QUESTIONNAIRE

N° 16.--Paris et Province.

Quels sont les Avantages et les Inconvénients de la Vie de Paris et de la Vie de province?

(14 Juin 1890.)

RÉPONSES (suite)

Ce que j'aime à voir, en Province, ce sont les vieilles maisons. Ces demeures sont simples, elles parlent à l'esprit et au cœur, elles rafraîchissent l'imagination fatiguée par les admirations saugrenues pour les embellissements. Elles donnent une idée exacte de la vie sociale de nos pères et rappellent cette réflexion d'un philosophe: «Nous ne voyons, dans l'histoire comme elle est faite, que les grands hommes, les rois, les ministres tout au plus; ce que nous ignorons et ce qu'il y a plaisir à connaître, c'est la condition médiocre, l'existence moyenne des bonnes gens de chaque temps.»--Charles D.

C'est avec des faits divers, des anecdotes et des commérages, qu'il faudrait écrire l'histoire, la seule vraie, à la manière des Mémoires de Saint-Simon pour nuire à... son temps, des Lettres de Mme de Sévigné, cette Fleur-de-Potin du dix-septième siècle, qui se savait lue comme une Gazette, et de la Correspondance de Diderot avec Mlle Rolland, qui est le Tableau du dix-huitième siècle.--Kan dit Raton.

En dehors de Paris, il n'y a pas que des villages, il y a d'autres villes, de grandes villes, de belles villes; mais j'ai beau faire, je ne vois partout que Royaumes de l'ennui, et je donnerais toutes les plus belles choses du monde pour jeter un seul coup d'œil sur le bien-aimé Paris. Plus j'ai vu les pays étrangers, plus j'ai aimé la France, et plus j'ai habité la Province, plus j'ai aimé Paris.--Si on n'y est pas toujours heureux, on y trouve du moins des armes contre le malheur. Paris a une âme qui se met au diapason de l'âme humaine, et quand on l'aime bien, on ne peut lui être infidèle qu'un moment, par contraste, et pour lui revenir.--Viator.

Paris est la seule ville hospitalière aux parias intelligents qui lui apportent leurs cerveaux pour alimenter sa fournaise. Elle dévore, mais quelles heures! A Paris une semaine est plus pleine qu'une année de Province, et toutes les cordes du clavier humain vibrent harmonieuses. Quand on vit par l'intelligence et par le cœur, la Province est comme la cloche d'une machine pneumatique où la respiration s'arrête. C'est le vide, le néant, l'absolu malheur.--Un Lecteur.

A Paris, on a son individualité, sa physionomie, son caractère, ses idées, ses opinions, ses sentiments. En Province, il est défendu d'en avoir, ou du moins d'en montrer; tout est coulé dans le même moule, tout est de convention. Le grand art, unique, qui résume tout le secret de la vie en province, c'est l'abstraction complète de la personnalité; ces gens si curieux et si bien informés ne donnent jamais leur avis sur rien et sur personne. Cet art se résume dans la formule de Figaro, qui avait le droit de parler de tout sans en rien dire. Le Normand: «Pour une année où il y a des pommes, il n'y a pas de pommes; mais, pour une année où il n'y a pas de pommes, il y a des pommes.» Le Breton: «Peut-être bien». Le Franc-Comtois: «Voilà.»--Le Chardon.

On rencontre en Province des hommes supérieurs; mais ils ne sont pas dans un milieu favorable à la culture et au développement des grandes conceptions. Tous ceux qui croient avoir une idée nouvelle ou le secret d'une découverte sont exposés à réinventer ce qui est déjà trouvé et connu; aussi les voit-on déserter la Province et fixer toujours les yeux sur Paris, comme l'aiguille aimantée vire au pôle: Paris, c'est la patrie la Province, c'est l'exil.--Emile T.

Si l'homme est né laboureur, chasseur, artisan, marin et soldat, s'il a des besoins matériels, il a aussi les aspirations de l'âme et de l'intelligence. Mon rêve, à moi, ce serait ce séjour idéal de bonheur que Diderot appelle Le Petit Château, et qui n'est pas en Espagne: vivre en famille, dans une belle aisance, cinq mois à Paris et le reste du temps partagé entre la campagne, la mer, la montagne et les voyages. Toute proportion gardée, c'est là une vie royale, moins les ennuis de l'étiquette et les soucis de la couronne.--Sans-Souci.

