LE CARNAVAL DE NICE

Au moment ou nous paraissons, le carnaval, le vrai carnaval est prêt à sortir ses bannières et ses chars dans sa ville de prédilection: nous avons nommé Nice. Celui de cette année sera particulièrement intéressant, aussi avons-nous pensé à en donner dès maintenant un avant-goût à nos lecteurs en leur en mettant sous les yeux les principaux épisodes. Les noms, du reste, qui composent le comité d'organisation des fêtes, placé sous le patronage de l'administration municipale, sont suffisamment éloquents par eux-mêmes. Faut-il en citer quelques-uns? Dans le comité d'honneur: MM. l'amiral Duperré, les généraux de Vaulgrenant et des Garets, le préfet des Alpes-Maritimes, etc.; et dans le comité administratif: le maire de Nice, M. de Malausséna, MM. de Beauvine, le baron de Contes de Bucamp, de Basilewski, Verany, et tant d'autres dont l'habileté et le zèle n'ont pas besoin d'être stimulés.

Les fêtes du carnaval dureront cette année un peu plus que d'habitude. Elles commenceront le 31 janvier pour se terminer le 10 mars. Le 31 janvier, à huit heures du soir, Carnaval XIX, roi de Nice pour quelques jours, fera son entrée solennelle, au son des fanfares, tandis que le canon tirera des salves.

Voici l'ordre du cortège qui défilera, on peut en être sûr, au milieu d'une foule compacte.

Des gendarmes d'abord, en grande tenue, ouvrant la marche, puis un char à feu, brillamment illuminé, et jetant une clarté vive sur les polichinelles à cheval qui viennent ensuite. Précédée et suivie de pompiers en tenue de gala, la musique du 161e de ligne.

Immédiatement après, une immense contre-basse dont les flancs recèlent une joyeuse musique jetant à tous les échos sa fanfare éclatante. Ensuite, la musique de Vichy, très pittoresque; enfin le char de Gargantua-Carnaval. Un gigantesque Carnaval, à la face enluminée, est à califourchon sur un foudre. Le char est tiré à vingt-sept chevaux. Chaque cavalier a un attribut. C'est ainsi que nous aurons les radis, les saucissons, les jambons, les ravioli, les escargots, les crevettes, les tomates et les aubergines, la dinde aux marrons, les salades, les melons, le fromage et les fruits. En un mot, tous les plats du repas destiné à Gargantua-Carnaval.

Derrière le char, les courtisans, c'est-à-dire des bouteilles au col argenté, au chef rutilant. Les chevaux sont menés par une nuée de marmitons nègres, aux costumes plus blancs que neige. Un char à feu, les fanfares des 6e et 8e chasseurs alpins, la musique La Lyre niçoise et le char des Chinois fermeront la marche, avec la gendarmerie à cheval.

N'oublions pas les bannières flottant au vent, et parmi les chars, celui de la Presse qui nous touche particulièrement.

Sur les côtés du cortège, des soldats en bourgeron portent des tulipes lumineuses.

Le cortège suivra l'avenue de la Gare, toute pavoisée, arrivera à la place Masséna, puis se dirigera vers le Jardin public, et, après être passé devant la préfecture et la mairie, il reviendra, traversant les principales rues, à son point de départ, où il doit se disloquer.
WOISARD.