SALON DE 1873

La Neige, tableau de M. Daubigny.

Il n'y a pas à décrire cette toile d'une composition si simple, en même temps que d'un aspect si saisissant; M. Daubigny est un maître pour qui la nature n'a plus de secrets: clairières, ombrages touffus, ruisseaux murmurants, prairies verdoyantes, il a tout étudié, tout compris, tout traduit. Aujourd'hui il abandonne la recherche du détail, il cesse de poursuivre l'exactitude du fait matériel, et se borne à rendre une impression d'ensemble, un effet général; il est permis de se demander si tel est bien le but de la peinture, et particulièrement du paysage; mais cette restriction une fois posée, si l'on consent à ne pas se préoccuper de ce qu'il y a de systématique et de voulu dans une telle manière, on ne peut se refuser à reconnaître le mérite de l'exécution et à admirer le talent du peintre. M. Daubigny est un virtuose qui imagine des variations savantes sur un thème donné; sûr de ses moyens, il sait où il va et ne craint pas de s'égarer; il est bien certain d'arriver au résultat qu'il veut produire.

Voyez plutôt cette vaste campagne, couverte de neige, avec son ciel d'hiver, sur laquelle se détache un bouquet d'arbres dénudés, et qu'anime seulement une nuée de noirs corbeaux; est-il un sujet moins compliqué et où l'on sente moins l'arrangement?

Et pourtant, quelle intensité d'effet! Comme l'œil erre, sans savoir où se fixer, sur ces lointains blanchâtres, qui se confondent avec le gris sombre des nuages! Ce n'est pas tel ou tel champ de tel ou tel pays, c'est l'hiver dans tout ce qu'il a de froid et de triste, c'est décembre, à l'aspect morne et désolé, rendu avec une rare vigueur et une extraordinaire puissance d'expression.

Mélantho, statue de M. H. Allouard.

C'est Neptune qui la porte, Neptune lui-même, le roi de l'Océan, qui s'est transformé en dauphin pour suivre à travers son empire la nymphe dont il est épris, et qu'il enlèvera bientôt dans les profondeurs d'une caverne connue de lui seul; mais ni le dauphin, ni les petits amours qui se jouent autour de lui ne constituent le vrai sujet; il est tout entier dans cette gracieuse figure de femme, à la pose si heureuse, au corps élancé, aux proportions élégantes, qui se laisse doucement entraîner, inconsciente du péril qui la menace, et révélant au Dieu des mers les secrets de son indolente beauté. M. Allouard est un de nos plus jeunes sculpteurs; il n'expose que depuis plusieurs années, et déjà il a su se conquérir une place des plus honorables.

C'est un devoir et un plaisir en même temps de rendre justice à un artiste qui dédaigne les succès faciles et n'oublie jamais que la statuaire est l'art élevé par excellence; sa Mélantho, œuvre sérieusement étudiée et riche de qualités charmantes, est avant tout une œuvre de style.

SALON DE 1873.--La neige, tableau de M. Daubigny.

SALON DE 1873.--Mélantho, par M. Allouard.