le nom et l'image du grand homme.

Au sujet de la buvette de l'exposition de peinture, notre mea culpâ sera moins formel. L'information était exacte, le projet arrêté et formulé, par qui? peu nous importe. L'essentiel à constater aujourd'hui, c'est que le jury l'a rejeté. Le Salon ne sera pas un réfectoire.

Un grand scandale a été remué, c'est celui des loteries; leurs partisans sont dans la consternation. On ne jouera pas l'achèvement du Louvre. Ces messieurs comptent bien prendre leur revanche en votant l'observation du dimanche. Quant à l'adjudication de l'emprunt, vous en connaissez les détails, sauf le suivant peut-être. On assure que MM. de Rothschild frères s'étaient décidés à retirer leur soumission par suite d'un deuil de famille; mais les sceptiques qui doutent de tout, ou plutôt qui ne doutent de rien, affirment que M. James était déterminé à lutter contre la concurrence du comptoir d'escompte, lorsque M. Salomon apprit par une indiscrétion le chiffre soumissionné par ses adversaires. Au bout du conflit le 3% devait échoir aux Rothschild, mais le 5% leur échappait. «S'il en est ainsi, aurait dit alors l'un des deux frères, plutôt que de voir l'emprunt mutilé, j'aime mieux le leur laisser tout entier,» et M. James lui aurait donné son assentiment par ces paroles: «Il n'y a rien à dire, c'est le jugement de Salomon.»

Le Théâtre-Français a donné le Joueur de Flûte. C'est l'aventure du Persan Pharnabaze qui, après s'être ruiné très-promptement pour Laïs, se vendit comme esclave afin de prolonger son bonheur de quelques jours. Sous la plume de M. Emile Augier, cette anecdote imperceptible est devenue une comédie élégiaque. Pharnabaze s'appelle Chalcidias, il se donne pour le riche Ariobarzane, et ce n'est qu'un pâtre de Thessalie, pauvre joueur de flûte, qui s'est vendu deux talents, un prix fou, à l'usurier Psaunis, avec cette clause en usage à Corinthe comme à la Bourse de Paris, livrable fin courant. Chalcidias, semblable au Libyen distingué par Cléopâtre, a livré sa liberté et même sa vie pour une nuit de Laïs. L'usurier qui s'occupe de la courtisane est fort surpris de trouver un rival dans son esclave, et quand Laïs est informée du fait, elle s'en émerveille encore davantage, la voilà sur la pente d'un caprice amoureux que l'auteur érige tout de suite en belle et bonne passion.

Avec quelle superbe il traite le destin,

Avec quelle admirable et tranquille insolence

Il met sa volonté dans la sombre balance!

La courtisane amoureuse--ce n'est pas autre chose--est donc prise comme ses pareilles de la Grèce, dans les serres de l'imagination, et c'est un trait d'observation parfaitement juste. Il faut que Chalcidias soit libre, puisqu'il est aimé, elle va le racheter; rien de mieux. A quel prix? deux talents, c'est une obole pour Laïs, et qu'elle se hâte, Chalcidias veut se tuer. Nouvel obstacle, un autre usurier, Bomilcar, avide et rusé comme un Carthaginois qu'il est, a éventé ce bel amour, et comme il sait sa Laïs par coeur, il achète l'esclave dix talents pour le revendre cent à la courtisane: toute sa fortune y passera, et Laïs n'hésite pas. Ce trait d'observation ne vaut pas l'autre, il n'a rien de grec; c'est un expédient de comédie moderne. Je veux croire, puisque la tradition l'atteste, que Laïs eût tout sacrifié à Diogène, mais c'était Diogène, un cynique, une rareté immortelle, une curiosité que les rois et les conquérants venaient voir du fond de l'Asie; mais un obscur joueur de flûte, les courtisanes pas plus que les matrones de l'Attique n'étaient faites pour un pareil sacrifice; c'est le fantôme de la gloire et la grimace de la philosophie qu'elles poursuivaient jusque dans l'entraînement des sens. Au point de vue de la comédie, l'erreur de M. Augier n'est qu'une peccadille; mais il a voulu faire une étude grecque et jouer un air de Laïs, comme M. Ponsard jouait naguère de l'Horace, et la circonstance est aggravante. Elle s'aggrave encore lorsque, quittant la fantaisie pour la réalité, la courtisane s'enfuit, pauvre et nue, avec son joueur de flûte. Qu'en pensera Socrate, et que dira la Grèce? Mais l'essentiel à connaître, c'est le sentiment de notre public. La pièce l'a intéressé, quoiqu'elle n'ait rien d'étrange et de neuf: c'est le conte de La Fontaine. Le public a saisi au passage des intentions romiques; un caractère original finement tracé, relui de Bomilcar, l'a mis en belle humeur, et bref il a fait fête à ce mélange un peu barbare peut-être, mais assez piquant de sentiments païens, chrétiens, anciens, modernes, ainsi qu'à ces vers grecs d'intention, gaulois de substance, où l'imitation de Molière se croise avec celle d'André Chénier, et saute de Voltaire à M. Victor Hugo. C'est un succès complet également mérité par l'auteur et par les acteurs. Après la Ciguë, et en dépit de Gabrielle, nous croyons toujours à l'avenir comique de M. Emile Augier; il connaît la scène, rare qualité dans un poète de fantaisie; il est plein de verve et d'esprit; son langage est naturel, et son vers est orné; mais il lui manque encore, sauf erreur, l'invention des caractères et l'unité de style, ces deux à peu près du génie.