La vie de Paris enfante les fièvres et les passions, comme le soleil de l'Inde fait éclore les piments et les fleurs empoisonnées; mais la contagion est limitée, il y a des corps et des âmes réfractaires. On calomnie Paris. Ses ennemis l'appellent la Capoue de l'Europe, ses envieux l'Auberge du Monde, les êtres prosaïques la Gare de l'Univers, mais les poètes l'ont surnommée la Ville sainte. La France est la Reine de la pensée, et Paris la Grande Horloge de l'humanité, la ville de feu. Cet Enfer a ses anges; Paris est aussi la Capitale de la Sagesse, de la Vertu et du Pot-au-feu.

Paris est un désert peuplé d'égoïstes, mais il a ses oasis:

Ainsi l'on peut trouver au sein des multitudes

Le même isolement qu'au fond des solitudes.

Que les esprits moroses, les censeurs atrabilaires, gémissent sur la Babylone moderne, c'est leur droit incontestable; ils prêcheront longtemps dans le désert, et même au milieu des foules, avant que Paris devienne la Capitale de la Morale en action. Assurément, dirait Périandre, tyran de Corinthe, «il se commettrait moins de crimes, si tous les hommes étaient vertueux», et on n'assisterait pas au spectacle de l'injustice et de l'affliction perpétuelle des nobles créatures qui honorent et relèvent l'humanité. La Grèce élevait les courtisanes à la dignité de prêtresses; les vrais philosophes dédaignent les jérémiades et la question est tranchée d'un seul mot. Il en faut.

Les naturalistes, sans jeu de mots, ne songent pas à s'étonner que les reptiles empoisonneurs aient des reflets chatoyants et que les fleurs vénéneuses soient riches en couleurs et en parfums. Quant au peintre de mœurs, ce n'est pas lui qui est immoral, c'est le monde qui lui sert de modèle et qui ne le paie pas pour le flatter.--Un Athénien de Paris.

Charles Joliet.

LES OBSÈQUES DE MEISSONIER.--Le cortège funèbre à l'église de la Madeleine.

LES OBSÈQUES DE MEISSONIER.--Le fourgon funèbre traversant la forêt de Saint-Germain.--Arrivée du corps au cimetière de Poissy.

La semaine parlementaire.--L'interdiction de la pièce de M. Sardou, Thermidor, a été, comme il fallait s'y attendre, l'objet d'une discussion très vive à la Chambre. M. Fouquier qui, dans tous ses écrits, et avec un talent auquel tout le monde rend hommage, défend la cause de la tolérance, a déposé une demande d'interpellation, de concert avec M. Charmes et M. Reinach, «sur les mesures que comptait prendre le gouvernement pour assurer le maintien de l'ordre et la liberté de l'art dramatique.» Il a défendu sa thèse avec l'esprit qu'on lui connaît, et, en somme, la Chambre était très hésitante, car si d'une part la majorité avait quelque peine à blâmer un ministère qui a sa confiance, de l'autre, beaucoup de députés, même ministériels, regrettaient qu'on eût interdit une pièce, acceptée par la censure, uniquement parce qu'il avait plu à quelques individus isolés d'en empêcher la représentation.

M. Constans, ministre de l'intérieur, est monté à la tribune et a expliqué que les incidents de la seconde représentation de Thermidor et les renseignements parvenus depuis au ministère ne laissaient aucun doute sur les désordres qui allaient se produire aux représentations suivantes, soit dans la salle, soit dans la rue. Le devoir du gouvernement, a ajouté le ministre, était de les prévenir par une décision rapide. Il l'a fait, et il aurait été coupable s'il ne l'avait pas fait.

Pendant toute cette discussion la Chambre s'est montrée visiblement agitée, au point que les orateurs ne réussissaient pas à retenir l'attention. Tour à tour, M. Pichon, M. Emmanuel Arène, M. Reinach, prennent la parole sans parvenir à se faire écouter, en sorte que M. Constans a pu faire cette observation, «que le désordre auquel la Chambre paraissait en proie pouvait faire présager ce qui se serait passé au théâtre si les représentations avaient continué.» Bref, on ne savait ce qui pouvait résulter de cette discussion, lorsque M. Clémenceau a demandé la parole, et du premier coup a porté la question sur un terrain tout nouveau, car après son discours, chose inattendue, la Chambre a été appelée à se prononcer, non sur l'interdiction de Thermidor, mais sur la révolution elle-même, et sur la façon de gérer l'héritage qu'elle a laissé au parti républicain.

