La Répétition, par M. Torrents.

L'austère costume des deux capucins avec leurs robes brunes, leurs épais capuchons, les cordes grossières qui leur ceignent les reins, contraste étrangement avec le luxe de la pièce où nous les voyons; la richesse des dessins qui ornent le dos du fauteuil où est assis l'un d'eux, l'épaisseur des tapis, la magnificence du pupitre, les tentures, les tableaux qu'on aperçoit dans le fond, tout concourt à faire ressortir davantage encore les sévères figures des personnages qui semblent se préoccuper si peu des belles choses qui les entourent; sans doute sommes-nous dans quelque antique abbaye, dans un coin réservé des anciens appartements du prieur. Qu'importe, d'ailleurs, aux deux moines? Ils ont eu soin d'envelopper d'un tapis leur précieux livre de musique, avant de 1e poser sur le pupitre, et ils sont tout entiers à leur étude; ils doivent être prêts pour la fête de demain, et ce n'est pas dans l'église, au milieu des fidèles, qu'il faudrait se tromper; ils n'ont même pas droit d'hésiter. Aussi voyez comme ils travaillent, avec quelle attention soutenue celui qui est assis déchiffre les notes l'une après l'autre, tandis que son compagnon semble l'aider de la parole et du geste; les deux têtes sont d'une rare puissance d'expression, d'une remarquable énergie de caractère; elles se détachent avec un relief étonnant sur ces fonds de richesses un peu assombries. L'œuvre de M. Torrents a obtenu un grand succès au Salon de cette année, et elle le méritait, ne fût-ce que par ce cachet d'originalité toute personnelle qu'il a su lui imprimer.