Industrie parisienne.
Au moment où l'Angleterre convie les industries du monde entier à l'exposition universelle que l'année 1851 verra s'ouvrir à Londres, et dont la France doit se reprocher de n'avoir point pris l'initiative, l'Illustration, après avoir depuis longtemps ouvert ses colonnes aux grands établissements industriels français, montrerait plus que de l'indifférence et pourrait même être taxée d'injustice en n'essayant pas de faire connaître successivement à ses lecteurs les produits multiples et variés de l'industrie parisienne appelée à tenir une place si élevée à cette exposition.
L'industrie parisienne, célèbre par le bon goût de ses produits, l'habileté de ses artistes et l'intelligence de ses ouvriers, s'exerce en effet sur un nombre infini d'articles de natures différentes; les efforts nombreux tentés depuis la révolution pour améliorer l'industrie française ont toujours été couronnes des plus heureux succès dans la capitale; mais c'est surtout depuis les longues années de paix dont la France a joui, que Paris est devenu une ville industrielle de premier rang, sans avoir cependant l'aspect d'une ville manufacturière; ses articles portant d'ailleurs un caractère particulier de nouveauté et d'élégance, sont accueillis et recherchés avec une faveur très-marquée tant en France que dans les colonies et sur les marchés étrangers.
Parmi les branches d'industrie spéciales à cette capitale, l'horlogerie fine, les bronzes, l'orfèvrerie et la bijouterie entrent pour des sommes importantes dans la balance de son commerce.
L'horlogerie mixte, c'est-à-dire celle qui s'exerce sur des pièces provenant de fabriques étrangères ou françaises, et l'horlogerie de précision, dont toutes les pièces sont fabriquées à Paris même, y sont cultivées avec assez d'honneur pour assurer à cette ville le monopole des pendules, dont l'Angleterre seule nous achète pour plus de deux millions par an; et si l'horlogerie de Paris, en ce qui concerne la fabrication des montres, est encore en lutte avec celle de Genève, elle a conservé, pour tout ce qui est art, goût et invention, une incontestable suprématie.
La fabrication des bronzes de Paris, pour les coffres de pendules, flambeaux, candélabres, coupes et autres pièces des garnitures de cheminées, est sans concurrence dans le monde, et les artistes éminents, créateurs incessants des modèles variés qu'enfante leur inépuisable imagination, sont également sans rivaux. Les produits de cette industrie, qui occupe à Paris plus de cinq mille ouvriers, s'élèvent annuellement à une valeur de 20 millions environ.
L'orfèvrerie qui embrasse tous les objets d'or et d'argent, tels que vaisselle plate, surtouts pour la décoration de la table, ornements d'église, etc., ne peut trouver ailleurs que dans les grandes villes la réunion des conditions qu'exige une large fabrication. Aussi Paris, centre de cette fabrication, a-t-il rendu depuis longtemps l'étranger tributaire de la France par le bon goût qu'il a su imprimer à ses produits. Beauté, élégance dans les formes, richesse de dessin et travail parfait, tels sort les caractères des ouvrages qui sortent des ateliers de Paris. Hâtons-nous d'ajouter que les sculpteurs les plus distingués, les dessinateurs les plus renommés ne dédaignent pas de consacrer leurs talents à cette industrie, qui réclame des mains habiles pour tous ses détails, et qui donne lieu chaque année à des transactions commerciales considérables.
Grande fabrique et magasins d'horlogerie, orfèvrerie et
bijouterie de C. Detouche, 158 et 160, rue Saint-Martin.
Quant à la bijouterie, chacun sait que c'est une des branches les plus importantes du commerce français, et celle qui constate de la manière la plus évidente la supériorité dans les arts du modelage, de la ciselure et du dessin, les progrès toujours croissants de l'industrie parisienne, la fabrication de cette innombrable multitude de bijoux que le besoin, la mode et le caprice font sortir des ateliers de bijouterie, consomme chaque année 4,500 kilogrammes d'or, représentant 12,400,000 francs environ; la main d'oeuvre, qui occupe plus de 7,000 ouvriers, tant bijoutiers, émailleurs, sertisseurs, graveurs, ciseleurs, etc., que doreurs, tourneurs, estampeurs, fondeurs et guillocheurs, égale à peu près le prix de la matière employée, ce qui porte cette fabrication au chiffre de 24 millions qui ne s'appliquent absolument qu'à la main d'oeuvre et au prix du métal dégagé de la valeur des nombreuses pierreries que la joaillerie est appelée à monter chaque année à Paris. Indépendamment des maisons qui se livrent à la fabrication spéciale des différents articles que nous venons d'énumérer, il s'est formé dans Paris de puissants établissements commerciaux, qui, à l'aide de capitaux considérables, ont, depuis un certain nombre d'années, essayé de donner une plus forte impulsion à l'une ou à l'autre de ces branches de l'industrie parisienne. Le plus important de ces établissements n'a même pas reculé devant l'audacieux projet de les réunir toutes, c'est celui que M. C. Detouche a formé dans la maison portant sur la rue Saint-Martin les n° 158 et 160.
Dans de vastes magasins, salons et galeries, décorés avec goût, et au développement desquels trois étages suffisent à peine, s'étale sans confusion, et au contraire avec un ordre parfait, tout ce que la fabrication parisienne peut produira en horlogerie, bronzerie, orfèvrerie et bijouterie-joaillerie.
L'horlogerie offre au choix depuis la simple horloge de village jusqu'au régulateur compliqué, qui, après avoir obtenu à l'exposition des produite de l'industrie française en 1819 la médaille d'argent, doit aller en conquérir une autre à l'exposition de Londres; depuis le cartel en bois du prix le plus modique jusqu'au module de pendule en bronze doré ou florentin du travail le plus nouveau et le plus recherché; depuis la montre d'argent à savonnette jusqu'à la montre marine, au chronomètre le plus perfectionné, et jusqu'aux ingénieux appareils uranograniques de M. Guénat.
Près du flambeau destiné au travailleur solitaire, l'art du bronzier expose des candélabres et des bras de cheminée empruntant à la Grèce ses formes pures et sévères, à la renaissance ses élégantes arabesques, et aux règnes de Louis XIV et de Louis XV leurs plus capricieux enroulements.
Dans les vitrines consacrées à l'orfèvrerie ont été réunies les pièces les plus simples de la vaisselle plate ordinaire, aux modèles riches et variés des objets destinés à la décoration de la table la plus opulente; la fabrique du village ainsi que celle de la ville y trouveront chacune les vases et objets du culte en harmonie avec les ressources larges ou bornées de leurs églises respectives.
Enfin les montres de la bijouterie renferment à côté de l'alliance brisée la bague au chaton orné d'un riche camée; le bracelet en argent et la croix à la Jeannette près du collier de perles fines à fermoir émaillé; les simples boucles d'oreilles en or et l'écrin complet éblouissant de diamants et de pierreries.
Si à cette réunion inusitée se joint encore la garantie de toutes les marchandises livrées, un prix fixe toujours coté avec modération, la facilité de faire des commandes et de n'en prendre livraison qu'autant que leur confection satisfait le goût le plus difficile, on ne s étonnera plus de l'honorable clientèle que la maison Detouche a su se faire à Paris et dans la province, et des débouchés considérables qu'elle s'est créés tant dans les colonies qu'en pays étranger.
G. Falampin.