«Qu'on le veuille ou non, a dit M. Clémenceau, la révolution française forme un bloc dont il est impossible de rien distraire... Les temps ne sont pas si changés qu'on le pense. Avez-vous oublié l'insurrection royaliste de la Vendée, les émigrés servant à la frontière dans les rangs des Prussiens et des Autrichiens? Avez-vous oublié la terreur blanche? Les petits-fils des Vendéens et les petits-fils des bleus sont toujours en face les uns des autres... La révolution n'est pas finie. Ce que nos pères ont voulu, nous le voulons aussi. Voilà pourquoi la lutte durera tant qu'un des deux partis ne sera pas victorieux. Et voilà pourquoi, si le gouvernement ne faisait pas son devoir, les citoyens feraient le leur.»

M. le comte de Mun, au nom de la droite, a accepté la discussion dans les termes où la posait M. Clémenceau, en sorte que, pour faire suite au centenaire de 1889, nous avons eu ce spectacle significatif des deux partis se dressant l'un en face de l'autre comme si un siècle ne s'était pas écoulé depuis le jour où ils étaient aux prises.

Mis en demeure de se prononcer, M. de Freycinet, tout en protestant contre ceux qui évoquaient le «fantôme de la terreur», a déclaré que le gouvernement se considérait comme le dépositaire des conquêtes de la Révolution et qu'il les gardera et avec ceux qui partagent ses sentiments et ses idées.»

Sur ce, on est passé au vote et l'ordre du jour pur et simple accepté par le gouvernement a été voté par 215 voix contre 192.

Cependant la question de Thermidor n'est pas épuisée. Elle reviendra forcément devant la Chambre, car M. Antonin Proust et M. Le Senne ont déposé chacun une proposition de loi qui tend au même but, la suppression de la Censure. On se demande, en effet, à quoi sert cette institution, si, après qu'elle a donné son visa à une pièce, on regarde comme justifiées les protestations de ceux qui en empêchent la représentation, sous prétexte qu'elle contient un outrage au régime que le pays s'est donné? Il sera curieux de voir comment, après son vote sur l'interpellation de M. Fouquier, la Chambre tranchera cette délicate question.

--Les séances suivantes ont été consacrées à la discussion de la loi sur le travail des femmes et des enfants dans les manufactures, loi votée par le Sénat.

Italie: la chute de M. Crispi.--Lorsqu'aux élections générales de novembre dernier, M. Crispi remporta la victoire que l'on sait, nous faisions remarquer que cependant l'opposition avait gagné partout du terrain. Certes, il était difficile de prévoir alors que le triomphateur du jour était aussi près de sa perte, mais on pouvait avoir le pressentiment des difficultés qu'il allait rencontrer.

Ces difficultés, qui sont surtout d'ordre économique et financier, ont été exposées, il y a peu de jours, par le ministre des finances, M. Grimaldi, qui, sans pousser les choses au noir, a cru cependant devoir faire connaître l'état des ressources de son pays.

Or, M. Grimaldi accuse 75 millions de déficit pour l'exercice 1888-89, autant pour 1889-90, 50 millions pour 1890-91 et même somme pour l'exercice qui commence. Ce sont là des chiffres officiels et, à ce titre, suspects d'être quelque peu optimistes, si ce mot est de mise en cette circonstance. M. Grimaldi a reconnu, en outre, que l'Italie subissait une crise sérieuse qui l'atteignait à la fois dans ses intérêts agricoles et industriels.

C'est qu'en effet les charges militaires, qui pèsent sur toutes les nations qui ont le triste privilège de jouer un rôle en Europe, sont particulièrement lourdes pour l'Italie qui voit les impôts s'accroître constamment sans résultats appréciables pour sa gloire. Aussi quand est venue la discussion sur les remaniements de taxes, ce qui, dans tous les pays du monde, veut dire augmentation d'impôts, ceux-là mêmes parmi les députés qui avaient été élus avec l'appui du gouvernement se sont-ils sentis mal à l'aise. Ils savent que le pays a déjà grand'peine à supporter les taxes anciennes et auxquelles ils s'est déjà difficilement résigné; comment lui en imposer de nouvelles?

