L'EXPOSITION YON
Une très intéressante exposition, dont les amateurs d'art ne manqueront pas de s'offrir le régal, s'ouvrira mardi prochain chez Georges Petit, rue Godot de Mauroi. Cette exposition, qui durera trois jours seulement, comprendra une importante collection d'œuvres--huiles, aquarelles et pastels--de l'un des artistes les plus justement renommés de ce temps-ci, l'excellent paysagiste Edmond Yon.
C'est, en moins de dix années, la troisième fois que le robuste travailleur, le peintre délicat et savant, nous donne, avec un groupe imposant d'ouvrages de son choix, à juger de la fécondité, de la puissance et de la variété de son talent. L'exhibition qu'il achève d'organiser obtiendra auprès de ses visiteurs un succès au moins égal à celui qu'ont emporté ses devancières. Des soixante-six envois qui la composent, il n'en est pas un seul qui ne soit digne de l'attention des connaisseurs, et qui ne mérite leur éloge. Ils valent tous également par ces belles qualités où s'atteste la maîtrise: la vision nette et précise de la nature, un impeccable sentiment de la réalité, la perfection du dessin, la fermeté, la souplesse et l'éclat de la coloration.
Edmond Yon est un paysagiste au sens le plus parfait du mot. Épris ardemment de la nature, il s'entend à merveille à la représenter sous ses aspects les plus fugitifs et les plus divers, dans sa variété infinie et dans son éternelle mobilité... «Il excelle, dit M. Montrosier dans l'intéressante préface qui figure en tête du catalogue de l'exposition, à dire les matins encore tout embrumés où passe le souffle des églogues, les journées baignées de clarté et incrustées de lumière, et les soirs aux couchants radieux, montrant le soleil disparaissant dans la gloire d'une apothéose sans pareille. Mieux que personne il est le peintre des rivières que bordent les saules, des étangs sertis d'oseraie et des marais visqueux où semblent flotter des nénuphars. Dans les dunes de la Somme, il plantera un de ces moulins qui semblent défier la lance de Don Quichotte; ici il montrera un bout de village aux maisonnettes groupées, avec le régal de couleurs des toitures rouges, et si attirant, ce village, qu'on voudrait s'y arrêter. Tous ces morceaux sont si bien troussés, la touche en est si libre, la réalité si vraie, qu'on ne peut les oublier.»