LA MODE
Voici l'hiver qui arrive, aimables lectrices; il faut vous occuper de vos toilettes, et surtout voir, avant d'acheter, les maisons dont le goût fait loi.
La Ville de Lyon, 6, Chaussée-d'Antin, tient le premier rang entre toutes, et parmi les mille jolies choses que j'ai été appelée à juger, je vous citerai le Mouchoir Pénélope, en tissu de soie nattée pour la petite poche de côté de vos casaques; les nouvelles Collerettes Médicis en velours noir doublées de gros de Suez couleur claire, et la Fraise Henri III en crêpeline blanche; puis de larges ceintures relevant le pouff au moyen de coulants ou poignards en acier taillé, en jais, en nacre (inédit), et de merveilleuses passementeries brodées de jais.
Maintenant, pour vous garantir du hâle et de la bise, le nouveau voile Suez, formant en même temps fichu, et le Gant Joséphine breveté, le seul aujourd'hui que puisse porter une femme qui veut être gantée. Partez donc et vous me remercierez.
Z***
Quelle est la meilleure des couseuses? Quelle est celle qui effectue le plus solidement, le plus rapidement et le plus artistement les travaux de couture ou broderie sur la mousseline, la soie, le drap? C'est, de l'aveu des gens compétents, la machine Elias Howe à aiguille droite et entraînement en avant.
Mais qui vend la machine Elias Howe? Moi!... répondent tous les industriels qui affublent leurs mécaniques du titre de système, principe Howe, Howe-diamant, etc., etc. Traduisez: Howe-imitation.
Il n'existe à Paris qu'une seule maison vendant la machine Elias Howe. Seule, cette maison, dont le siège est boulevard Sébastopol, 48, a le droit de parler de croix d'honneur, de diplômes d'honneur, décernés à chaque exposition, et récemment encore à l'Exposition de Vienne. A cette époque où vont reprendre les travaux au coin du feu, il est bon d'en informer les familles.
Comtesse Armande.
Rien n'est aussi bien porté que les robes et costumes en soie des Indes. Le foulard sergé est tout prêt pour les jolis costumes d'hiver; ces tuniques se mettent sur les jupons de velours.
La Malle des Indes, passage Verdeau, 24 et 26, vient de me communiquer les dessins de ses admirables cache-nez et foulards de cou. Le surah, le creemson, le corah pur, sont autant de cache-nez riches et de grand goût. Le cache-nez à la mode, c'est le bleu de roi et ciel, noir et blanc, cerise et noir, jaune et noir; ce sont des soies des Indes, dont le riche tissu croisé fait que pas un cache-nez ne pourra rivaliser avec ce beau genre. La Malle des Indes a parmi sa riche collection de foulards des Indes les splendides China, ce que nous appelons surah; le blanc de lait, le crêpé, le cache-nez sablé d'une si grande souplesse, le riche crépon et le vrai crêpe de Chine en 90 centimètres de largeur; les dessins cachemire sur soie des Indes, les grisailles en deux tons et les foulards brochés à bouquets jardinière dans les coins, entourés d'une bordure brochée; le foulard fusion, rouge, bleu et blanc; le foulard Alsace-Lorraine cerise et bleu. Ces genres sont adoptés pour mouchoirs de poche. Nos gentlemen et les grandes élégantes portent dans la pochette de leurs paletots ces ravissants mouchoirs de la Malle des Indes.
L'Exposition de Vienne vient de mettre en lumière les progrès de notre haute industrie française. La maison Ed. Finaud et Meyer a remporté les deux plus hautes récompenses: la grande Médaille de progrès et la Médaille de mérite. Tout le monde a été à même d'apprécier la perfection des produits de cette maison gigantesque. Ses savons sont tous brevetés, depuis le savon au suc de laitue jusqu'au savon des enfants, à 50 centimes le pain. Comme extrait, la violette de Parme est sans rivale; l'oppoponax, c'est le parfum à la mode, le plus répandu et le plus recherché. La maison Ed. Pinaud, 30, boulevard des Italiens, tient dans son athénée d'élégance les produits les plus fins à la glycérine; les eaux de toilette s'appellent oppoponax et fleurs d'Italie.
MM. Pinaud et Meyer sont depuis longtemps fournisseurs brevetés de la reine d'Angleterre, et tout récemment ils viennent d'être nommés fournisseurs en titre de S. H. le Sultan.
Baronne de Spare.
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:
On entre, on crie,
Et c'est la vie.
On crie, on sort,
Et c'est la mort.
EXPOSITION DE VIENNE
LES CLOISONNÉS DE MM. CHRISTOFLE ET Cie
EXPOSITION UNIVERSELLE DE VIENNE.
Objets d'orfèvrerie exposés par la maison Christofle.
Nous signalions dernièrement à l'attention de nos lecteurs le procédé nouveau et, nous pouvons le dire sans exagération, parfait, inventé par MM. Christofle pour la fabrication des émaux cloisonnés. Nous donnons aujourd'hui la reproduction des principaux spécimens de cette branche si importante de l'orfèvrerie exposés par MM. Christofle à Vienne. Il nous reste à dire en quoi consiste l'innovation introduite par eux dès 1867, dans l'art de l'émailleur.
Le moyen employé par les Chinois est connu. Il consiste à contourner à la main de petites bandelettes de cuivre mince, à les appliquer sur les vases à décorer, puis à remplir d'émail fondu les compartiments dessinés par elles.
Ce procédé, qui exige des doigts très-déliés et des artisans fort habiles, a l'avantage de donner à l'exécution un caractère personnel d'autant plus précieux qu'il faut refaire le dessin pour chaque exemplaire de l'œuvre.
D'un autre côté la cloison fondue dont les courbes sont par conséquent arrêtées et fixes offre une netteté et une pureté de lignes qui flatte davantage l'œil de l'Européen; car il est dans le génie des Occidentaux d'associer la clarté et la symétrie, tandis qu'au contraire, en art pur comme en décor, l'Oriental a une préférence marquée et intime, pour la variété, l'irrégularité et le caprice.
On peut donc dire des émaux cloisonnés de MM. Christofle que, tout en égalant les Chinois pour la couleur et l'invention, ils ajoutent à ces qualités pour lesquelles ces vieux maîtres sont si supérieurs, les mérites de la pureté, du dessin et de la sévérité du style.
Ce n'est pas seulement par l'exécution matérielle que se distinguent le vase à fond céladon, portant une cigogne, un faisan doré et des oiseaux-mouches dans un paysage de roseaux, d'iris et de pêchers en fleurs,--le plat à corbeille de fleurs posé sur un damier,--et le vase à fond jaune de style persan garni de bronze nuancé d'or. Ces trois pièces de premier ordre, qui sont dues au talent de M. Reiber, architecte, chef de l'atelier de composition et de dessin, se recommandent par une originalité nouvelle qui s'inspire de la nature. Nous ne voulons citer pour exemple que les mouvements de tête et de pattes des deux faisans que nous mettons sous les yeux du public: ils sont d'une vérité et d'une vie saisissantes, et notre excellent peintre d'oiseaux, Couturier, ne les désavouerait pas.
Ah! la nature, c'est toujours d'elle qu'il faut parler et à elle qu'il faut revenir, car elle est le modèle unique et le maître sans égal, et elle a plus de talent que tous les génies du monde: elle a plus de variété, plus d'imagination, plus d'harmonie, plus d'unité, plus de style, plus de goût, plus de grâce, plus de force, que Michel-Ange, Raphaël et Benvenuto Cellini réunis.
F. A.