Les tremblements de terre de la vallée du Rhône.
A la fin du mois dernier, une série de tremblements de terre s'est fait sentir dans la partie de la vallée du Rhône située entre Valence et Pierrelatte, et que borde une double chaîne de montagnes volcaniques, qui heureusement gardent le silence depuis plus de cinquante siècles.
Les secousses ont commencé le 14, à 8 heures 40 minutes du soir, et se sont fait sentir à Donzère et dans les communes environnantes. Le lendemain et les jours suivants, oscillations sans importance. Le 19, à 4 heures du matin, nouvelle secousse, assez violente cette fois pour causer beaucoup de dégâts et jeter l'épouvante parmi les populations. Si à Montélimart on en fut quitte pour une douzaine de cheminées abattues, il n'en fut pas de même à Châteauneuf-du-Rhône, jolie commune de 1300 habitants, située à 8 kilomètres plus au sud. Ici les dommages ont été vraiment sérieux. Presque toutes les maisons ont été lézardées, surtout l'église, assez compromise pour qu'on ait jugé prudent de cesser d'y célébrer le service divin.
Notre premier dessin représente le triste aspect de la grande rue, après la secousse. Ou a dû étayer toutes les maisons, et c'est aux aires ou sous la tente que couchent les habitants. L'un d'eux, le menuisier Métral, n'a dû la vie qu'à un heureux hasard. Une commande pressée l'avait forcé de se mettre au travail un peu plus tôt que d'habitude. Il venait de se lever quand tout à coup les solives du plafond, brisées par la secousse, tombèrent sur son lit avec un pan de mur et l'écrasèrent. C'est le sujet de notre second dessin. La même nuit des blocs de pierre se sont détachés du haut de la montagne, au bas de laquelle court le chemin de fer, et ont roulé sur la voie, qui d'ailleurs a été bientôt débarrassée.
L'effet de la secousse n'a pas été sans importance non plus à Viviers, situé en face de Châteauneuf, de l'autre côté du Rhône. La voûte du chœur de la cathédrale s'est lézardée sur une longueur de 2 à 3 mètres; la charpente de la toiture donne des inquiétudes, et un des clochetons a été renversé. Ajoutons que les deux petits pavillons du pont suspendu sur le Rhône, qui servent de logement aux receveurs, ont été fortement ébranlés. Les dernières secousses ont eu lieu le 23 juillet, entre 2 et 3 heures du matin. Notons que le phénomène a été tout à fait local et s'est produit dans un rayon d'une dizaine de kilomètres.
Ce n'est pas la première fois d'ailleurs que la même région a été éprouvée par des tremblements de terre. Voici à quelles dates ils ont été ressentis: 7 décembre 1605; 23, 24, 30 et 31 janvier 1773; enfin 10 mai 1782.
L. C.