LE CHARIVARI
1833
Depuis que les journaux dynastiques prétendent qu'on en veut aux hommes de loisir, le caissier du Constitutionnel n'est pas tranquille.--En revanche le préposé aux désabonnements est complètement rassuré.
On commence déjà à faire des préparatifs pour le carnaval prochain. Les personnes qui désireraient des habits d'arlequin peuvent s'adresser au bureau du Journal des... Judas.
On a dit que si la peste pouvait donner des places, elle aurait des courtisans. On peut ajouter qu'elle serait certainement défendue par le Journal des Judas.
Le Journal des Judas disait hier: «Notre feuille n'arborera jamais la couleur rouge.» Chacun sait bien que le Journal des Judas ne peut pas rougir.
Quoique fort obscures, les opinions du Journal des Judas sont comme les jours: elles se suivent et ne se ressemblent pas.
Le Journal des Judas va, dit-on, se fixer sur le Pont-au-Change.
On dit que les rois s'en vont. Il nous semble que ce sont bien plutôt les libertés.
L'Ordre de choses, par ses organes, menace les factions du mépris public. Il aurait dû ajouter:--«Après moi, s'il en reste!»
Toute la police était hier en émoi, par suite d'une capture fort importante. Il s'agissait de la saisie, chez un républicain, d'un bonnet rouge que ce dernier avait eu la malice de faire teindre en blanc, pour lui donner l'apparence d'un bonnet de nuit.
La révolution de juillet est représentée à l'étranger par des princes, des marquis et des ducs. La voilà tout à fait décrassée.
Un voleur qu'on arrêtait hier s'est écrié très-sérieusement:--«Vous vous trompez, monsieur, je ne suis pas un républicain.»
Autrefois on préparait la guerre pour avoir la paix; aujourd'hui on prépare la paix pour avoir la guerre.
Jules Rohaut.
(A suivre.)