SALON DE 1873

Source de poésie

PAR M. GUILLAUME

SALON DE 1873.--Sculpture.--Source de poésie, par M. Guillaume.

Comme on l'écrivait ici la semaine dernière, M. Guillaume est un de ces artistes d'élite à qui la perfection de l'exécution ne ferait jamais oublier la nécessité de la pensée. Pour lui, nymphes et déesses doivent être plus que des créatures aux belles formes; la muse qu'il exposait au Salon sous le titre de Source de poésie en est une preuve nouvelle.

Majestueusement assise, la tête couronnée du laurier sacré, l'œil tourné vers les cimes célestes, elle s'appuie d'une main sur la lyre antique, primitivement faite d'une écaille de tortue, tandis que de l'autre elle tient l'urne sainte d'où découle l'eau castalide, boisson pure des poètes. Une foule de petits génies viennent s'y abreuver; leurs ailes font songer involontairement au mot de Platon: Le poète est chose légère et ailée.

Jamais l'immortelle inspiration du grand et du beau n'a été mieux représentée que par cette muse au regard calme et profond, au visage noble et fier, à l'attitude pleine de dignité. Femme par un je ne sais quoi de doux et d'attachant, elle est déesse par la sérénité de son profil olympien; la passion, avec ses désordres et ses entraînements, n'a jamais pu l'atteindre; elle la domine de toute la hauteur de son rocher, inaccessible aux profanes; seuls, les initiés peuvent s'élever jusqu'à elle, et on sent qu'en s'abreuvant de son onde pure, ils perdront le goût et le souvenir des choses périssables pour ne plus songer qu'aux jouissances éternelles de l'art.