Cependant l'épopée napoléonienne se continue au Cirque-Olympique. Les armées se heurtent et la poudre fait des siennes. On assure qu'il s'agit de la bataille de Leipsick livrée sous cette nouvelle rubrique; le Petit Tondu. Lorsque la victoire n'est plus douteuse et que l'ennemi a pris la fuite, le tambour bat aux champs, l'empereur descend de cheval et donne la croix à un hussard au milieu du bruit. Ce troisième acte est magnifique, à ce point que les deux premiers sont comme s'ils n'étaient pas. Le dialogue est peut-être grotesque; mais qui est-ce qui l'écoute? Ici, comme à l'Opéra, les paroles sont couvertes par la musique, celle du canon. D'ailleurs, l'habit verdâtre, la capote grise, les grandes bottes et le petit chapeau, il n'en faut pas davantage pour soixante représentations.

Fantaisie par Gavarni.

Décembre s'en va au milieu de son escorte de nuages épais et sombres, il s'enveloppa en nous quittant d'un voile de brouillards, on attendant son manteau de neige. Il finit encore et toujours dans les tristesses des catastrophes et du nécrologue; et nous allions, suivant une ancienne habitude, lui consacrer une oraison funèbre et allégorique: Gavarni nous en dispense; il faut céder la place à son pinceau. Un magnifique dessin de plus, et la page que nous n'écrivons pas, c'est tout bénéfice; mais voici notre dédommagement, le jour de l'an.

O jour trois fois heureux! l'arbre de Noël vient de secouer ses fruits savoureux; vous allez revoir la royauté de la fève, et voici venir l'anniversaire mémorable qui fait de la ville un paradis. Dix jours de fêtes, de compliments, de chansons, de dragées, d'actions de grâces, de bombance et d'indigestions, «Les étrennes! aurons-nous des étrennes? demandent les enfants.--Oui, mes petits anges, répond le bon père avec une satisfaction intime.--Et moi, mon ami, aurai-je les miennes?--Certainement, ma chère, il le faut bien.»

Il le faut bien! Voilà où vous en êtes, mesdames: on se soumet à l'usage tout en le maudissant; votre jour de l'an, ce charmant Cupidon aux ailes roses, messager d'amour et de madrigaux, on l'accueille comme un créancier et presque comme un recors. Ses compliments sont écrits sur papier timbré; il a beau minauder ses sommations et sucrer ses requêtes: réfractaires, prenez-garde à vous! vous seriez condamnés aux dépens. Hélas! s'écrie l'époux dans sa douleur, les étrennes, quel abus! et comme l'institution a dégénéré depuis son origine! En vérité, ma chère amie, vous n'êtes pas aussi raisonnable que la femme de Tatius.--Tatius, que voulez-vous dire?--C'était un roi des Sabins, l'inventeur des étrennes, qui, à chaque renouvellement de l'année, donnait à sa femme une branche d'arbre, et ce bon exemple était imité par ses sujets.

En général, les femmes goûtent peu cet apologue; la moralité qu'elles en tirent, c'est l'enlèvement des Sabines, et, à leur avis, Romulus dut offrir à Hersilie quelque chose de mieux qu'un rameau de chêne. Paris est encore peuplé de Sabins. Sans parler des avares qui ne donnent rien, ou des prodigues qui sèment leurs prodigalités ailleurs, on en voit qui distribuent d'une main ce qu'ils reprennent de l'autre. Ces faux généreux trompent leur confiante moitié au moyen d'une série d'attrapes qu'ils ont organisée autour du jour de l'an pour échapper à ses fourches caudines. Dès la mi-décembre, la pauvre femme sème à foison les sourires et les câlineries: c'est sa graine à diamants et autres parures. Que de soins et de peines pour fertiliser ce sol ingrat: la générosité d'un mari! Bref, l'heure de la récolte a sonné: Monsieur l'apporte au logis dans ses poches. Une étoffe nouvelle, quelle joie! Mais c'est pour habiller à neuf le meuble du salon. Et cette boîte d'une dimension respectable, voilà notre surprise, à n'en pas douter; pas encore: c'est un porte-liqueur. Enfin, du milieu d'une liasse de factures acquittées aux frais de la communauté, et qui profiteront au ménage, s'échappe un objet imperceptible: c'est un anneau quelconque, cadeau sentimental et d'autant plus économique, orné des chiffres conjugaux et d'une mèche authentique. «Quoi, ce sont de vos cheveux, monsieur, il ne fallait pas vous en priver (c'est un mari chauve); vous faites des folies.

