L'EMBACLE DE L'ESCAUT

Partout de mauvaises nouvelles arrivent des débâcles qui font sortir les fleuves de leurs lits, qui emportent les ponts, qui noient les bas quartiers des villes.

Dans cette révolte générale des eaux fluviales, il semble que l'Escaut ait été, dans tout son parcours, plus particulièrement funeste aux riverains. Cette singularité s'explique par la largeur du fleuve, par son peu de profondeur relative, par la platitude des territoires qu'il arrose.

Mais c'est surtout à l'embouchure du fleuve, à Anvers, que les péripéties de la débâcle ont été effrayantes.

Depuis des semaines, l'accumulation formidable des glaçons avait transformé l'estuaire de l'Escaut en une véritable mer de glace. Par les fenêtres de la vieille tour normande, aujourd'hui aménagée en musée historique, qui commande l'entrée du fleuve et qui fait face à la Tête-de-Flandre, le spectacle était vraiment admirable.

A l'ordinaire, une sorte de bac à vapeur relie sur ces deux points les voies ferrées. Il transporte les voyageurs, les marchandises, les animaux, sans interruption, d'une rive à l'autre. Depuis longtemps, il avait dû renoncer à son service. Des blocs de glace, dont quelques-uns mesuraient jusqu'à deux hectares de superficie, barraient l'entrée du fleuve. Quand une fissure accidentellement provoquée entre les glaçons mettait un de ces blocs énormes en route vers la mer, on voyait un petit bateau, tout en fer, se détacher du quai anversois et pointer à toute vapeur vers la Tête-de-Flandre. Dans cette navigation périlleuse, le Tenace et l'Infatigable ont été successivement désemparés. Le premier de ces deux vapeurs, représenté par la photographie de notre correspondant, a eu son hélice brisée; le second son avant défoncé par une banquise.

La deuxième photographie est une épreuve, prise au milieu même du fleuve, sur la glace, à vingt minutes d'Anvers, au point dit Hoboken.