La majorité était donc impatiente, nerveuse. M. Luzzati, rapporteur du projet de loi présenté par le ministre, a commencé par le défendre. M. di Rudini l'a soutenu, au nom de ses amis de la majorité, tandis que Nicotera et M. Imbriani l'ont attaqué avec violence. M. Crispi est alors monté lui-même à la tribune pour faire l'apologie de sa politique. Mais il ne s'en est pas tenu là, et dans un mouvement oratoire, dont il n'a peut-être pas calculé l'effet--malgré ce qu'on en a dit-il s'est emporté contre la politique suivie, avant son arrivée au pouvoir, non seulement par ceux qui avaient été ses adversaires, mais même par ceux qui avaient été ses amis.

M. Finali, ministre des travaux publics, s'est senti particulièrement atteint et à ce moment il a quitté, très irrité, le banc des ministres. Quant à M. Luzzati, changeant immédiatement de tactique, il déclara qu'il voterait contre le projet. C'est dans ces conditions qu'on est passé au vote et 186 voix contre 123 se sont prononcées contre le ministère.

M. Crispi a aussitôt prié le président de lever la séance et il s'est rendu au palais pour remettre sa démission au roi.

Cela veut-il dire que la politique suivie jusqu'ici par l'Italie va être modifiée? La chose n'est pas probable. Ce n'est pas M. Crispi qui a fait la triple alliance, la triple alliance lui survivra. Ce sera le même air chanté autrement; nous y gagnerons toujours quelque chose, car la voix de M. Crispi commençait à être fort désagréable aux oreilles françaises. En résumé, si la démission du président du Conseil italien fait avec raison quelque bruit, rien ne dit que ce soit un gros événement par ses conséquences. La politique que suivait M. Crispi était, en somme, celle du roi, et si M. Crispi, qui a peut-être voulu avoir ce dernier point de ressemblance avec M. de Bismarck, est condamné à la retraite, le roi n'a pas abdiqué.

Le Soudan français.--L'expédition entreprise par le commandant Archinard, et dont nous avons donné les résultats, semble avoir eu les conséquences les plus heureuses. Depuis, le commandant Ruault a dispersé dans le Goudioumé le dernier rassemblement des débris de l'armée d'Ahmadou et il a fait 800 prisonniers.

Les soumissions affluent et Ahmadou a pris la fuite dans la direction du désert.

On peut donc considérer la campagne comme à peu près terminée. Toutefois on continuera à se tenir en garde contre les retours offensifs des partisans d'Ahmadou, car, tant que l'ex-sultan de Segou ne sera pas entre nos mains, il ne désespérera pas complètement de la fortune et cherchera à nous créer des embarras.

Six heures de révolution à Oporto.--Une révolution qui éclate, triomphe et se laisse réprimer en une demi-journée, mérite d'être signalée au passage, alors même qu'elle n'a pas laissé de traces durables dans le pays où elle s'est produite.

Le 31 janvier, on apprenait par dépêche qu'un certain nombre de soldats de la garnison d'Oporto s'étaient insurgés et qu'après avoir livré plusieurs escarmouches aux troupes restées fidèles, ils s'étaient emparés de l'Hôtel-de-Ville où ils avaient constitué un gouvernement provisoire, composé de cinq membres directeurs, lesquels, entre parenthèses, ne se trouvaient même pas dans l'édifice municipal au moment où ils étaient ainsi investis du pouvoir suprême.

Mais les insurgés étaient en très petit nombre et ne possédaient que fort peu de munitions, en sorte qu'ils ne purent soutenir longtemps l'assaut que leur livra la troupe et force leur fut de se rendre.

Le nombre des insurgés arrêtés dès l'abord est de 54, sur lesquels 11 civils. D'autres se sont livrés eux-mêmes à la police. On compte 30 tués dont 3 militaires et une femme. Il y a eu 10 civils et 36 militaires blessés.

Le 1er février, une autre dépêche annonçait que tout était rentré dans l'ordre.

