LES LIVRES NOUVEAUX
Xavière, par Ferdinand Fabre. 1 vol. in-12, 3 fr. 50 (bibliothèque Charpentier).--Cela ne s'analyse pas: il faut lire cette ravissante idylle. Idylle, est-ce bien le mot? car elle finit par un drame sombre, l'histoire si fraîche de la gracieuse enfant des Cévennes. Mais quel plaisir de la suivre par les châtaigneraies, au bord des ruisseaux, dans les sentiers caillouteux, avec le doux Landry, le fils à M. le maître, l'innocente Xavière, si pure qu'on la prendrait pour une sainte, la sainte Philomène de Champlong. Car nous sommes à Champlong, dans la paroisse du bon abbé Fulchran, une vieille connaissance que nous aimons toujours à retrouver. Il a fort à faire, le pauvre abbé, pour protéger les deux enfants, car ils ont bien les plus abominables parents qui se puissent voir, Landry, son père Landrinier, et Xavière, sa mère Benoîte Ouradou, deux veufs qui voudraient se remarier ensemble, la femme par amour, l'homme par avidité; et, comme les biens de Benoîte sont à Xavière, le monstre n'hésitera pas à se débarrasser de l'enfant... Mais pourquoi déflorer cette histoire? Laissons parler «monsieur le neveu», qui nous la raconte si bien, dans son style large et pur, si puissant dans sa simplicité.
L. P.
Sous la Croix du Sud, par Jean Dargène. 1 vol. in-12, 3 fr. 50. (Librairie de la Nouvelle Revue, 18, boulevard Montmartre.)--C'est un roman bien fait pour nous instruire, car il se passe «à la Nouvelle», et nous initie à l'existence de la colonie. Administration militaire et civile, surveillants, colons et forçats, nous les voyons vivre... et s'amuser, car il apparaît bien, d'après les pages vécues du livre de M. Jean Dargène, que c'est à peu de chose près le paradis sur terre que la Calédonie. Une existence de rentiers sur la Marne, déclare un notaire qui a évité la réclusion et obtenu les travaux forcés en effrayant à l'audience les bourgeois du jury. La gamelle est bonne et jamais l'argent ne manque, déclare un assassin satisfait, qui a des rendez-vous d'amour. Nous recommandons cette lecture aux législateurs, criminalistes, administrateurs pénitentiaires, colonisateurs, etc. Ils verront si cela répond bien à l'idéal de la justice et aux intérêts mêmes de la société. Mais là n'est pas tout le livre de M. Dargène, car c'est, nous l'avons dit, un roman, un roman calédonien, dont les héros sont fort mêlés, mais qui se termine bel et bien par un mariage entre un substitut et la fille d'un déporté.
L. P.
Du Havre à Marseille par l'Amérique et le Japon, par M. Léon de Tinseau. 1 vol. in-18, 3 fr. 50 (Calmann-Lévy).--On pense bien qu'il n'est pas sans agrément de suivre un guide comme M. Léon de Tinseau, et je crois qu'il est bien inutile de le recommander aux lecteurs de l'Illustration. Ils s'embarqueront sans hésiter à sa suite sur le paquebot la Normandie, qui les conduira directement à New-York. De là ils visiteront, en compagnie de l'aimable touriste, Boston, Montréal, Québec, le Niagara, Chicago, Vancouver... Hang-haï, Hong-Kong, Saïgon... Aden, Suez, Alexandrie... Marseille enfin! quittant tour à tour le paquebot pour le sleeping-car, et le rail pour la mer. En tout 42,473 kilomètres. Cela en vaut la peine, d'autant plus que si on veut voir le monde, il faut se presser. C'est l'auteur qui le dit et après expérience faite: «Hâtez-vous, le rail détruit plus sûrement une époque et un aspect que ne le faisait jadis une invasion de barbares.» Les chemins de fer ne seraient-ils qu'une des formes de la barbarie? Je me le suis, pour ma part, souvent demandé, et voilà qui semblerait me donner raison.
Inconvenances sociales, par Zed, 1 vol. in-12, 3 fr. 50. (Ernest Kolb, éditeur, 8, rue Saint-Joseph).--Très amusant, ce journal d'un vieux garçon prenant l'une après l'autre toutes nos conventions sociales et s'efforçant de nous démontrer l'inconvenance... des convenances qu'il est le moins permis d'oublier. Tout y passe: le mariage, la politesse, la bienséance, la morale, la pudeur, la modestie, le point d'honneur, le chic, la toilette, le théâtre, voire les opinions politiques; et, au fond de tout, le terrible philosophe mondain nous montre l'hypocrisie grimaçante et... triomphante. Et le plus curieux de l'affaire, c'est que cette diatribe de pince-sans-rire n'est pas toujours si paradoxale quelle en a l'air et que le vieux garçon qu'est Zed nous fait entendre, sous couleur de plaisanterie, pas mal de vérités. Inutile d'ajouter que cela ne changera rien aux choses, de quoi Zed ne prendra d'ailleurs point de mélancolie, n'ayant pas pris pour mission de réformer l'univers.
Les desserts gaulois, par Octave Pradels (librairie Marpon et Flammarion.) C'est un recueil de contes et de monologues joyeux, et rien n'est plus amusant que ces récits, dont quelques-uns font déjà la joie des banquets artistiques et littéraires de Paris. Les illustrations de Fraipont soulignent spirituellement les joyeusetés de ce livre de dessert par excellence.