L'ESPRIT DE PARTI
(Suite)
A côté des Cancans et, dans le même esprit, le Brid'oison, adversaire naturel du Figaro, attaquait le pouvoir avec une énergie croissante à chaque numéro. On reste véritablement stupéfait de ces témérités de plume, quand on les compare avec les timides audaces de l'opposition actuelle. Et, de fait, si, dans une feuille quelconque, l'un de nous publiait aujourd'hui comme siennes, après les avoir rajeunies par un changement d'initiales, quelques-unes des épigrammes--parfois terribles--qui vont suivre, qu'en résulterait-il?
Une forte amende pour l'imprimeur;
Quelques mois de prison pour le journaliste;
Et, pour le journal, la suppression!
Dites-nous maintenant ce que la liberté de la presse--pour laquelle on a tant combattu--a gagné de terrain depuis quarante ans?
Brid'oison--1832.
Au dernier jeu de la cour, les ministres ont joué, savoir:
de la guerre--à l'impériale;
de l'instruction publique--à l'oie;
de la justice--à pair ou non;
Le ministre de l'intérieur--à la mouche;
de la manne--a la drogue;
des finances--aux dames, avec sa nièce;
du commerce--au boston; il a étalé grande
misère sur la table.
Le ministre des affaires étrangères a refusé de jouer à la bataille. Mme la baronne de F.... a continué de jouer à l'ombre.--Le peuple, en dehors, jouait à la patience.
Un député du centre disait hier au soir: nous venons enfin de vautrer la liste civile.
On va donner des bals pour les pauvres. La moitié de la France y sera invitée.
Figaro accuse que les arts étaient exilés des Tuileries sous la Restauration.--Voilà que Figaro se fait Bazile, il calomnie.
On vient d'envoyer de la graine de Persil en province; il pousse déjà des réquisitoires.
Hier au soir, le conseil a fini à minuit. Il ferait bien mieux d'aller se coucher.
Le Moniteur enlève du front de Louis-Philippe la couronne de lauriers qui orne les pièces de cent sous pour la remplacer par une couronne de chêne. C'est sanglant.
Sous un riflard, une poule mouillée peut devenir un coq imparfait.
On parle de sévir contre la misère comme agent secret de toutes les émeutes. Ils feraient bien mieux de l'arrêter.
On assure que les républicains avaient l'intention de faire maison nette des Tuileries.
Le gouvernement à bon marché n'est pas cher à la France.
La Chambre en est venue au point de ne plus distinguer sa gauche d'avec sa droite.
Les cabinets étrangers font leurs orges, le cabinet français fait ses foins et le peuple est sur la paille.
On offre une récompense honnête à qui pourra deviner la politique du juste milieu.
Il y a des gens qui sont nés coiffés; témoins les gens à toupet: ce sont les favoris de la fortune.
La gauche ne dit mot, la droite n'en pense pas plus, et le centre digère; voilà un drôle de Corps législatif; tous ses membres sont perclus.
Peuple souverain:
Je, suis tout et je ne suis rien;
Je fais le mal, je fais le bien;
J'obéis toujours quand j'ordonne;
Je reçois moins que je ne donne;
En mon nom l'on me fait la toi
Et quand je frappe c'est sur moi.
La Bourse était pleine samedi de bruits alarmants sur l'état de santé du président; mais d'intérêt sur la santé de l'État, la Bourse était vide! Infâme agio!
M. Thiers est un état, à lui tout seul; il n'est cependant que Tiers-état de profession...
On parle d'un ministère extrême-gauche. Déjà bien assez gauche pourtant est celui que nous avons.
Les insensés! Quand le pouvoir traînait dans le ruisseau, ils n'ont pas su le ramasser, et maintenant qu'il est à 400,000 hommes au-dessus d'eux, ils espèrent y atteindre!
L'état de siège n'est pas un état civil.
La convention mettait hors la loi; le juste milieu met en état de siège. Bonnet blanc; blanc bonnet.
Le plus saint des devoirs, l'insurrection, qui conduisait naguères aux honneurs, aux dignités, conduit maintenant au martyre ou à Bicètre. Quel désastre!
Jules Rohaut.
(A suivre.)
LE MARCHAND DE COCO