On assure que ce mouvement avait été combiné pour éclater simultanément à Lisbonne, Oporto et d'autres villes dont les garnisons eussent été secondées par les républicains. Mais les meneurs d'Oporto auraient devancé la date parce qu'ils se croyaient découverts.

Les Républiques Américaines.--Les événements du Chili.--La situation au Chili est toujours grave. Les insurgés ont gagné du terrain, et, depuis le commencement des hostilités, ils ont reçu chaque jour de nombreuses adhésions. En même temps, on signale un mécontentement extrême parmi les troupes restées fidèles au gouvernement et on pense qu'elles se révolteront, si les pourparlers, engagés en vue d'un accord entre le président Balmuceda et le Congrès, n'aboutissent pas. Or, tout fait supposer que les négociateurs qui se sont chargés de cette œuvre de conciliation ne réussiront pas.

Les représentants des insurgés font remarquer d'ailleurs que la responsabilité des événements retombe sur le président, qui, ainsi que nous l'avons raconté, s'est refusé à accepter les résolutions votées par les Chambres, et ils déclarent qu'il est le seul auteur de l'insurrection puisqu'il s'est mis en révolte ouverte contre la Constitution.

D'après une correspondance adressée au Times, on le tient pour personnellement responsable des fonds publics actuellement dépensés, et cela en raison de la décision qu'il a prise de décréter ces dépenses de son autorité privée, alors que les Chambres avaient refusé le vote du budget. Le directeur général du Trésor à Santiago aurait fait savoir, en effet, au président Balmuceda, que, dans les circonstances présentes, il ne reconnaissait plus la qualité légale aux mandats du gouvernement.

Le président a concentré à Santiago et à Valparaiso les troupes qui lui sont restées fidèles et on s'attend d'un moment à l'autre à une bataille décisive.

Guatemala et San-Salvador.--Les choses se gâtent de nouveau dans l'Amérique centrale. D'après des nouvelles de Mexico, le Guatemala équiperait, en ce moment, une armée de 25,000 hommes, dans le but de déclarer la guerre au Salvador, dans la deuxième quinzaine de février.

Le Honduras serait résolu à empêcher les républiques de Costa-Rica et du Nicaragua d'intervenir. Dans le cas de non-intervention de ces États, le Honduras attaquerait également le Salvador.

Tribunaux.--La fuite de Padlewski.--On se rappelle que, sur l'appel interjeté par M. de Labruyère, la Cour, infirmant le jugement du tribunal correctionnel, prononça l'acquittement pur et simple, par le motif qu'il n'était pas prouvé que l'individu conduit à la frontière sous le nom de Wolf fût réellement Padlewski.

A la suite de cet arrêt, l'affaire de M. Grégoire et de Mme Duc-Quercy, condamnés aussi pour avoir coopéré à l'évasion du meurtrier du général Seliverstof, est venue également devant la Cour, qui cette fois a confirmé le jugement de condamnation. Il y a là une contradiction faite pour dérouter les esprits et pour ajouter à la confusion qui règne sur toute cette affaire, dont on ne connaîtra le fin mot que lorsque Padlewski, couvert par la prescription, voudra bien faire savoir lui-même les détails de son incroyable évasion.

Exécution d'Eyraud.--On s'était trop hâté d'annoncer que le président de la République était décidé à accorder la grâce de l'assassin de Gouffé. La commission des grâces s'est prononcée contre cette mesure de clémence et M. Carnot, se conformant à son avis, a laissé la justice suivre son cours.

Eyraud a été exécuté mardi matin.

Nécrologie.--Le peintre Meissonier.

Le peintre Charles Chaplin.

Charles Bradlaugh, membre de la Chambre des communes, célèbre par sa propagande anti-religieuse.

Le général Ibanez de Ibanez de Ibero, grand d'Espagne, grand-officier de la Légion d'honneur, président de la commission internationale du mètre.

M. Galini, bibliothécaire à la Sorbonne.

Mme Raynouard, belle-mère du général Boulanger.

M. de Maigret, intendant militaire en retraite.

M. Latour Saint-Ybars, auteur dramatique.

Le colonel du génie en retraite Charles Paulin

Elie Berthet, romancier, membre du comité de la Société des gens de lettres.

M. le vice-amiral Conrad.

Le peintre Paul Audra.

Le docteur Souverbie, directeur du Muséum d'histoire naturelle de Bordeaux.