--En effet, ce jour de l'an m'a ruiné.--Oui, en ustensiles.

--Voilà bien les femmes; il leur faut des colifichets; et cie je n'avais qu'à vous offrir une chaumière et son coeur, comme dit la chanson.--Il ne manquerait plus que cela, une chaumière au mois de janvier: je dirais que vous prenez mal votre moment.--Tenez, ma chère, embrassons-nous et que ça finisse.

La présente vignette vous montrera le thermomètre conjugal sous un autre aspect. La victime du jour de l'an, ce n'est plus ici la femme, c'est le mari. Heureux homme pourtant, d'abord on lui passe toutes ses fantaisies, il est assassiné de petits soins; c'est le bijou de la maison. «Ne le contrarions pas: voici venir les étrennes.» Ainsi pense la maîtresse du logis, et c'est fort bien penser. Quelques-unes poussent la complaisance jusqu'à simuler le martyre. On se lève plus tôt qu'à l'ordinaire et l'on se couche plus tard; il s'agit de parachever quelque oeuvre mystérieuse, bourse ou bretelles brodées, petit mystère d'iniquité innocente, que le héros de l'aventure accepte ordinairement pour un mystère d'amour. Règle générale ou à peu près: la Parisienne achète tout faits les cadeaux qu'elle est censée avoir confectionnée. Se piquer les doigts et user ses beaux yeux à ces travaux sans éclat, c'est une imprudence dont son bon goût la préservera toujours. Les prévenances, les sourires, les cajoleries et l'emplette, chacune de ces douceurs a produit son effet: voilà le thermomètre conjugal arrivée son maximum; il faut qu'il dégringole. Le mari s'est exécuté. La face des choses, et surtout celle de la dame, a bien changé. C'est la traduction libre du: Je l'aime un peu, beaucoup, passionnément... pas du tout! Heureusement que le trait de moeurs n'est qu'une exception.

Que vous dire encore à propos du jour de l'an? C'est un anniversaire qui s'éternise, les mêmes compliments, les mêmes sérénades et les mêmes bonbons qu'autrefois; dans les rues, la même foule et le même spectacle. Il est bien entendu que la ville est plus que jamais un magasin de curiosités. Toute la population est dehors, et l'on se souhaite le bonjour entre deux emplettes. La promenade du jour de l'an vaut celle du mardi gras: c'est une mascarade à visage découvert, où l'on peut reconnaître chacun des masques et des emplois de la comédie humaine. Le généreux, le dissipateur, le glorieux en tournée de cérémonie, le parasite en habit neuf portant sa carte aux amphitryons, le bon père chargé de polichinelles, le flâneur qui jouit de tout et l'avare qui ne jouit de rien. L'étincelant fouillis que les boutiques! Ne me parlez pas des merveilles orientales, des palais moresques, des villes peintes comme Canton ou Nankin, et des cités mascarades comme Venise et Naples; l'or, les pierreries, les brillants tissus, les métaux resplendissants, les étoffes merveilleuses tissées par des fées invisibles: voilà les perles que Paris a tirées de son écrin. Seulement n'allez pas demander quelle est l'étrenne à la mode et dans quel moule nouveau 1851 a jeté son monde et ses fantaisies. En fait d'inventions, on s'accommode assez volontiers du vieux, et il faudra que la nouvelle année s'arrange des nouveautés de ses anciennes. Il est trop vrai qu'au milieu du propres général le bonbon reste stationnaire, on s'en tient à la dragée et au fruit confit; les chinoiseries font la même grimace; ainsi de la littérature du bonbon, qui ne sort pas de la devise et du rébus. Après cinquante ans d'exercice, nous en sommes encore aux énigmes du Fidèle Beryer. Ailleurs, ce sont les mêmes bons hommes plus ou moins réjouissants, les représentants de la république... du rococo, parleurs à la mécanique, automates joueurs d'instruments sur toutes les cordes, grands hommes pâte molle ou biscuit. L'esprit français ne se lasse pas de voir toutes choses en caricature; il a l'humeur railleuse des vieillards. Certainement notre époque égayera fort nos descendants, et ils n'auront pas à lui appliquer la maxime de Montesquieu: Heureux les peuples dont l'histoire est ennuyeuse.
Philippe Besoni.

Du 15 décembre au 1er janvier, par Stop.